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Al-Burhan face à la contestation : les armes ne mettent pas fin à la guerre, le mot-dièse Ikhtana ouvre le débat sur la responsabilité


Abdel Fattah al-Burhan ne fait plus seulement face aux défis militaires du champ de bataille. Son commandement est également confronté à des interrogations politiques croissantes sur l’avenir du Soudan, le coût de la guerre et les décisions prises par l’institution militaire depuis le coup d’État d’octobre 2021. Alors que les affrontements avec les Forces de soutien rapide se poursuivent, les critiques exprimées par des voix soudanaises sur les réseaux sociaux se multiplient. Le mot-dièse « Ikhtana ya Burhan » — « Laisse-nous tranquilles, al-Burhan » — s’est notamment imposé comme un cri de ralliement pour réclamer la fin de la guerre et une remise en question de la trajectoire du pouvoir militaire.

L’importance de cette campagne tient à son contexte. Elle intervient alors que les armes occupent une place déterminante dans la vie quotidienne des Soudanais : elles ne sont plus seulement des instruments de confrontation militaire, mais influencent directement le sort des villes, des villages, des marchés, des hôpitaux et des installations d’électricité et d’approvisionnement en eau. À mesure que les opérations s’étendent, les questions se multiplient sur la capacité des dirigeants à protéger les civils et sur la finalité des combats : servent-ils des objectifs politiques et militaires clairement définis, ou aggravent-ils l’épuisement de l’État ?

Le pari de la force militaire et l’impasse d’une victoire décisive

Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, l’armée soudanaise a mobilisé différents moyens militaires, notamment l’aviation de combat, l’artillerie, les armes lourdes et les drones. Les Forces de soutien rapide ont, de leur côté, utilisé un armement varié, comprenant des drones, de l’artillerie et des moyens de combat mobiles.

L’évolution des affrontements a toutefois accru l’exposition des zones civiles aux conséquences des opérations. Les dommages ne se limitent plus aux lieux où se déroulent les combats directs : ils touchent aussi les infrastructures, les installations énergétiques et les équipements sanitaires et économiques.

Dans un article publié en septembre 2026, Reuters rapportait les conclusions de la mission d’établissement des faits des Nations unies, selon lesquelles les armes, les technologies et le soutien extérieur avaient contribué à l’escalade de la guerre. Les attaques de drones à longue portée représentaient également un danger croissant pour les civils. La mission avait documenté de graves violations attribuées aux deux camps, notamment des attaques contre des hôpitaux, des écoles, des marchés et des sites accueillant des personnes déplacées.

Ces éléments mettent en jeu la responsabilité juridique de l’institution militaire concernant l’usage de la force et le respect des principes de distinction, de proportionnalité et de précaution destinés à protéger la population. La puissance militaire ne se mesure pas uniquement à la capacité de détruire les positions adverses, mais aussi à celle d’éviter de causer des dommages illicites aux civils.

La tragédie de Nyala relance le débat sur les drones

Parmi les événements ayant ravivé cette discussion figure la frappe contre un marché de Nyala, au Darfour du Sud, à la fin d’octobre 2026. Associated Press a rapporté que l’organisation Emergency Lawyers accusait l’armée soudanaise d’avoir mené l’attaque à l’aide d’un drone. Selon ses estimations, plus de cent personnes auraient été tuées et 113 blessées.

Médecins sans frontières a également indiqué avoir reçu les corps de 36 personnes et soigné environ 150 blessés. Ces chiffres illustrent l’ampleur des risques auxquels sont exposés les civils lorsque les opérations militaires atteignent leurs lieux de rassemblement et leurs moyens de subsistance. L’établissement définitif des responsabilités et des circonstances de l’attaque exige néanmoins une enquête indépendante, notamment pour vérifier la nature de la cible et les conditions dans lesquelles la frappe a été menée.

Lorsque leur caractère contraire au droit international humanitaire est établi, les attaques contre les marchés et les installations civiles ne peuvent être justifiées par des considérations militaires générales. La responsabilité ne se limite pas non plus à l’auteur du tir : elle peut concerner la chaîne de commandement, la planification et l’exécution, selon les conclusions des investigations.

Armes chimiques : une crise qui dépasse le champ de bataille

Au-delà des armes conventionnelles, le Soudan fait l’objet d’une controverse internationale concernant des accusations d’utilisation de substances chimiques dans les opérations militaires. Les enquêtes journalistiques publiées en septembre 2026 ont remis ce dossier au premier plan. Le Washington Post a notamment présenté des documents et des correspondances qui, selon le quotidien, indiqueraient l’existence d’un programme de production et de stockage de munitions chimiques au sein de structures militaires soudanaises.

Selon l’enquête, les documents faisaient référence à des munitions contenant des agents suffocants, à des essais et à de possibles sites de stockage. Les correspondances attribuées à des responsables militaires évoquaient également le transport de chlore et son utilisation dans la fabrication de munitions.

Le gouvernement soudanais a rejeté ces accusations et contesté les éléments de l’enquête. Il a affirmé que le chlore présent dans le pays était destiné à des usages civils et industriels et s’est déclaré prêt à autoriser une vérification technique internationale.

L’enquête publiée  rapportait, quant à elle, les conclusions préliminaires d’une équipe d’anciens experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Celle-ci évoquait des témoignages et des indices concernant des incidents survenus en 2024 et 2025, estimant que les éléments recueillis justifiaient une enquête officielle plus approfondie. Elle n’a toutefois pas annoncé de preuve définitive permettant d’identifier la substance utilisée dans chaque incident ni de trancher la question des responsabilités.

La gravité du dossier tient au fait que l’utilisation d’armes chimiques, si elle est établie, constitue une violation extrêmement grave des conventions internationales et expose ses responsables à des conséquences juridiques internationales. La réponse la plus appropriée consiste donc à permettre une enquête indépendante et transparente, plutôt qu’à poursuivre les échanges d’accusations par médias interposés.

« Laisse-nous tranquilles, al-Burhan » : une protestation contre l’absence de réponses

Dans ce contexte, le mot-dièse exprime le sentiment de ses participants que le commandement militaire n’a pas apporté de réponses suffisantes sur l’avenir du pays. Les Soudanais éprouvés par la guerre veulent savoir quand les combats cesseront, comment les civils seront protégés et qui répondra des pertes subies par le pays.

La campagne critique également le coup d’État militaire d’octobre 2021, considéré comme un tournant ayant affaibli le processus civil et engagé le Soudan dans une nouvelle phase de division politique. Ses participants estiment que le rétablissement d’un pouvoir civil ne doit pas être reporté à l’après-guerre : il fait partie intégrante de toute solution durable susceptible d’empêcher la répétition de la crise.

La campagne s’est accompagnée d’une confrontation en ligne avec des comptes favorables à al-Burhan, qui ont lancé un mot-dièse en réponse : « Tu restes au-dessus de nos têtes », une formule exprimant leur soutien à son maintien au pouvoir. Des plateformes proches de l’armée ont également appelé à poursuivre les promoteurs de la campagne. Ces échanges révèlent la profondeur de la polarisation de la société soudanaise et soulèvent la question des limites de la liberté d’expression en temps de guerre.

Qui demandera des comptes au commandement militaire ?

L’une des principales revendications de la campagne porte sur la mise en place de mécanismes indépendants permettant de demander des comptes aux responsables de violations, quels que soient leur rang ou leur appartenance. La responsabilité ne doit pas être appliquée de manière sélective, ni servir à éliminer des adversaires politiques.

La réforme de l’institution militaire demeure également une condition essentielle à la réussite de toute transition politique. Elle suppose de placer les forces armées sous une autorité civile constitutionnelle, de les tenir à l’écart de la compétition pour le pouvoir et les richesses, et d’unifier les institutions de sécurité selon des modalités convenues.

Cela ne signifie pas qu’un changement à la tête de l’armée résoudrait automatiquement toutes les difficultés. La guerre a produit un réseau complexe d’intérêts, de formations armées et d’interventions extérieures. La persistance de la crise impose néanmoins d’ouvrir le débat sur la nature du commandement et du pouvoir, ainsi que sur la capacité du système actuel à proposer une issue politique acceptable.

Le mot-dièse « Ikhtana ya Burhan » ne pose donc pas seulement la question du départ du chef de l’armée. Il ouvre une réflexion plus large sur les relations entre les armes, le pouvoir et la société. Un État incapable de protéger ses marchés, ses hôpitaux et ses citoyens doit réexaminer en profondeur ses politiques et ses institutions. La poursuite de la guerre sans perspective politique signifie, quant à elle, que le coût du conflit continuera de s’accumuler au détriment d’une société épuisée par des années de violence.

 

 

 

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