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Les islamistes autour d’Al-Burhan : quand les images révèlent ce que la politique dissimule


La question qui revient sans cesse dans le paysage politique soudanais depuis plusieurs années n’est plus seulement : où sont passés les islamistes après la chute du régime d’Omar el-Béchir ? Une interrogation plus pressante s’impose désormais : ont-ils réellement disparu, ou ont-ils simplement réorganisé leurs positions au sein des institutions qui sont restées en place après la chute du régime ?

Au cœur de la guerre au Soudan et des complexités politiques et militaires qu’elle a engendrées, la question de la présence islamiste est revenue sur le devant de la scène sous un angle différent. Au lieu de rechercher uniquement les dirigeants politiques les plus connus, le débat porte désormais sur un réseau plus large composé d’hommes d’affaires, de spécialistes des technologies, d’anciens responsables de la sécurité et d’anciens employés des institutions publiques. Selon certains récits politiques et médiatiques, certains d’entre eux auraient conservé leurs relations et leur influence au sein des institutions de l’État après la chute de l’ancien régime.

C’est dans ce contexte qu’une photographie a suscité une vive controverse. Elle montrerait une personne identifiée comme Kazem Zain Al-Abidine Al-Sarraj aux côtés du général Yasser Al-Atta, alors qu’ils quittaient l’un des sites relevant des Forces armées soudanaises en Turquie, selon le contenu à l’origine de la polémique. La photographie, à elle seule, ne permet ni d’établir la nature de leur relation ni de prouver l’appartenance de cet homme à une quelconque organisation, pas plus qu’elle ne démontre son implication dans une activité illégale. Elle a toutefois rouvert un dossier bien plus vaste que la personne elle-même : celui de la persistance éventuelle des réseaux de l’ancien régime au sein des institutions de l’État.

La question est donc la suivante : comment fonctionnent les réseaux d’influence après la chute des régimes ?

La disparition d’un régime politique n’entraîne pas nécessairement celle de tous ses fonctionnaires, experts, réseaux techniques et intérêts économiques. Le sommet du pouvoir peut tomber, les slogans peuvent changer et le pays peut entrer dans une période de transition, tandis que certaines composantes de l’ancienne structure continuent d’exister grâce à des individus disposant de connaissances, de relations et de la capacité d’évoluer entre les institutions publiques et le secteur privé.

C’est précisément ce qui rend la question des personnalités ayant travaillé dans les services de sécurité ou dans des secteurs technologiques sensibles plus importante qu’une simple question d’appartenance politique.

Selon les informations présentées, Kazem Al-Sarraj aurait un parcours technique dans les domaines des télécommunications et des technologies de l’information. Il serait diplômé de l’Université soudanaise des sciences et de la technologie et aurait, à ses débuts, été lié, selon le même récit, aux milices de la Défense populaire durant la guerre dans le Sud, avant l’indépendance du Soudan du Sud.

Il aurait ensuite rejoint le secteur des télécommunications, l’un des domaines les plus sensibles dans un État moderne. Les systèmes numériques et les télécommunications ne constituent plus de simples services commerciaux ; ils font désormais partie de la sécurité nationale et des infrastructures essentielles dont dépendent les armées, les administrations publiques et les institutions financières.

Selon le récit qui circule, il aurait travaillé pour la société Zain Telecommunications avant de contribuer à la création de la société Marjan Telecommunications. Cette dernière aurait été financée par l’appareil de sécurité et de renseignement de l’ancien régime. Ces informations nécessitent toutefois, naturellement, des documents officiels ou des enquêtes indépendantes afin de passer du statut d’allégations largement relayées à celui de faits établis.

Mais l’importance de cette affaire ne dépend pas uniquement de la confirmation ou de l’infirmation de ces éléments. La question essentielle concerne l’interaction entre les appareils de sécurité et la technologie.

Dans les systèmes dominés par des institutions sécuritaires, les compétences techniques peuvent devenir un instrument politique. Une personne maîtrisant les réseaux de télécommunications et les systèmes numériques peut devenir bien davantage qu’un simple technicien. Elle peut potentiellement servir d’intermédiaire entre les services de sécurité, la technologie, les flux financiers et le secteur privé.

Le texte présenté indique qu’après les révolutions du Printemps arabe, Al-Sarraj aurait supervisé la création d’unités connues sous le nom de « djihad électronique », un projet qui aurait reposé sur le recrutement de jeunes diplômés, de professionnels de la technologie et d’officiers de sécurité spécialisés.

Si elle était établie, cette affirmation serait particulièrement importante, car elle suggérerait que l’État n’utilisait pas la technologie uniquement pour moderniser ses services, mais également pour développer des instruments d’influence politique et sécuritaire dans l’espace numérique.

Elle exige néanmoins une documentation indépendante. Qualifier une personne de « takfiriste », de « terroriste » ou de « djihadiste » ne constitue pas une simple description journalistique, mais une accusation extrêmement grave qui ne devrait pas reposer sur une publication ou sur une photographie.

Toutefois, l’apparition de personnalités issues de milieux sécuritaires et technologiques dans l’entourage des institutions militaires et politiques soulève une question légitime : les réseaux de l’ancien régime ont-ils réellement disparu ou ont-ils simplement changé leurs méthodes et leurs outils ?

La réponse est probablement plus complexe qu’un simple oui ou non.

Certaines personnes ont peut-être effectivement quitté la politique ou les structures sécuritaires pour se tourner vers le secteur privé. D’autres ont peut-être conservé leurs anciennes relations. Certaines peuvent également n’être que des experts techniques proposant leurs services à différentes institutions, indépendamment de leurs orientations politiques.

C’est pourquoi un journalisme rigoureux ne devrait pas partir d’une conclusion préétablie, mais plutôt commencer par poser les bonnes questions.

Qui est cette personne ?
Dans quelles entreprises a-t-elle travaillé ?
À qui appartiennent ces entreprises ?
Qui les a financées ?
Quels contrats ont-elles obtenus ?
Qui sont ses partenaires ?
A-t-elle bénéficié d’avantages exceptionnels ?
A-t-elle tiré profit de relations antérieures ?
Existe-t-il des documents établissant des liens avec les services de sécurité ?
A-t-elle participé à des projets gouvernementaux sensibles ?
Et ces relations ont-elles perduré après la chute du régime ?

Ce sont ces questions qui peuvent transformer une controverse politique en une véritable enquête journalistique.

Quant à la question revenue sur le devant de la scène — « Où sont les Keizan ? » —, elle mérite peut-être d’être reformulée.

Si le terme désigne des individus qui défendent certaines idées politiques ou religieuses, leur présence au sein de la société ne constitue pas en soi un crime. En revanche, s’il désigne des réseaux d’influence, des organisations clandestines ou l’utilisation des institutions de l’État au service d’intérêts politiques ou financiers particuliers, il s’agit alors d’une question totalement différente.

En définitive, l’État n’a pas nécessairement besoin de poursuivre des individus uniquement en raison de leur passé. Il doit surtout révéler les conflits d’intérêts, examiner les contrats, contrôler les sources de financement et demander des comptes à toute personne dont l’implication dans des actes de corruption ou d’abus de pouvoir serait établie.

Mais seule la documentation peut apporter une réponse définitive.

La véritable question à laquelle sont confrontés Abdel Fattah Al-Burhan, Yasser Al-Atta et d’autres responsables n’est donc pas seulement : « Où sont les islamistes ? »

Elle est aussi et surtout la suivante : qui travaille aujourd’hui au sein des institutions de l’État, à quel titre, et qui dispose d’un accès aux dossiers, aux communications, aux ressources financières et aux centres de décision ?

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