Moyen-Orient

Netanyahu révèle une tentative iranienne d’assassinat contre son fils : pourquoi maintenant ?


L’information sécuritaire était soumise aux restrictions de la censure militaire depuis plusieurs mois. Elle intervient dans le contexte d’une tentative du Premier ministre israélien de justifier le maintien de la protection accordée à sa famille, alors que la campagne électorale devient de plus en plus tendue.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a révélé de manière surprenante que l’Iran avait tenté d’assassiner l’un de ses deux fils, sans préciser lequel était visé, ni quand la tentative avait eu lieu ou comment elle avait été déjouée. Des médias israéliens ont indiqué que cette information était soumise à la censure depuis plusieurs mois, ce qui a suscité des interrogations sur les raisons de sa divulgation à ce moment précis, en pleine campagne électorale acharnée et à environ deux mois des élections législatives.

Netanyahu a déclaré lundi, lors d’un entretien téléphonique avec Noam Amir, correspondant chargé des affaires militaires de la chaîne israélienne Channel 14, que l’Iran avait « pris pour cible l’un de mes fils » et avait tenté de « le tuer ». Il a ajouté que les mesures de sécurité imposées aux membres de sa famille « ne sont pas un luxe » et que leur absence aurait pu permettre aux assaillants de parvenir à leurs fins.

Le Premier ministre n’a fourni aucun détail sur l’opération présumée et n’a pas précisé s’il s’agissait de son fils Yair, qui vit depuis plusieurs années à Miami, aux États-Unis, ou de son fils Avner, qui réside en Israël.

Le Times of Israel a rapporté que Channel 12 avait indiqué que les services de sécurité israéliens étaient au courant du projet présumé depuis plusieurs mois et que la tentative avait eu lieu à une période où Yair ne se trouvait pas en Israël, sans que cela signifie pour autant qu’il était la cible.

Cette révélation intervient alors que les dispositifs de protection des membres de la famille Netanyahu font l’objet de critiques en Israël, notamment après la décision de prolonger de cinq ans la protection accordée à ses deux fils, Yair et Avner, même dans l’hypothèse où Netanyahu perdrait les prochaines élections. Il a par ailleurs été décidé que Netanyahu bénéficierait d’une protection à vie et que son épouse, Sara, serait protégée pendant toute la durée de vie de son mari. Cette décision avait été prise en juillet.

Selon Yedioth Ahronoth, la décision de la commission ministérielle chargée du Shin Bet, en date du 16 juillet/juin, prévoit le maintien de la protection des deux fils de Netanyahu jusqu’à la fin de 2031, alors qu’elle devait auparavant prendre fin à la fin de 2026.

Des sources sécuritaires ont affirmé que le Shin Bet et le Mossad considéraient Netanyahu et sa famille comme exposés à un niveau élevé de menace, en raison de la volonté des ennemis d’Israël de se venger des opérations et des assassinats menés par Israël pendant la guerre.

Cependant, le moment choisi pour cette révélation a replacé l’affaire au cœur d’une autre controverse politique liée à Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et dirigeant du parti Yeshar!, considéré comme l’un des principaux adversaires de Netanyahu lors des élections prévues le 27 octobre.

Le Shin Bet avait auparavant refusé de fournir une protection rapprochée à Eisenkot, affirmant qu’aucune information du renseignement ni aucune alerte ne faisait état d’une intention de le prendre pour cible. Le directeur de l’agence, David Zini, avait pris cette décision après consultation des autorités compétentes.

Israel Hayom a rapporté que Netanyahu avait demandé au chef du Shin Bet de veiller à ce qu’une protection appropriée soit accordée à Eisenkot, avant de révéler, au cours du même entretien, qu’une tentative visant l’un de ses fils avait eu lieu.

Des médias israéliens avaient précédemment rapporté que Yair, qui vit à Miami, bénéficiait d’une protection 24 heures sur 24 assurée par l’unité 730 du Shin Bet, avec un chauffeur et deux gardes du corps. Le coût de cette protection était estimé à environ 200 000 shekels par mois, soit près de 55 000 dollars, selon le Times of Israel.

Yedioth Ahronoth a indiqué que les informations relatives à la tentative visant un membre de la famille Netanyahu n’étaient pas apparues pour la première fois dans la déclaration du Premier ministre. Ronen Haim Cohen, colonel de réserve et président du comité consultatif chargé de la sécurité des personnalités, avait déjà évoqué la neutralisation d’une tentative d’assassinat visant « un membre de la famille Netanyahu », sans en révéler les détails.

Ainsi, la nouveauté des déclarations de Netanyahu ne réside apparemment pas dans la révélation de l’existence d’une menace contre sa famille, mais plutôt dans le fait de l’avoir publiquement attribuée à l’Iran et d’avoir précisé que l’un de ses fils était la cible, alors que les informations essentielles étaient soumises depuis plusieurs mois à des restrictions de publication.

Yedioth Ahronoth a indiqué que la révélation avait été faite en direct et qu’il n’était pas établi que Netanyahu ait consulté au préalable les services de sécurité avant d’annoncer une information dont la publication était interdite.

Les sources israéliennes accessibles au public n’ont, à ce jour, pas permis de déterminer où la tentative d’assassinat s’est produite, à quelle date, selon quelle méthode elle devait être exécutée ni combien de personnes y étaient impliquées. Aucun détail n’a non plus été rendu public concernant les éléments de renseignement établissant un lien entre l’opération et l’Iran.

La mission iranienne auprès des Nations unies à New York n’a pas répondu à une demande de commentaire concernant les accusations de Netanyahu, selon Reuters.

Le quotidien israélien News1 souligne qu’Israël avait déjà annoncé des tentatives iraniennes visant des personnalités israéliennes de premier plan. Parmi elles figure l’affaire d’un homme d’affaires israélien dont les autorités ont affirmé qu’il avait été recruté par les services de renseignement iraniens et chargé d’œuvrer à la mise en place d’opérations visant Netanyahu, l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant et l’ancien directeur du Shin Bet Ronen Bar. Israël avait également annoncé en avril le démantèlement d’un réseau clandestin du Corps des gardiens de la révolution islamique, qui aurait planifié des opérations contre des responsables israéliens et des cibles stratégiques. Toutefois, aucune information publique ne permet d’établir un lien entre ces affaires et la tentative évoquée par Netanyahu.

Cette révélation intervient également dans le contexte d’une guerre qui oppose depuis février Israël et les États-Unis à l’Iran et qui a entraîné la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei ainsi que de plusieurs hauts responsables iraniens. Cette situation a renforcé les craintes israéliennes de représailles visant des personnalités politiques et militaires ainsi que leurs familles.

Le calendrier des déclarations de Netanyahu revêt une importance supplémentaire à l’approche des élections israéliennes du 27 octobre. Les sondages font état d’une compétition serrée, tandis qu’Eisenkot apparaît dans certains d’entre eux comme l’un des principaux adversaires du Premier ministre.

Pour Netanyahu, cette révélation remplit à la fois une fonction politique et sécuritaire : elle fournit une justification directe au maintien de la protection de ses fils, établit un lien entre cette question et la menace iranienne et, dans le même temps, appelle à assurer la protection de ses adversaires politiques, affirmant que la menace ne doit pas devenir une question partisane pendant la campagne électorale.

Cependant, l’absence de détails rend la question qui entoure cette affaire en Israël plus importante encore que l’accusation elle-même : que s’est-il réellement passé, lequel des fils était visé, pourquoi l’affaire est-elle restée soumise à la censure pendant toute cette période et pourquoi Netanyahu a-t-il choisi de la révéler maintenant ?

Alors que la campagne électorale devient de plus en plus tendue, l’affaire est ainsi passée d’un dossier sécuritaire soumis à la censure à une question politique ouverte au débat public, après que Netanyahu a lui-même choisi d’en révéler une partie en direct.

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