Moyen-Orient

Comment les Houthis attirent-ils les enfants yéménites de l’endoctrinement au front ?


Les méthodes de recrutement associent endoctrinement idéologique et religieux, exploitation de la précarité des familles, incitations financières et recrutement direct.

Un rapport yéménite de défense des droits humains décrit les parcours par lesquels les Houthis recrutent des enfants : du cadre familial, de l’école et des activités culturelles aux camps et à l’entraînement militaire, puis aux missions de garde, aux combats et à la captivité. Il recense 222 cas d’enfants dont les dossiers indiquent qu’ils ont été recrutés et tués au cours du troisième trimestre de 2026, dans seize gouvernorats yéménites.

Publiées jeudi par l’organisation SAM pour les droits et les libertés, ces données remettent en lumière ce phénomène, dans un contexte de conflit persistant et de conséquences durables pour les enfants. Les dangers auxquels ils sont exposés ne disparaissent pas nécessairement lorsqu’ils quittent les lignes de front.

Dans son rapport intitulé « De la maison au front », l’organisation indique que, selon les données disponibles, 69 enfants avaient entre 12 et 14 ans et 78 autres entre 15 et 17 ans. Elle n’a pas pu déterminer l’âge de 75 enfants. SAM souligne toutefois que ces chiffres sont partiels et préliminaires et ne représentent pas l’ensemble des enfants recrutés. Les cas recensés se limitent aux enfants dont les dossiers font état du décès et ne comprennent pas nécessairement ceux qui sont encore en vie ou se trouvent dans les camps et sur les fronts.

Ce rapport rejoint de précédentes enquêtes d’organisations de défense des droits humains et des Nations unies, qui ont documenté la persistance du phénomène tout au long du conflit. Depuis 2015, l’ONU a vérifié des milliers de cas de recrutement et d’utilisation d’enfants au Yémen. D’autres rapports ont recensé des nombres plus élevés, sur des périodes et selon des critères différents. L’apparition continue de nouveaux cas montre que ce phénomène demeure une menace majeure pour la protection de l’enfance, malgré les avertissements et les engagements internationaux.

Les informations recueillies sur le terrain éclairent les mécanismes de recrutement. Dans le village d’Al-Marbak, situé dans le district d’Al-Tiyal, dans le gouvernorat de Sanaa, l’organisation a documenté cinq cas d’enfants âgés de 13 à 15 ans entre le début de septembre et le 16 octobre. Selon ces informations, trois d’entre eux ont été emmenés depuis les écoles de Qaa al-Sabla et de Khaled ibn al-Walid, tandis que deux autres ont été transférés depuis un local situé dans le village.

Les méthodes de recrutement ne se limitent pas aux incitations financières ou aux démarches directes. Elles comprennent également l’endoctrinement idéologique et religieux ainsi que l’exploitation des difficultés économiques des familles. Des enfants ont évoqué des responsables locaux présentant le combat comme un devoir religieux, accompagné de promesses d’aide financière à leurs proches. D’autres ont décrit leur passage de cours et de sessions culturelles à des camps d’entraînement.

L’un des témoignages est celui d’un enfant que son père a accompagné dans un camp alors qu’il avait 13 ans. Il y aurait passé environ 55 jours, recevant une formation au maniement des fusils et au tir, ainsi qu’un entraînement physique et des cours religieux et politiques, avant d’être envoyé sur des positions avancées.

Ces témoignages concordent avec d’autres rapports faisant état d’une recrudescence du recrutement d’enfants parallèlement à l’intensification des affrontements au Yémen. Dans un article publié plus tôt ce mois-ci, le site Yemen Monitor, citant l’organisation Irada contre la torture et les disparitions forcées, indiquait que plus de 461 000 enfants avaient fréquenté les centres d’été des Houthis entre janvier et la fin de septembre 2026. Irada estimait à environ 62 700 le nombre d’enfants recrutés par l’intermédiaire de ces centres et affirmait que des dizaines de milliers avaient été transférés vers des camps d’entraînement et des sites liés aux opérations militaires.

Le rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur le Yémen, publié en octobre 2025, décrit un système de recrutement d’enfants par les Houthis organisé à plusieurs niveaux, mobilisant des canaux officiels et informels, notamment le ministère de l’Éducation, les centres d’été et les écoles coraniques. Il mentionne l’exposition de jeunes enfants à des contenus d’endoctrinement, le recours aux incitations financières et aux pressions sur les familles, ainsi que le transfert de certains enfants vers des formations militaires. Ceux-ci sont ensuite affectés à des missions de combat ou de soutien, notamment la garde, le transport de munitions et le travail aux postes de contrôle.

Les risques ne s’arrêtent pas à l’arrivée sur le front. Le rapport de SAM fait état d’enfants blessés, tués ou détenus. Il présente également des récits de coups, de menaces, d’humiliations et de mauvaises conditions de détention.

Il recueille aussi des témoignages sur les séquelles psychologiques : peur, anxiété, cauchemars et difficultés à retrouver une vie familiale et scolaire.

Ces avertissements interviennent alors que les Nations unies expriment de nouvelles inquiétudes. La représentante spéciale du secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Vanessa Frazier, a prévenu que l’intensification des affrontements au Yémen exposait les enfants à de graves violations. Elle a indiqué que l’ONU avait documenté plus de soixante violations graves à leur encontre depuis le 3 septembre. Elle a appelé toutes les parties à mettre fin au recrutement et à l’utilisation d’enfants, à libérer ceux présents dans les rangs des groupes armés et à œuvrer à leur réinsertion dans la société.

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