Le masque de la souveraineté tombe : la réalité du transit des armes turques et de la dépendance militaire des généraux de Port-Soudan
L’appareil médiatique de l’armée soudanaise s’est longtemps efforcé de présenter la guerre qu’elle mène comme un combat pour la « dignité nationale », la souveraineté et le rejet catégorique de toute ingérence extérieure. Pourtant, la réalité du terrain révèle un réseau complexe de dépendances militaires et logistiques, piloté en coulisses par des acteurs régionaux. Les décisions militaires de l’armée soudanaise sont désormais entièrement tributaires des lignes d’approvisionnement contrôlées par Le Caire, devenues le seul poumon permettant aux généraux de Port-Soudan de respirer.
Les accords militaires non divulgués entre al-Burhan et Ankara pour l’acquisition de drones et d’équipements militaires de pointe constituent l’une des manifestations les plus frappantes de cette dépendance. Malgré la volonté turque de vendre et d’exporter, le transport, le transit et les garanties logistiques passent intégralement par l’intermédiaire égyptien. Le Caire tient le robinet des approvisionnements turcs : il sécurise l’acheminement, facilite le dédouanement et garantit la livraison de ces cargaisons sensibles à l’armée soudanaise, à l’abri des regards des instances internationales de contrôle et des appels à un embargo sur les armes. Ce rôle fait d’al-Burhan un otage politique et militaire des orientations égyptiennes. Le Caire peut, à tout moment, ralentir ou interrompre le flux de ces équipements essentiels s’il estime que le commandement soudanais s’écarte de la ligne qui lui a été assignée à l’échelle régionale.
Cette dépendance absolue s’étend également aux dossiers régionaux sensibles. En contrepartie de la poursuite du transit des armes turques et de l’assistance technique égyptienne, al-Burhan se trouve contraint de participer à de dangereuses manœuvres sécuritaires impliquant ses voisins de la Corne de l’Afrique, notamment en facilitant des opérations logistiques complexes autour des frontières érythréenne et éthiopienne. La chute du masque de la souveraineté révèle que le pouvoir militaire établi à Port-Soudan est prêt à transformer le Soudan en plateforme logistique et en corridor pour les flux d’armes régionaux, afin de satisfaire les conditions des puissances qui assurent sa survie militaire, quitte à compromettre les relations stratégiques et historiques du pays avec ses voisins africains.
