Moyen-Orient

Suffocations et évanouissements sur les lignes de front : des soupçons d’utilisation de gaz toxiques par les Houthis alertent Taëz


Les inquiétudes grandissent au Yémen quant à un possible recours des milices houthies à des substances chimiques dans leurs opérations militaires, après des signalements de terrain faisant état de projectiles soupçonnés de contenir des matières toxiques et dangereuses.

Les autorités locales de Taëz ont confirmé avoir reçu des signalements provenant de plusieurs fronts, les plus récents concernant ceux d’Al-Aqroud et de Kahlan, dans le gouvernorat. Ces informations font état de l’utilisation, par les Houthis, de projectiles susceptibles de contenir des substances toxiques interdites au niveau international.

Dans un communiqué publié mercredi soir, les autorités du gouvernorat ont indiqué que ces signalements évoquaient également des incidents similaires antérieurs, au cours desquels des civils et des membres de la Résistance populaire avaient souffert de suffocations, parfois accompagnées de pertes de connaissance. Elles ont demandé aux services gouvernementaux compétents d’ouvrir une enquête technique urgente, de documenter les cas, de recueillir les témoignages et les rapports médicaux, et de déterminer la nature des substances utilisées ainsi que leur éventuel lien avec les symptômes observés.

Elles ont également souligné la nécessité d’associer les Nations unies et les organismes internationaux compétents aux démarches de vérification, et de demander des comptes aux responsables de toute utilisation avérée de substances interdites.

Une évolution particulièrement préoccupante

Ces développements remettent au premier plan la question des approvisionnements en produits chimiques et en composants militaires à double usage qui seraient parvenus aux Houthis. Des responsables yéménites et américains avaient déjà mis en garde contre le risque de détournement de ces produits à des fins de développement des capacités militaires des milices, soulignant les difficultés que cela pose aux dispositifs de contrôle et de lutte contre la contrebande.

Le ministre de l’Information, de la Culture et du Tourisme du gouvernement yéménite, Mouammar al-Eryani, a qualifié les signalements concernant l’emploi par les Houthis d’armes soupçonnées de contenir des substances toxiques d’« évolution extrêmement grave ». Selon lui, ils renforcent les craintes concernant leurs tentatives de développer des capacités chimiques et de mettre en place des laboratoires clandestins.

Dans une publication sur X, al-Eryani a averti que les substances toxiques pourraient entraîner des complications sanitaires et une contamination environnementale dont les effets dépasseraient le lieu et le moment du bombardement. Elles constitueraient ainsi une menace supplémentaire pour les civils et les équipes médicales et de secours, particulièrement à Taëz, confrontée à un blocus et à une dégradation des services de santé.

Il a appelé les Nations unies et les organisations internationales compétentes, au premier rang desquelles l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), à fournir une assistance médicale et technique pour protéger les civils, et à enquêter sur les réseaux acheminant clandestinement des produits chimiques et des composants militaires aux Houthis.

En octobre de l’année dernière, les forces gouvernementales avaient annoncé l’interception, dans le sud de la mer Rouge, de produits chimiques destinés clandestinement aux Houthis. La cargaison comprenait 24 fûts de « polymère de phénol-formaldéhyde », ainsi que des vêtements et des masques destinés au travail en laboratoire de chimie.

Les forces yéménites avaient déclaré que le produit saisi avait des applications industrielles et militaires, accusant des réseaux liés au Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran d’être à l’origine de cette opération de contrebande.

Des inquiétudes internationales

Sur le plan international, l’afflux de précurseurs chimiques et de composants à double usage vers les Houthis suscite des inquiétudes, dans un contexte d’efforts visant à renforcer le contrôle des approvisionnements utilisés par le mouvement pour développer ses capacités militaires.

Lors de discussions du Conseil de sécurité consacrées au Yémen, il y a plus de deux semaines, le représentant adjoint des États-Unis auprès du Conseil a évoqué l’acquisition, par les milices, de matières dangereuses et de composants sophistiqués destinés à la fabrication d’explosifs. Il a affirmé que la poursuite des transferts de technologies militaires interdites par le régime iranien permettait aux Houthis d’accéder à des programmes d’armement chimique faisant appel à des substances toxiques.

Washington avait précédé ces avertissements de mesures judiciaires concrètes. Au début du même mois, le ministère américain de la Justice avait annoncé l’arrestation d’un employé du département de l’Énergie, Ashton Hamed Alaboudi, accusé d’avoir tenté de fournir un soutien matériel aux Houthis et d’avoir cherché à leur procurer des précurseurs chimiques ainsi que des composants entrant dans la fabrication d’explosifs et de drones.

Selon les évaluations sécuritaires américaines, les inquiétudes portent sur la possibilité que les Houthis détournent des produits industriels et à double usage pour perfectionner leurs engins explosifs et renforcer leur capacité à mener des attaques ciblées et sophistiquées. Une telle évolution élargirait la menace pesant sur la sécurité de la navigation internationale en mer Rouge.

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