La toile latino-américaine : des rapports internationaux dévoilent l’infrastructure clandestine du Hezbollah au Brésil
Au cœur de l’hémisphère occidental, dans un Brésil confronté à des échéances électorales et à des enjeux politiques complexes, les ramifications de la toile tissée par la milice du Hezbollah se dévoilent progressivement. Selon les rapports cités, cette infrastructure clandestine aurait été bâtie en exploitant les fragilités des institutions économiques et politiques du pays, en mobilisant certains membres influents de la diaspora libanaise et en tirant parti de la porosité des frontières terrestres latino-américaines.
Les nouveaux éléments contenus dans les rapports de sécurité émanant de services internationaux chargés de l’application de la loi, de la police fédérale brésilienne et de centres de recherche internationaux éclairent les rouages de ce réseau présumé. D’après ces analyses, le gouvernement du président Lula da Silva devrait aborder ce dossier sous l’angle du terrorisme impliquant des groupes paramilitaires, et non sous celui de la seule criminalité organisée.
Quatre cents dirigeants et cadres militaires de terrain
Les rapports cités indiquent que 400 dirigeants et cadres militaires de terrain du Hezbollah auraient quitté le Liban pour rejoindre l’Amérique latine.
Les investigations et les évaluations sécuritaires en cours feraient notamment ressortir l’implication de 200 responsables expérimentés dans la gestion des réseaux d’approvisionnement, des dispositifs de dissimulation et des opérations logistiques clandestines. Cette organisation constituerait un maillon entre les cartels criminels, d’une part, et les appareils officiels de l’État, d’autre part.
Selon ces mêmes rapports, le réseau s’appuierait sur les liens historiques de la diaspora dans la région de la triple frontière entre le Brésil, l’Argentine et le Paraguay.
La cellule de Lucas Passos Lima
Dans ce contexte, les rapports désignent Lucas Passos Lima comme le principal suspect. Son dossier ferait état de deux voyages officiellement enregistrés au Liban en 2023, au cours desquels il aurait suivi une formation militaire et une formation aux techniques opérationnelles du renseignement.
Les enquêteurs lui attribuent des opérations de reconnaissance minutieuses, comprenant la prise de vues et la surveillance de trois synagogues, la surveillance d’un cimetière juif et le repérage des abords de l’ambassade d’Israël à Brasília. Des personnalités religieuses de premier plan, notamment de hauts responsables rabbiniques de la communauté juive, auraient également été prises pour cibles.
Autre élément présenté comme particulièrement préoccupant : la cellule de Lima aurait employé des méthodes de communication sophistiquées pour échapper à la surveillance des services de renseignement. Des consignes et des ordres confidentiels auraient notamment été échangés au moyen de messages enregistrés dans les brouillons d’un compte de messagerie partagé, sans être effectivement envoyés. La cellule aurait également disposé d’équipements perfectionnés de prise de vues et de surveillance, et préparé des itinéraires de fuite terrestres transfrontaliers avec l’aide de passeurs locaux.
L’architecture financière
En reconstituant le dispositif financier de la cellule de Lima, les investigations sécuritaires et judiciaires brésiliennes mettent en cause plusieurs personnalités, dont Dante Filippini, courtier en valeurs mobilières à São Paulo. Celui-ci aurait participé à des opérations de blanchiment d’argent et au transfert d’importants actifs financiers, sous forme traditionnelle et numérique, au profit du Hezbollah.
Il aurait utilisé des réseaux de cryptomonnaies pour contourner la surveillance bancaire internationale et le réseau SWIFT. Il se serait également appuyé sur un ensemble d’entreprises commerciales locales servant de façade pour transférer des fonds et couvrir les frais de déplacement, de séjour et de formation des recrues.
Sur ce volet sensible de l’enquête, les sources sécuritaires et judiciaires brésiliennes citées attribuent la mise en échec de ces projets, avant leur exécution, à une coopération étroite et directe avec des services de renseignement occidentaux et israéliens, au premier rang desquels le Mossad.
Des agences de renseignement internationales auraient ainsi fourni aux autorités brésiliennes des coordonnées géographiques et des données numériques issues du suivi de flux financiers illicites et de la surveillance des déplacements de personnes soupçonnées de liens avec des milices armées à travers le monde.
Des experts et spécialistes des questions de sécurité au Brésil appellent toutefois le président Lula da Silva à distinguer le soutien aux causes de libération dans le monde arabe de l’appui à des réseaux de milices moyen-orientales qui se réclament de causes nationales séduisantes pour masquer leurs activités.
Selon eux, quelle que soit la position de Lula da Silva à l’égard d’Israël et de sa politique militaire au Moyen-Orient, elle ne doit pas occulter les risques sécuritaires et stratégiques qui pèsent sur le Brésil et, plus largement, sur l’Amérique latine. Ils mettent en garde contre toute complaisance envers ces menaces, qu’ils présentent comme établies par la justice, ou contre toute tentative d’en minimiser la portée en les rattachant exclusivement à la criminalité organisée, sans les qualifier d’infractions terroristes à part entière.
