L’étau maritime se resserre : Washington tarit les flux pétroliers et paralyse les ports iraniens
Les pertes économiques de l’Iran s’alourdissent alors que le blocus maritime américain atteint 173 jours, répartis en deux phases depuis avril dernier. Selon les estimations américaines, Téhéran aurait été privé de 25 milliards de dollars de recettes pétrolières. Le chargement de nouvelles cargaisons de brut est à l’arrêt, tandis que des milliers de camions s’accumulent aux frontières avec les pays voisins et que les coûts d’importation et de transport terrestre s’envolent.
Ces difficultés interviennent alors que les États-Unis anticipent une contraction de plus de 25 % de l’économie iranienne au cours de l’exercice budgétaire se terminant en mars 2027.
La première phase du blocus a débuté le 13 avril et s’est poursuivie jusqu’au 18 juin, soit 67 jours. Les opérations ont repris le 14 juillet, après l’effondrement des arrangements provisoires entre Washington et Téhéran. Cette deuxième phase atteint, ce mercredi, 106 jours.
Une source américaine au fait des évaluations économiques du département du Trésor indique que les analyses suivies par les autorités américaines montrent que le principal impact du blocus se concentre désormais sur les flux financiers issus des ventes de pétrole. Téhéran aurait en effet épuisé une grande partie des cargaisons acheminées hors du Golfe avant le durcissement des restrictions maritimes.
Cette source précise que les évaluations américaines portent actuellement sur l’écart entre les volumes exportés par l’Iran avant le blocus et les recettes qu’il peut encore percevoir sur des cargaisons antérieures. Elles examinent également la capacité des institutions publiques iraniennes à obtenir les devises nécessaires aux importations et au financement des dépenses publiques.
Pétrole : des exportations paralysées et des recettes qui s’épuisent
Les données des sociétés de suivi des cargaisons font apparaître une chute des chargements iraniens de pétrole brut et de condensats, passés d’environ deux millions de barils par jour en mars à une fourchette comprise entre 220 000 et 255 000 barils par jour en août. Selon les estimations de Kpler, le chargement de nouvelles cargaisons est à l’arrêt depuis le 25 août.
Le 22 octobre, la société a fait état de l’épuisement des stocks pétroliers flottants situés hors du périmètre du blocus. Ceux-ci atteignaient environ 88,8 millions de barils lors de la reprise des opérations en juillet. Quelque 43 millions de barils demeuraient, en revanche, à l’intérieur de la zone soumise au blocus.
Selon la source américaine, les évaluations des pertes pétrolières prennent en compte l’interruption des nouvelles exportations et la diminution de la capacité à encaisser les recettes. Elle précise que les 25 milliards de dollars annoncés par le Commandement central américain correspondent à une estimation des revenus dont l’Iran aurait été privé en raison des restrictions imposées à ses exportations.
La source ajoute que Washington surveille les conséquences de la pénurie de devises sur le financement des importations, tout en poursuivant ses mesures financières visant les circuits bancaires utilisés pour les transactions commerciales iraniennes.
Pour Omid Shokri, chercheur spécialiste de l’énergie et des sanctions économiques, l’épuisement des stocks flottants accentue les effets du blocus sur les finances publiques iraniennes. L’État dépend en effet des exportations pétrolières pour obtenir des devises et financer une part importante de ses dépenses.
Shokri explique que la diminution des entrées de dollars se répercute progressivement sur le taux de change et les coûts de production, notamment dans les secteurs tributaires des équipements et des matières premières importés. Ces pressions s’ajoutent à l’alourdissement des charges financières liées à la poursuite de la guerre et aux perturbations des infrastructures énergétiques.
Le recours aux routes terrestres alourdit la facture commerciale
Les répercussions du blocus s’étendent aux postes-frontières terrestres, l’Iran recourant davantage aux camions pour compenser les perturbations du transport maritime. Selon des informations provenant du secteur commercial, environ 17 000 camions étaient bloqués aux frontières avec la Turquie, l’Afghanistan et l’Azerbaïdjan à la fin de septembre. À certains points de passage, les délais d’attente atteignaient 20 jours.
Ces engorgements se sont accompagnés de la fermeture, par l’Irak, du poste-frontière d’Al-Sheeb le 21 octobre, de restrictions pakistanaises sur le passage des camions aux postes de Gabd et de Taftan, ainsi que de retards persistants sur les axes reliant l’Iran à la Turquie, à l’Afghanistan et à l’Azerbaïdjan.
Le coût du transport terrestre d’un conteneur de la Chine vers l’Iran a atteint environ 12 000 dollars, contre 3 000 dollars par voie maritime, selon les estimations du président de la Chambre de commerce irano-chinoise. Celui-ci a averti qu’un recours massif aux itinéraires terrestres pourrait augmenter les coûts de transport d’environ 18 milliards de dollars par an.
Dans ce contexte, la source américaine indique que les évaluations suivies par le département du Trésor examinent la hausse du coût des importations et les retards de livraison. Une attention particulière est portée aux conséquences des engorgements frontaliers sur la capacité des entreprises iraniennes à se procurer des intrants industriels et des biens essentiels.
Shokri estime, pour sa part, que l’augmentation des coûts du transport routier accentue les pressions sur les entreprises et les consommateurs, dans un contexte de faiblesse de la monnaie iranienne et de difficultés croissantes à financer les importations. Il souligne que les itinéraires terrestres se heurtent aux limites de capacité des postes-frontières et des infrastructures, ainsi qu’aux coûts d’assurance et de transport.
Ces développements interviennent après que le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a prévu lundi une contraction de plus de 25 % de l’économie iranienne entre mars 2026 et mars 2027, tout en mettant en garde contre une aggravation des pénuries de carburant et une baisse de la production pétrolière.
