Politique

Des hommes armés prennent le contrôle d’un navire dans le golfe d’Aden


Les soupçons se portent sur les Houthis, soutenus par Téhéran, ainsi que sur les pirates somaliens, connus pour mener ce type d’attaques contre des pétroliers et des navires marchands afin d’obtenir des rançons.

Selon des sources de la sécurité maritime, des hommes armés, présumés être montés à bord du chimiquier Asana, transportant des produits chimiques, au large de la côte sud du Yémen dans le golfe d’Aden ce vendredi, en auraient pris le contrôle. Les premières suspicions orientent les enquêteurs vers les Houthis, dans un contexte où des responsables iraniens auraient donné des instructions visant à fermer le détroit de Bab el-Mandeb et à menacer la navigation en mer Rouge. Toutefois, la piste des pirates somaliens demeure également envisagée.

Les données de suivi maritime indiquent néanmoins que ce petit navire-citerne, dont le pavillon n’a pas encore été confirmé, avait pour prochaine destination le port somalien de Bosaso. Cet élément renforce l’hypothèse d’une opération menée par des pirates dans un objectif financier, afin d’obtenir une rançon, profitant de la dégradation de la situation sécuritaire dans la région ainsi que de la nécessité pour les compagnies maritimes internationales d’emprunter Bab el-Mandeb après la fermeture du détroit d’Ormuz.

De son côté, l’Agence britannique des opérations commerciales maritimes (UKMTO) a indiqué que des personnes non autorisées étaient montées à bord d’un navire alors qu’il naviguait vers l’est dans le golfe d’Aden, à environ 65 milles nautiques au sud du port de Moukalla.

Les attaques menées récemment par le groupe soutenu par l’Iran en mer Rouge et à proximité du détroit de Bab el-Mandeb se sont multipliées sur fond de tensions dans le détroit d’Ormuz, de reprise des frappes américaines contre le territoire iranien et des représailles de Téhéran contre plusieurs pays de la région. Parallèlement, les pirates somaliens ont également repris leurs activités maritimes, aggravant davantage l’instabilité.

Trois sources avaient déclaré jeudi que l’Iran avait demandé aux Houthis du Yémen de se préparer à fermer le détroit de Bab el-Mandeb en mer Rouge si les États-Unis lançaient une attaque contre les infrastructures du réseau électrique iranien, ce qui constituerait une nouvelle menace majeure pour les approvisionnements énergétiques mondiaux.

Deux hauts responsables iraniens ainsi qu’une source bien informée d’un pays de la région, ayant requis l’anonymat, ont indiqué que cette éventualité avait été examinée par les dirigeants de la République islamique et que les Houthis alliés à l’Iran en avaient été informés.

Ces sources ont ajouté que cette demande avait été transmise récemment au mouvement, une information qui n’avait pas encore été révélée par les médias.

Elles n’ont toutefois fourni aucun détail supplémentaire sur les modalités de cette communication ni précisé si celle-ci était intervenue après la menace formulée mardi par le président américain Donald Trump de frapper les infrastructures électriques iraniennes.

Une source proche des Houthis a affirmé que le mouvement avait achevé ses préparatifs pour lancer des attaques contre des navires marchands, en déployant des missiles et des drones à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, dans les hauteurs yéménites dominant Hodeïda et le golfe d’Aden, et qu’il attendait désormais l’ordre de passer à l’action.

Toute menace visant la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb risquerait d’aggraver considérablement la crise énergétique mondiale déclenchée par la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, mettant en évidence les risques majeurs qu’impliquerait une nouvelle escalade militaire.

Le détroit d’Ormuz étant déjà fermé, toute attaque houthie contre les navires ou les ports de la mer Rouge perturberait simultanément les deux principaux axes d’exportation du pétrole du Moyen-Orient, ouvrant un nouveau front dans la crise énergétique mondiale ainsi que dans le conflit opposant l’Iran aux États-Unis.

Une source proche du mouvement yéménite a également indiqué que les représentants des Gardiens de la révolution iraniens actuellement présents au Yémen superviseraient la décision concernant le moment de la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb.

Dans un nouveau signe de l’escalade des tensions régionales, les Houthis ont lancé des missiles contre l’Arabie saoudite après avoir accusé le royaume d’avoir bombardé, lundi, un aéroport situé sous leur contrôle, mettant ainsi fin à une trêve de quatre ans dans le conflit opposant les deux parties.

Torbjörn Soltvedt, analyste principal pour le Moyen-Orient au sein du cabinet de gestion des risques Verisk Maplecroft, a estimé que l’escalade entre les Houthis et l’Arabie saoudite intervenait à un moment particulièrement critique.

Il a déclaré : « Si les combats s’intensifient et s’étendent aux infrastructures d’exportation et de transport maritime en mer Rouge, cela menacera la seule véritable route alternative permettant d’exporter le pétrole de la région. »

Deux sources régionales proches de Riyad ont indiqué que l’Arabie saoudite prenait très au sérieux les menaces émanant de l’Iran et des Houthis, ajoutant que les autorités saoudiennes étaient pleinement conscientes de l’étroite coordination entre le mouvement yéménite et Téhéran concernant la mer Rouge.

Le conflit a éclaté le 28 février lorsque Israël et les États-Unis ont attaqué l’Iran, poussant Téhéran à fermer le détroit d’Ormuz, lequel constituait avant le conflit la principale voie maritime par laquelle transitait près d’un cinquième des approvisionnements énergétiques mondiaux.

Les tensions se sont intensifiées depuis l’effondrement de l’accord temporaire de cessez-le-feu conclu en juin entre Téhéran et Washington, ravivant les craintes d’une guerre généralisée et perturbant les flux énergétiques transitant par le détroit.

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