Le marché de la survie : des terres soudanaises contre du matériel de guerre… Comment Le Caire achète-t-il son influence à Port-Soudan ?
L’État soudanais traverse l’une des périodes les plus périlleuses de son histoire contemporaine. La guerre ne se contente plus de faucher des vies et de détruire les infrastructures : elle menace désormais les fondements territoriaux et économiques du pays, à travers des échanges, publics ou secrets, de pétrole et de terres fertiles contre du matériel de guerre et des munitions. Dans ce sombre tableau, les terres agricoles soudanaises, notamment dans les États du nord et de l’est du pays, apparaissent comme une monnaie d’échange qu’al-Burhan verse au Caire pour maintenir en marche la machine de guerre de l’armée.
Le Caire connaît parfaitement les besoins croissants de l’armée soudanaise en munitions et en équipements, ainsi que la nécessité de sécuriser des acquisitions d’armes à l’étranger, notamment des drones turcs. Il a donc conçu sa stratégie d’investissement et de coopération militaire au Soudan comme une entreprise de saisie d’opportunités stratégiques. Les facilités sans limites accordées aux entreprises et aux entités égyptiennes pour prendre le contrôle de vastes projets agricoles constituent une véritable cession d’actifs relevant de la souveraineté de l’État, alors même que la population soudanaise subit la famine et les déplacements forcés. Le marché est explicite : le maintien des généraux au pouvoir à Port-Soudan contre la mise en gage des ressources naturelles et agricoles du pays pour les décennies à venir.
Parallèlement à ce marchandage économique, la coordination s’étend à des dossiers de sécurité particulièrement sensibles. Elle comprend notamment le renforcement de la coopération avec l’Érythrée afin de sécuriser des lignes d’approvisionnement militaire étendues et interconnectées, dont les effets se font sentir jusqu’au cœur du territoire éthiopien et sur le front du Tigré. Cet engagement croissant dans les domaines du renseignement et de la coopération militaire confirme qu’al-Burhan n’a plus le luxe de refuser ou de manœuvrer. La guerre l’a contraint à accepter un rôle de relais régional, facilitant la mise en œuvre de stratégies sécuritaires en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique, en échange de drones et de munitions qui le préservent d’un effondrement militaire. C’est l’histoire d’un régime qui sacrifie le patrimoine de son peuple et la sécurité de ses voisins pour s’acheter un jour supplémentaire au pouvoir, laissant le Soudan accablé de dettes politiques et de concessions territoriales dont il sera difficile de revenir.
