Diplomatie de la dernière chance : une course difficile pour éviter un embrasement majeur avec l’Iran
Les efforts diplomatiques visant à mettre fin à la confrontation entre les États-Unis et l’Iran entrent dans une nouvelle phase de complexité, après près de huit mois de guerre. Plusieurs médiations régionales et internationales ont permis d’obtenir une trêve temporaire et un accord en quatorze points, avant l’effondrement des arrangements de désescalade et la reprise du blocus maritime américain.
Ces derniers jours, les contacts se sont intensifiés afin de parvenir à une entente susceptible d’empêcher une reprise des opérations militaires à grande échelle.
Le Pakistan et le Qatar sont en première ligne des efforts de médiation depuis le déclenchement de la guerre, le 28 février dernier, avec une implication diplomatique variable d’Oman et de la Turquie. Les négociations ont connu trois étapes majeures : un cessez-le-feu temporaire en avril, un protocole d’accord en juin, puis de nouvelles propositions en septembre et en octobre pour mettre fin à l’escalade et rouvrir le détroit d’Ormuz.
Une source diplomatique pakistanaise au fait des échanges du ministère des Affaires étrangères concernant la médiation a indiqué que les évaluations menées par Islamabad portent principalement sur l’incapacité des parties à exécuter simultanément leurs engagements. L’expérience de juin a, selon elle, révélé la difficulté de traduire les ententes politiques en mesures concrètes sur le terrain.
La source précise que les contacts récents visent à s’appuyer sur les mécanismes créés par l’accord d’Islamabad et à définir des mesures à court terme dont l’application puisse être vérifiée. Le rôle des médiateurs dans la consignation des engagements est également à l’étude.
De la trêve d’avril à l’accord d’Islamabad
Le Pakistan avait contribué à l’obtention d’une trêve de deux semaines, annoncée le 7 avril. Celle-ci avait permis la tenue de discussions américano-iraniennes à Islamabad les 11 et 12 avril, avec une délégation américaine conduite par le vice-président J. D. Vance. Les négociations avaient ensuite achoppé sur les divergences concernant le programme nucléaire.
Les États-Unis avaient imposé un blocus maritime le 13 avril. Les efforts pakistanais et ceux des pays du Golfe s’étaient poursuivis jusqu’à l’annonce d’une nouvelle entente en juin, signée le 17 juin par le président américain Donald Trump et son homologue iranien Massoud Pezeshkian. Ses dispositions étaient entrées en vigueur le lendemain.
Le protocole d’Islamabad comportait quatorze points et prévoyait un délai maximal de soixante jours pour négocier un accord définitif. Il comprenait des dispositions concernant la fin des opérations militaires, le rétablissement de la navigation dans le détroit d’Ormuz et le traitement de la question du blocus américain, ainsi que les sanctions, le programme nucléaire et l’arrêt des combats au Liban.
Selon la source pakistanaise, les difficultés rencontrées tenaient à des interprétations divergentes du calendrier d’exécution des engagements, ainsi qu’à la persistance des désaccords sur les dispositions nucléaires et les garanties de sécurité. Les médiateurs ont ainsi été amenés à rechercher des mécanismes plus détaillés pour documenter la mise en œuvre et traiter les objections.
Les négociations se sont poursuivies les 21 et 22 juin au Bürgenstock, en Suisse, avec la participation des États-Unis, de l’Iran, du Pakistan et du Qatar. Les parties y ont convenu de créer un comité politique de haut niveau et des groupes de travail chargés du nucléaire, des sanctions et du suivi de l’application de l’accord. Elles ont également prévu un canal de communication destiné à prévenir les incidents dans le détroit d’Ormuz et un mécanisme pour traiter les épisodes d’escalade au Liban.
Ces ententes ont toutefois été mises en échec par la suite. Le 14 juillet, les États-Unis ont rétabli le blocus maritime, mettant fin à une suspension de près de quatre semaines.
Sept jours pour la diplomatie
Les initiatives ont repris en septembre, lorsque Téhéran a présenté une proposition échelonnée sur sept jours. Celle-ci prévoyait, au cours des cinq premiers jours, des mesures américaines portant sur l’arrêt des opérations, la levée du blocus, l’assouplissement des restrictions pétrolières et le déblocage de fonds gelés. En contrepartie, le détroit d’Ormuz devait être rouvert le sixième jour et les négociations reprendre le septième.
Une source diplomatique américaine chargée du dossier iranien au département d’État indique que les discussions sur les propositions actuelles portent principalement sur l’intégration, dès la première phase, d’engagements nucléaires et sécuritaires vérifiables. Elles visent également à préciser les mesures économiques qui pourraient être examinées successivement et le rôle des pays médiateurs dans le suivi de l’application des ententes.
Cette source souligne que l’un des principaux obstacles réside dans l’exigence iranienne de mesures américaines rapides concernant le blocus et les sanctions. Washington insiste, pour sa part, pour que la question de l’uranium hautement enrichi soit abordée dès le début de tout processus de négociation.
Les contacts se sont accélérés cette semaine avec la visite à Téhéran, le 26 octobre, de délégations pakistanaises, saoudiennes et turques, tandis que le Qatar poursuivait ses démarches. Mercredi, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a confirmé la poursuite des échanges avec les médiateurs sur la mise en œuvre de la proposition en sept jours.
La source américaine précise que toute nouvelle entente nécessitera des modalités d’application rigoureuses concernant la navigation, les engagements nucléaires et l’arrêt des attaques, les dossiers les plus complexes devant être réservés aux négociations ultérieures.
La source pakistanaise indique, quant à elle, que les échanges diplomatiques visent actuellement à préserver les canaux de communication et à définir des mesures concrètes que les deux parties pourraient mettre en œuvre dans un délai court.
