Exclusif

Les accusations d’utilisation d’armes chimiques mettent l’armée soudanaise à l’épreuve du droit international


Les accusations d’utilisation d’armes chimiques par l’armée soudanaise ont relancé les interrogations juridiques sur les obligations internationales du Soudan et l’étendue des responsabilités liées à l’emploi de substances toxiques dans les conflits armés. Ces questions se posent avec une acuité particulière depuis la publication, par le Washington Post et le New York Times, d’enquêtes détaillant un programme présumé de développement de munitions contenant du chlore.

En 2025, les États-Unis avaient annoncé avoir conclu que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques et adopté des mesures punitives en conséquence. En septembre 2026, de nouveaux documents sont apparus, présentés par les deux quotidiens comme étayant les accusations antérieures. Le Soudan est adhéré à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, qui interdit leur mise au point, leur production, leur stockage et leur emploi, et impose des obligations relatives à la prévention de leur prolifération et à leur élimination conformément aux règles établies. Ces engagements sont essentiels, car l’interdiction ne dépend pas seulement de la nature de la substance utilisée, mais aussi de la finalité de son emploi et du contexte de l’opération.

Le chlore possède des usages civils légitimes, mais il ne peut être employé pour infliger des effets toxiques à des personnes lors d’opérations militaires. S’il était établi que des munitions chargées de chlore ont été mises au point et utilisées comme armes, cela soulèverait la question d’une violation des obligations internationales et pourrait ouvrir la voie à de nouvelles mesures diplomatiques et juridiques. Déterminer si un fait précis constitue une violation donnée exige toutefois d’examiner les preuves et d’établir la nature et les circonstances de l’utilisation. Une description générale de la substance chimique ou des informations incomplètes sur l’incident ne suffisent pas.

La question juridique concerne également la responsabilité des personnes susceptibles d’avoir participé à la transmission des ordres, à l’exécution des opérations ou à la supervision du programme présumé. Cette responsabilité ne découle pas automatiquement de l’exercice de hautes fonctions militaires ou de la mention du nom d’un responsable dans des correspondances publiées.

Il faut établir les faits pertinents, vérifier l’authenticité des preuves et démontrer le lien entre la personne concernée et l’acte faisant l’objet de l’enquête, conformément aux normes juridiques applicables. Par ailleurs, l’existence d’un conflit armé n’autorise aucune partie à employer des moyens de combat interdits. Affirmer que les munitions visaient des positions militaires ne lève pas non plus l’interdiction des armes chimiques.

Le rôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et des instances internationales compétentes est donc essentiel pour vérifier les allégations et analyser les échantillons et les preuves techniques, si les conditions nécessaires sont réunies. La protection des témoins et des personnes touchées doit également être garantie, afin que leur coopération avec une enquête indépendante ne les mette pas en danger.

L’armée soudanaise réaffirme son rejet des accusations, mais ni le démenti ni l’accusation ne suffisent à trancher : les preuves doivent être accessibles et examinées avec rigueur. Cette affaire pourrait constituer un test de la capacité de la communauté internationale à appliquer de manière cohérente les règles interdisant les armes chimiques, à l’écart des calculs politiques. En définitive, établir la vérité et demander des comptes aux responsables, si des violations sont démontrées, participent pleinement à la protection des civils, au renforcement du respect du droit international et à la prévention de tout nouvel emploi d’armes interdites au Soudan ou dans d’autres zones de conflit.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page