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Les armes chimiques au Soudan : que se passera-t-il après les accusations et les sanctions ?


Le dossier des armes chimiques au Soudan est entré dans une nouvelle phase en 2026. La question ne se limite désormais plus à des accusations réciproques entre les parties au conflit, mais elle est devenue liée à des positions officielles américaines, à des sanctions et à des démarches au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, ainsi qu’à des enquêtes journalistiques ayant révélé des documents, des photographies et des vidéos qui, selon leurs auteurs, indiqueraient l’existence d’un programme militaire destiné à produire des munitions chimiques. Toutefois, la question la plus difficile demeure : que se passera-t-il si ces indices se transforment en preuves indépendantes ? Et qui sera en mesure de déterminer définitivement ce qui s’est passé sur les champs de bataille ?

La question a commencé à prendre une dimension internationale manifeste lorsque les États-Unis ont annoncé, en avril 2025, être parvenus à la conclusion que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques. Sur la base de cette conclusion, Washington a pris des mesures punitives. En juillet 2026, les États-Unis ont annoncé des mesures supplémentaires, affirmant que le Soudan n’avait pas satisfait aux exigences liées au dossier des armes chimiques.

Parallèlement, Washington a continué de soulever la question au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Devant le Conseil exécutif de l’organisation, les États-Unis ont déclaré être parvenus à la conclusion que des armes chimiques avaient été utilisées au Soudan en 2024. Ils ont demandé aux autorités soudanaises de déclarer toute installation de production d’armes chimiques ainsi que toute munition associée, et de coopérer avec l’organisation afin de permettre la vérification de ces installations et la destruction de ce qui pourrait s’y trouver.

Ces démarches signifient que la question n’est plus seulement un sujet journalistique, mais qu’elle est devenue partie intégrante d’un débat diplomatique officiel sur le respect, par le Soudan, de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Le Soudan est partie à cette convention depuis 1999 et est donc soumis à un ensemble de règles interdisant la mise au point, la production, le stockage et l’utilisation des armes chimiques.

Toutefois, l’existence d’une accusation officielle ne signifie pas que tous les aspects du dossier sont désormais établis. Dans ce type d’affaires, les États-Unis s’appuient sur des renseignements qui peuvent ne pas être entièrement accessibles au public. De son côté, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques doit disposer de preuves susceptibles d’être vérifiées conformément à des procédures scientifiques et techniques précises. La prochaine étape essentielle consistera donc à passer des informations utilisées par les gouvernements à des éléments de preuve pouvant être examinés de manière indépendante.

C’est là que réside la difficulté de l’enquête au Soudan. La guerre, qui se poursuit depuis avril 2023, a entraîné d’importantes destructions, le déplacement de millions de personnes et des changements de contrôle sur de nombreux territoires. Dans un tel environnement, l’accès au site d’un incident chimique présumé constitue un défi à la fois sécuritaire et logistique. Il peut également être difficile de préserver les échantillons ou de garantir que le site n’a pas été altéré avant l’arrivée des enquêteurs.

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques dispose néanmoins d’une vaste expérience dans ce type d’enquêtes. Ses missions d’établissement des faits peuvent s’appuyer sur des échantillons environnementaux et biologiques, sur des entretiens avec les victimes, les témoins, les médecins et les secouristes, ainsi que sur les dossiers médicaux et les restes de munitions. Une fois recueillis, les échantillons peuvent être envoyés à des laboratoires agréés afin d’y faire l’objet d’analyses indépendantes.

Cette procédure peut sembler très technique, mais elle constitue en réalité le cœur même de l’affaire. Si un témoin affirme qu’une bombe est tombée dans une zone donnée, son témoignage contribue à établir les circonstances de l’incident. Si les dossiers médicaux font apparaître des symptômes compatibles avec une exposition à une substance toxique, ils apportent un élément supplémentaire. Si des fragments de munition sont retrouvés au même endroit, ils peuvent contribuer à établir un lien entre l’incident et l’arme. Et si l’analyse démontre la présence d’une substance chimique toxique ou interdite, le dossier s’en trouve davantage étayé.

Cependant, même la présence d’une substance chimique ne permet pas à elle seule de répondre à la question de la responsabilité. Les enquêteurs doivent déterminer qui a utilisé l’arme, qui en a donné l’ordre et qui avait connaissance de l’opération. Les documents militaires, les communications et les registres de commandement revêtent donc une importance particulière. Si l’enquête parvient à établir un lien entre les preuves recueillies sur le terrain et les documents internes, il pourrait devenir possible de reconstituer la chaîne de décision.

En septembre 2026, cet aspect a pris une importance supplémentaire après la publication, par des médias internationaux, d’enquêtes affirmant avoir obtenu des documents, des photographies, des vidéos et des communications liés à un programme chimique au sein de l’institution militaire soudanaise. Le Washington Post a évoqué un programme secret destiné à produire des munitions reposant sur l’utilisation du chlore, tandis que le New York Times a fait état d’un dossier de renseignement décrivant un programme qui aurait débuté en 2024.

Ces informations soulèvent une nouvelle question : s’agissait-il simplement de la détention de substances chimiques ou existait-il un dispositif complet destiné à mettre au point une arme chimique ? La différence entre les deux est considérable. La possession d’une substance chimique destinée à un usage civil ne signifie pas qu’il existe une arme. En revanche, la présence d’une munition conçue pour disperser cette substance, d’un site d’essai, de registres de production et d’ordres militaires pourrait constituer un indice de l’existence d’un programme organisé si l’authenticité de ces éléments était établie.

L’avenir du dossier pourrait donc dépendre davantage du processus d’authentification des documents que des déclarations politiques. Un document portant une date et une signature ne devient pas automatiquement une preuve authentique, et une photographie montrant une munition inhabituelle ne permet pas, à elle seule, d’en déterminer le contenu. Il faut établir l’origine du document, sa date, son lieu de production, déterminer s’il a été modifié, puis le comparer à d’autres éléments de preuve indépendants.

La même prudence s’applique aux vidéos. La géolocalisation peut contribuer à déterminer le lieu du tournage, tandis que l’analyse numérique peut aider à vérifier la date et l’heure de l’enregistrement. La comparaison des équipements, des vêtements et des bâtiments peut également permettre de déterminer si la vidéo est liée au site indiqué par ceux qui l’ont diffusée. Mais même après ces vérifications, l’identification de la substance chimique demeure une question scientifique nécessitant l’analyse d’échantillons.

C’est dans ce contexte que la criminalistique chimique prend toute son importance. L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a souligné, dans ses rapports et ses travaux scientifiques, que l’analyse chimique peut contribuer à identifier les substances et leurs produits de dégradation, tout en fournissant des informations permettant de comparer différents échantillons et d’établir des liens entre eux. Dans le dossier soudanais, ce type d’analyse pourrait être particulièrement important si des échantillons provenant de plusieurs sites étaient disponibles.

Mais une autre question se pose : que se passerait-il si l’existence d’un programme chimique était confirmée sans qu’il soit possible de démontrer toutes les attaques ?

Même dans ce cas, il subsisterait un important dossier international concernant le respect de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Un programme non déclaré de production ou de stockage d’armes chimiques pourrait soulever des questions relatives aux déclarations, aux procédures de vérification et à la destruction des stocks. La découverte d’installations ou de stocks pourrait également entraîner des pressions internationales visant à les sécuriser et à empêcher leur utilisation ou leur transfert.

Si, en revanche, une utilisation effective contre des civils ou des combattants était établie, le dossier prendrait une dimension supplémentaire concernant le droit international humanitaire et la responsabilité pour les violations commises. Toutefois, l’établissement d’une responsabilité individuelle nécessiterait toujours des preuves précises concernant la chaîne de commandement et l’exécution des opérations, et pas seulement la démonstration de l’existence de l’arme.

Par ailleurs, la poursuite de la guerre pourrait rendre l’établissement de la vérité encore plus difficile. Plus le temps passe, plus certains éléments de preuve deviennent difficiles à exploiter ; les sites peuvent être détruits ou modifiés et l’accès aux témoins peut devenir plus compliqué. La préservation des preuves dans les meilleurs délais constitue donc un facteur important pour toute enquête future.

À cet égard, les organisations internationales ne sont pas les seules à jouer un rôle. Les journalistes, les organisations de défense des droits humains, les médecins et les témoins peuvent contribuer de manière importante à la conservation des informations initiales. Les photographies originales, les dossiers médicaux, les noms des lieux, les dates des événements et les témoignages des personnes présentes sur place peuvent par la suite devenir des éléments d’un dossier plus vaste, à condition d’être conservés et vérifiés.

Il convient toutefois de se prémunir contre un autre risque : l’utilisation du dossier des armes chimiques dans la guerre de l’information. Les parties au conflit ont intérêt à attribuer les violations à leur adversaire. Des affirmations inexactes ou des éléments sortis de leur contexte peuvent donc circuler. Cela rend d’autant plus importants les critères scientifiques de vérification, car cette question ne permet pas de tirer des conclusions à partir d’informations peu fiables.

Le Soudan, de son côté, rejette les accusations américaines. Son représentant auprès des Nations unies a déclaré que Washington n’avait pas fourni suffisamment de preuves publiques pour établir que l’armée soudanaise avait utilisé des armes chimiques. Cette position doit rester partie intégrante de la présentation du dossier, d’autant qu’une enquête définitive doit entendre toutes les parties et examiner les éléments de preuve indépendamment des récits politiques concurrents.

Parallèlement, l’apparition de nouveaux éléments issus d’enquêtes journalistiques ne peut être ignorée. Les investigations faisant état de documents militaires, de communications, de photographies et de vidéos offrent aux enquêteurs potentiels de nouvelles pistes à examiner. Si l’authenticité de ces éléments était établie, ils pourraient contribuer à identifier des sites, des installations, des personnes et des dates liés au programme présumé.

Si le dossier évolue, la prochaine phase pourrait s’articuler autour de trois questions principales. Premièrement : existait-il une capacité organisée à produire des munitions chimiques ? Deuxièmement : ces munitions ont-elles effectivement été utilisées pendant la guerre ? Troisièmement : qui serait responsable de toute utilisation établie ? Chacune de ces questions possède ses propres éléments de preuve et la réponse ne peut être réduite à une seule conclusion.

C’est pourquoi l’établissement de la vérité nécessite une coopération internationale et un accès aux sites et aux éléments de preuve. Il nécessite également que les résultats de l’enquête soient acceptés, qu’ils corroborent les accusations américaines, qu’ils correspondent au récit soudanais ou qu’ils révèlent une situation plus complexe que les deux versions.

En définitive, le dossier des armes chimiques au Soudan est entré dans une phase plus sensible en 2026. Il existe désormais une position officielle américaine, des sanctions, des démarches au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et des enquêtes journalistiques faisant état de documents et d’un programme militaire présumé, tandis que le Soudan continue de rejeter les accusations. Toutefois, le dossier n’est pas encore arrivé à un stade permettant de réduire l’ensemble de ces éléments à une conclusion définitive concernant tous les faits.

La vérité dépendra des éléments pouvant être examinés : échantillons, fragments de munitions, documents originaux, témoignages indépendants, dossiers médicaux, analyses de laboratoire, chronologie précise et établissement d’un lien rigoureux entre l’arme, le lieu et l’entité qui l’a utilisée. Si cette chaîne pouvait être établie, le monde ne serait plus face à une simple nouvelle accusation dans la guerre au Soudan, mais à un dossier susceptible d’avoir des conséquences importantes sur le cours du conflit et sur le régime international de prévention de la prolifération des armes chimiques lui-même.

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