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L’armée soudanaise et les armes chimiques : que révèlent les nouvelles preuves sur une guerre qui a franchi toutes les lignes rouges ?


 Les accusations relatives à l’utilisation d’armes chimiques dans la guerre au Soudan ne relèvent désormais plus seulement de récits circulant dans les médias ou de rapports de renseignement obscurs. Depuis septembre 2026, de nouvelles informations et de nouveaux documents ont émergé, dressant un tableau plus détaillé d’un prétendu programme militaire soudanais visant à développer des munitions chargées de chlore et à les utiliser au cours de la guerre qui fait rage depuis avril 2023.

Alors que les autorités soudanaises et l’armée rejettent ces accusations et demandent à avoir accès aux éléments sur lesquels elles reposent, plusieurs reportages et enquêtes récentes affirment qu’un vaste ensemble de photographies, de vidéos, de documents et de messages échangés entre responsables militaires fournit des indices sur le développement, les essais et l’utilisation présumée de munitions chimiques. L’affaire a pris une dimension officielle dès avril 2025, lorsque les États-Unis ont conclu que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques en violation du droit international, avant d’annoncer, en juin de la même année, des mesures punitives liées à cette conclusion. Le Département d’État américain a indiqué dans les archives officielles que cette évaluation remontait au 24 avril 2025 et que la décision reposait sur une législation américaine relative à l’utilisation d’armes chimiques et biologiques.

Mais la nouveauté, en septembre 2026, réside dans la publication par des médias internationaux de dossiers qu’ils affirment avoir obtenus auprès de sources de renseignement au Moyen-Orient. Ceux-ci comprennent des photographies, des vidéos, des messages et des documents faisant état du développement de munitions reposant sur le gaz chloré au sein d’institutions liées aux forces armées soudanaises. Selon une enquête publiée par le Washington Post, ces éléments témoigneraient d’efforts visant à constituer un stock d’armes chimiques ainsi qu’à transférer et utiliser du chlore initialement destiné au traitement de l’eau potable. Le New York Times a, quant à lui, publié le 5 septembre 2026 une enquête affirmant qu’un dossier composé de documents, de photographies et de communications renforce les accusations antérieures faisant état de l’existence d’un programme militaire secret destiné à développer et produire, en 2024, des munitions à base de chlore.

Le journal indique que les documents comprennent des plans de munitions, des photographies de sites de production, des vidéos d’essais menés dans des zones désertiques ainsi que des messages attribués à des responsables militaires. De l’accusation américaine à l’apparition de nouveaux documents Washington avait accusé l’armée soudanaise, en janvier 2025, d’avoir utilisé des armes chimiques à au moins deux reprises, selon des informations rapportées à l’époque par le New York Times, citant des responsables américains. Cette version des faits indiquait que les armes auraient été utilisées dans des zones reculées contre les Forces de soutien rapide, avec la crainte que leur emploi ne s’étende à des zones plus densément peuplées.

À cette époque, les preuves détaillées restaient hors de portée du public, ce qui entourait l’affaire de nombreuses interrogations. Même certains experts ayant travaillé sur ce dossier réclamaient des preuves directes recueillies sur le terrain, notamment parce que l’établissement de l’utilisation d’une substance chimique comme arme nécessite généralement l’analyse d’échantillons, des témoignages documentés ainsi qu’un examen des munitions et des sites visés. Les enquêtes publiées en septembre 2026 ont toutefois apporté un type différent d’éléments. Les accusations ne reposent désormais plus uniquement sur des évaluations de renseignement américaines non publiées, mais également sur des documents que des journalistes et des experts affirment avoir examinés, notamment des correspondances, des photographies, des vidéos et des documents liés à des opérations présumées de fabrication et d’essai. Le Washington Post a évoqué un volumineux dossier comprenant des documents, des messages et des photographies. D’autres rapports indiquent que les éléments apparus dans les enquêtes comprennent des centaines de documents, de photographies, de vidéos et d’enregistrements, ainsi que des milliers de messages textuels.

Le chlore : une substance civile transformée en arme L’un des aspects les plus sensibles de cette affaire concerne le chlore. Cette substance n’est pas interdite dans les usages civils, puisqu’elle est largement utilisée pour le traitement et la désinfection de l’eau. Toutefois, sa transformation en moyen d’attaque et son utilisation pour porter atteinte à des personnes modifient complètement sa qualification juridique. Les enquêtes publiées indiquent qu’une partie du chlore utilisé dans le programme présumé pourrait provenir de stocks destinés au traitement de l’eau potable.

Le New York Times a rapporté que les éléments de l’enquête faisaient état de l’acquisition de chlore auprès d’installations civiles, tandis que le Washington Post a indiqué que des photographies de bouteilles associées à des attaques menées en 2024 avaient pu être retracées jusqu’à un fournisseur en Inde, lequel aurait affirmé que les cargaisons étaient destinées au traitement de l’eau. La situation présente ici un risque supplémentaire, car la transformation d’une substance destinée à protéger la santé publique en instrument de guerre ne menace pas uniquement les victimes directes de l’attaque. Elle peut également affecter les réseaux d’approvisionnement en eau et les systèmes de santé publique dans un pays qui souffre déjà d’un effondrement généralisé de ses infrastructures en raison de la guerre. Que s’est-il passé en 2024 ? Selon les enquêtes publiées en septembre 2026, l’année 2024 aurait constitué une étape importante dans l’évolution du programme présumé.

Les éléments examinés par le New York Times font état du développement de munitions contenant du chlore et de l’essai de certaines d’entre elles dans des zones désertiques éloignées des populations. Ils font également état de sites liés à l’assemblage des munitions. Le journal affirme que les documents contiennent des informations relatives à l’essai d’une munition chimique en juillet 2024, tandis que le Washington Post évoque des éléments faisant état d’essais, d’assemblage et de stockage de munitions sur la base aérienne de Merowe. Toutefois, l’existence de ces documents ne signifie pas que chaque détail qu’ils contiennent a été établi de manière indépendante et définitive.

Les enquêtes journalistiques elles-mêmes soulignent la nécessité d’accéder aux sites concernés, d’examiner les preuves matérielles et d’entendre des témoins directs, autant d’étapes indispensables pour transformer des indices en éléments de preuve susceptibles d’être retenus par la justice ou dans le cadre d’une enquête internationale complète. Cette question revêt une importance particulière en raison de l’extrême complexité du conflit soudanais, dans lequel les différentes parties s’accusent mutuellement de graves violations. L’attribution de la responsabilité d’une attaque chimique précise exige donc des normes rigoureuses en matière de collecte et de vérification des preuves. L’attaque contre la raffinerie d’Al-Gaili.

L’un des faits les plus importants apparus dans les enquêtes concerne l’attaque liée à la raffinerie pétrolière d’Al-Gaili, au nord de Khartoum. Les Forces de soutien rapide avaient accusé l’armée soudanaise d’avoir utilisé des substances toxiques lors de cette attaque, tandis que des photographies et des vidéos montraient des personnes présentes sur le site utilisant des équipements de protection respiratoire. Le New York Times a indiqué qu’une enquête distincte menée par France 24 avait conclu à l’existence d’indices laissant penser à une attaque chimique sur le site. Elle a toutefois également souligné que les bouteilles identifiées étaient de grande taille et ne correspondaient pas nécessairement au même type de munitions que celles évoquées dans les documents relatifs au programme de fabrication.

Cette divergence laisse ouvertes certaines questions concernant la nature des munitions utilisées et leur provenance. D’autres rapports indiquent que les États-Unis avaient déjà conclu à l’utilisation de chlore sur des sites associés à l’armée soudanaise, notamment dans la zone de la raffinerie d’Al-Gaili et sur la base militaire de Qari, ce qui avait constitué l’un des fondements de la pression et des sanctions américaines. Que dit l’armée soudanaise ? Les autorités soudanaises et l’armée ont rejeté les accusations relatives à l’utilisation d’armes chimiques. En mai 2025, le gouvernement soudanais avait annoncé la création d’une commission chargée d’enquêter sur les accusations américaines, affirmant rejeter ce qu’il qualifiait d’allégations et réaffirmant son respect des engagements internationaux du Soudan au titre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.

En juillet 2025, le gouvernement soudanais avait demandé aux États-Unis de fournir les informations et les preuves sur lesquelles reposait leur accusation selon laquelle l’armée aurait utilisé des armes chimiques, estimant qu’un examen objectif de ces accusations nécessitait d’avoir accès aux éléments qui les fondaient. Cette position est importante dans l’évaluation du dossier, car les preuves rendues publiques jusqu’à présent, malgré leur ampleur, ne constituent pas automatiquement une enquête internationale indépendante. De même, les éléments journalistiques, quelle que soit leur quantité, doivent être vérifiés quant à leur origine, leur chaîne de conservation, leur contexte et la possibilité qu’ils aient été manipulés. Pourquoi des voix internationales réclament-elles une enquête indépendante ?

En septembre 2026, d’anciens responsables et des experts ayant travaillé au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques ont appelé à l’ouverture d’une enquête internationale sur ces accusations. Un groupe d’anciens experts a estimé que les informations disponibles comportaient des indices justifiant une enquête, notamment des témoignages faisant état de graves difficultés respiratoires, d’odeurs inhabituelles et de symptômes associés à des explosions, ainsi que des rapports faisant état d’effets sanitaires et environnementaux à long terme. The National a également rapporté, en citant d’anciens enquêteurs, que les documents publiés semblaient compatibles avec l’existence d’un programme chimique rudimentaire, tout en soulignant la nécessité d’une enquête menée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

L’importance de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques apparaît ici clairement, puisqu’il s’agit de l’institution internationale chargée de mettre en œuvre la Convention interdisant la mise au point, la production, le stockage et l’utilisation des armes chimiques. Une enquête indépendante sur le terrain peut, en principe, recueillir et analyser des échantillons, examiner les sites d’attaque, étudier les munitions, confronter les éléments médicaux et environnementaux et entendre les témoins. La guerre au Soudan : des armes conventionnelles aux armes chimiques ? Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, le Soudan a connu un recours intensif aux armes conventionnelles, notamment aux frappes aériennes, aux bombardements d’artillerie et aux combats dans les zones urbaines.

Mais si la présence d’armes chimiques dans le conflit venait à être confirmée de manière indépendante, elle constituerait un changement qualitatif dans la nature de la guerre. Les armes chimiques ne visent pas nécessairement un combattant précis. Leurs effets peuvent se propager dans l’air et atteindre des personnes éloignées du point d’explosion. Leur utilisation dans les zones urbaines peut également entraîner de lourdes conséquences sanitaires et humanitaires. Le danger réside également dans le fait que la prolifération de telles armes pourrait créer un précédent préoccupant dans la région, en particulier si leurs responsables ne sont pas amenés à rendre des comptes ou si leurs sites de stockage et de production ne sont pas correctement documentés et sécurisés. Il demeure toutefois essentiel de ne pas aller au-delà des éléments disponibles.

Les nouveaux rapports fournissent des indices importants, certains faisant état de la production, des essais et de l’utilisation de munitions contenant du chlore, mais l’établissement de la responsabilité définitive pour chaque incident nécessite encore une enquête indépendante. Que faut-il faire maintenant ? La question ne se limite désormais plus à savoir si des armes chimiques ont été utilisées au Soudan. Elle soulève également d’autres interrogations : qui a ordonné leur utilisation ? Où ont-elles été fabriquées ? Qui les a développées ? Qui a fourni les matériaux ? Combien de fois ont-elles été utilisées ? Et quelle ampleur ont eu les dommages causés ? Répondre à ces questions nécessite une enquête qui ne dépende d’aucune des parties au conflit. Cela suppose également de protéger les témoins, d’examiner les preuves numériques, de documenter les sites, d’analyser les échantillons médicaux et environnementaux et de vérifier l’origine des munitions et des substances chimiques. Si une enquête internationale établissait l’utilisation d’armes chimiques, l’affaire ne constituerait pas simplement un développement militaire dans la guerre au Soudan. Elle soulèverait également de vastes responsabilités juridiques et politiques pour ceux qui auraient donné les ordres, mené les opérations, participé au développement des armes ou cherché à dissimuler les traces de leur utilisation.

À l’inverse, si certaines accusations n’étaient pas établies, une enquête indépendante resterait également nécessaire afin de dissiper les doutes et de déterminer ce qui est avéré et ce qui est trompeur, dans le contexte d’une guerre médiatique et de renseignement particulièrement complexe. En définitive, l’affaire des armes chimiques présumées au Soudan révèle l’un des aspects les plus dangereux de la guerre qui se poursuit depuis plus de trois ans. La question ne relève désormais plus seulement d’un échange d’accusations entre l’armée et les Forces de soutien rapide, mais devient une affaire internationale portant sur l’un des interdits les plus stricts du droit international. Alors que les dernières enquêtes journalistiques apportent de nouveaux éléments renforçant les accusations relatives à l’existence d’un programme de production et d’utilisation de munitions à base de chlore, la voie reste ouverte à une enquête internationale indépendante destinée à établir la vérité dans son ensemble.

Entre les preuves confidentielles, les documents divulgués et les accusations réciproques, le véritable enjeu demeure la capacité à transformer ces indices en éléments vérifiables et à établir les responsabilités sur la base des faits plutôt que des récits des parties au conflit. Dans la guerre au Soudan, les armes chimiques pourraient ainsi représenter bien davantage qu’une nouvelle catégorie d’armes : elles constitueraient une mise à l’épreuve du système international fondé, depuis des décennies, sur le principe selon lequel certaines armes ne devraient pas être utilisées, même dans les guerres les plus brutales.

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