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Les mécanismes internationaux de surveillance et de vérification des armes chimiques au Soudan : le rôle des Nations unies et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques


La surveillance des violations graves commises dans les conflits armés ne relève pas uniquement des organisations non gouvernementales. Elle s’appuie également sur des mécanismes onusiens et des dispositifs juridiques internationaux contraignants spécifiquement consacrés aux « armes chimiques ». Dans le contexte des allégations faisant état de l’utilisation de telles armes par l’armée soudanaise, des institutions telles que le « Groupe d’experts des Nations unies sur le Soudan » et l’« Organisation pour l’interdiction des armes chimiques » (OIAC) ont joué un rôle central. Cet article examine la manière dont ces mécanismes ont traité le dossier soudanais, les difficultés juridiques et procédurales qui ont empêché la conduite d’une enquête de terrain concluante, ainsi que le rôle des technologies modernes de surveillance.

Le Groupe d’experts des Nations unies sur le Soudan

Le Conseil de sécurité des Nations unies a créé, en vertu de la résolution 1591 (2005), un « Groupe d’experts » chargé de surveiller la mise en œuvre des sanctions imposées au Soudan et de présenter des rapports périodiques sur la situation humanitaire et militaire. Dans ses rapports annuels, notamment ceux de 2016, 2017 et 2018, le groupe a accordé une attention particulière aux accusations relatives à l’utilisation d’« armes chimiques » au Darfour.

Le groupe ne s’est pas contenté de relayer les accusations, mais a également entrepris d’importants efforts de vérification :

  1. Entretiens avec des témoins : le groupe a mené des entretiens avec des réfugiés ayant fui vers le Tchad ainsi qu’avec des personnes blessées ayant reçu des soins dans des hôpitaux de campagne. Il a documenté des symptômes correspondant aux observations médicales rapportées par Amnesty International.
  2. Analyse technique : le groupe a fait appel à des experts en armes et en munitions afin d’analyser les images diffusées montrant les restes de projectiles et de les comparer aux bases de données relatives aux munitions soviétiques, russes et chinoises détenues par l’armée soudanaise.
  3. Conclusions : dans ses rapports, le groupe a indiqué que « les allégations relatives à l’utilisation d’armes chimiques sont crédibles et suscitent une vive inquiétude », tout en soulignant que le gouvernement soudanais n’avait pas coopéré aux efforts visant à permettre l’accès à des enquêteurs internationaux indépendants. Toutefois, en l’absence de preuves matérielles, notamment d’échantillons biologiques et chimiques, le groupe n’a pas été en mesure de rendre une « conclusion définitive » établissant officiellement l’utilisation d’« armes chimiques » dans ses rapports publiés. Il s’est limité à documenter des « tendances préoccupantes » et des « témoignages concordants ».

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et les difficultés procédurales

L’« Organisation pour l’interdiction des armes chimiques » est l’organe exécutif de la « Convention sur l’interdiction des armes chimiques » (CIAC), entrée en vigueur en 1997. Le Soudan est partie à cette convention depuis 2000, ce qui signifie qu’il est juridiquement tenu de ne pas développer, produire ni utiliser d’« armes chimiques ».

Lorsque l’affaire a éclaté en 2016, des militants et des organisations de défense des droits humains ont appelé à l’activation du mécanisme d’« inspection par mise en demeure » (Challenge Inspection) prévu à l’article IX de la convention. Ce mécanisme permet à tout État partie de demander une inspection inopinée de tout site situé dans un autre État partie lorsqu’il soupçonne l’existence d’activités contraires à la convention.

Pourquoi l’inspection internationale visant à vérifier l’utilisation d’armes chimiques n’a-t-elle pas été activée ?

  1. Des procédures complexes et politisées : la procédure d’« inspection par mise en demeure » requiert l’approbation du Conseil exécutif de l’organisation et constitue souvent un processus essentiellement politique, soumis aux rapports de force internationaux. Les États hésitent ainsi à présenter des demandes officielles qui pourraient être utilisées comme instruments politiques.
  2. Souveraineté de l’État et accès au terrain : même lorsque le mécanisme est activé, l’organisation a besoin de la coopération de l’État hôte afin d’assurer l’accès des inspecteurs et leur protection. Le gouvernement soudanais refusait toute enquête internationale indépendante, considérant celle-ci comme une atteinte à sa souveraineté. Sans la coopération de l’État, une inspection de terrain devient impossible.
  3. La nature du conflit : l’organisation privilégie les enquêtes menées dans des environnements stables ou à la demande de l’État concerné. Dans le cadre d’un conflit interne actif comme celui du Darfour, où les équipes d’inspection sont exposées à des risques et peuvent se voir empêcher l’accès par les forces armées, la mise en œuvre sur le terrain devient pratiquement impossible sans mandat relevant du chapitre VII du Conseil de sécurité, dont ne disposait pas l’enquête portant spécifiquement sur les « armes chimiques ».

Le rôle des technologies modernes de surveillance et du renseignement en sources ouvertes (OSINT)

En raison de l’impossibilité d’accéder au terrain, le « renseignement en sources ouvertes » a pris une importance croissante dans la surveillance des allégations relatives aux « armes chimiques ». Des organisations telles que Human Rights Watch et l’Institut d’études de sécurité ont eu recours à l’analyse d’images satellitaires commerciales, notamment celles de Planet Labs et Maxar, afin de suivre les mouvements des avions de combat soudanais. Des techniques d’analyse numérique des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont également été utilisées. Des experts médicaux ont notamment analysé la couleur et la nature des lésions ainsi que leur vitesse d’évolution afin de déterminer si elles correspondaient ou non aux effets de certains agents chimiques. Cette approche technologique a contribué à combler le vide laissé par l’absence d’inspecteurs internationaux sur le terrain.

Les défis juridiques liés à l’établissement de l’« intention » et à la « qualification »

Sur le plan juridique, le dossier des « armes chimiques » au Soudan soulève deux difficultés majeures devant les tribunaux :

  1. La distinction entre les armes chimiques et les substances toxiques industrielles : les armées peuvent utiliser des substances toxiques à d’autres fins, notamment pour brûler des cultures ou procéder à la décontamination de zones. Toutefois, la convention interdit l’utilisation de toute substance toxique dans le but de provoquer la mort ou des dommages par l’action de ses propriétés chimiques. Établir que les bombardements aériens du Jebel Marra visaient « intentionnellement » à utiliser un agent chimique, et qu’il ne s’agissait pas simplement d’explosifs ayant provoqué des incendies entraînant des émissions toxiques, nécessite des preuves matérielles irréfutables.
  2. L’impunité institutionnelle : l’absence d’un mécanisme d’enquête international, neutre et placé sous protection des Nations unies sur le terrain signifie que le dossier des « armes chimiques » risque de rester confiné aux « rapports des organisations de défense des droits humains » et aux « témoignages », une situation dont les auteurs présumés des violations peuvent tirer parti pour contester la crédibilité des accusations devant les juridictions internationales.

La surveillance internationale du dossier des « armes chimiques » au Soudan révèle un profond écart entre la « force documentaire » des organisations de défense des droits humains et la « faiblesse procédurale » des mécanismes internationaux contraignants. Les rapports des Nations unies et d’Amnesty International ont contribué à établir un « dossier de condamnation morale et politique » à l’encontre de l’armée soudanaise. Toutefois, l’absence d’échantillons matériels, en raison de l’intransigeance du gouvernement, ainsi que l’absence d’un mandat international suffisamment puissant pour imposer des inspections, ont empêché le dossier de progresser sur le plan juridique. Cette réalité met en évidence l’urgence de développer des mécanismes d’enquête internationaux capables d’opérer dans des environnements de conflit fermés, ainsi que de reconnaître l’utilisation des preuves numériques comme alternatives juridiquement recevables lorsque l’accès au terrain est impossible pour vérifier l’utilisation d’« armes chimiques ».

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