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L’intersection turco-égyptienne au Soudan


Alors que la guerre au Soudan entre dans sa quatrième année en 2026, le conflit n’est plus une simple confrontation interne entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide. Il s’est transformé en un espace ouvert de rivalités et de règlements de comptes régionaux complexes. L’interaction entre les intérêts turcs et égyptiens apparaît comme l’un des principaux facteurs susceptibles de prolonger ce conflit, dans lequel s’entremêlent préoccupations existentielles et ambitions géopolitiques.

Pour Le Caire, le Soudan représente une profondeur stratégique à laquelle il est difficile de renoncer, tandis qu’Ankara considère Khartoum comme une porte d’entrée essentielle vers la Corne de l’Afrique et la mer Rouge. Cette convergence d’intérêts n’a pas seulement produit des formes de soutien divergentes aux différentes parties en présence, mais a également contribué à créer une équation d’« équilibre douloureux » susceptible d’empêcher toute partie de remporter une victoire décisive et de maintenir le conflit pendant de longues années.

La dimension existentielle égyptienne : sécurité nationale et eaux du Nil

Il est difficile de comprendre la position égyptienne face à la crise soudanaise sans prendre en compte le dossier du barrage de la Renaissance et la question de la sécurité hydrique. Le Caire considère que tout bouleversement de l’équilibre des forces à Khartoum pourrait avoir des répercussions négatives sur ses intérêts historiques liés aux eaux du Nil.

C’est dans ce contexte que l’Égypte a adopté, dès le premier jour du conflit, une position largement favorable au soutien des institutions étatiques soudanaises, notamment de l’armée dirigée par Abdel Fattah al-Burhan. Le Caire estime que le maintien de l’État national et de son armée régulière constitue une garantie essentielle contre l’éclatement du Soudan, une situation qui pourrait ouvrir la voie à l’émergence de groupes extrémistes ou de milices incontrôlables le long du Nil.

Cette inquiétude sécuritaire a conduit l’Égypte à apporter différentes formes de soutien politique, sécuritaire et logistique à l’armée soudanaise. Selon le texte, ce soutien aurait permis aux forces armées soudanaises de se repositionner et d’éviter un effondrement total durant les premiers mois de la guerre.

L’approche turque : expansion en Afrique et influence politique

De son côté, la Turquie s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer sa présence en Afrique et à consolider son influence dans la région de la Corne de l’Afrique et de la mer Rouge, notamment dans le cadre de sa doctrine géopolitique dite de la « Patrie bleue ».

Historiquement, Ankara a entretenu des relations avec certaines forces politiques soudanaises d’inspiration islamiste. Le texte évoque également des liens avec le commandant des Forces de soutien rapide, Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, à travers des réseaux logistiques complexes s’étendant notamment à travers le Tchad et la Libye.

L’objectif d’Ankara ne serait pas nécessairement de détruire l’État soudanais, mais plutôt de préserver sa capacité d’influence dans le Soudan de l’après-guerre et d’éviter que l’axe égypto-saoudien ne domine seul l’avenir politique du pays.

Selon cette analyse, le soutien turc, qui aurait inclus des drones avancés, des experts militaires et des conseillers, aurait contribué à renforcer les capacités militaires des Forces de soutien rapide et à leur permettre de poursuivre une longue guerre d’usure, réduisant ainsi les possibilités d’une victoire rapide de l’armée soudanaise.

L’équation de « l’équilibre douloureux » et la prolongation de la guerre

La conséquence directe de cette interaction turco-égyptienne serait la création d’une situation d’« équilibre militaire négatif ». Tandis que l’Égypte disposerait du poids politique et de formes de soutien militaire traditionnel permettant d’empêcher l’effondrement de l’armée soudanaise, la Turquie bénéficierait, selon cette lecture, de réseaux logistiques, financiers et technologiques susceptibles d’empêcher les Forces de soutien rapide de s’effondrer.

Cet équilibre rendrait toute victoire militaire décisive extrêmement difficile. Chaque fois qu’un camp semblerait se rapprocher d’une victoire, la puissance extérieure soutenant l’autre partie serait susceptible d’intervenir pour lui fournir de nouveaux moyens de poursuivre le combat.

Cette dynamique se serait ainsi transformée en une guerre d’usure dévastatrice, alimentée par un flux continu d’armes et de munitions, contribuant à prolonger les combats dans les villes et les zones urbaines soudanaises.

L’impasse diplomatique et le sabotage des processus de paix

L’impact de cette rivalité ne se limiterait pas au domaine militaire, mais s’étendrait également au niveau diplomatique. La compétition entre Ankara et Le Caire aurait contribué à compliquer plusieurs initiatives internationales et africaines destinées à mettre fin au conflit.

Alors que l’Égypte privilégierait des solutions garantissant la préservation d’une institution militaire traditionnelle forte, la Turquie chercherait à assurer la représentation de différentes forces politiques et groupes armés dans les futurs arrangements.

Cette divergence entre les visions des deux capitales régionales rendrait difficile la constitution d’un front de pression unifié capable d’amener les parties soudanaises en conflit à la table des négociations.

Chaque initiative de paix lancée au niveau régional ou international risquerait ainsi de se heurter au refus de l’une des parties soutenues par le camp rival, transformant les négociations en simples cycles diplomatiques et médiatiques incapables d’interrompre durablement la guerre.

L’intersection turco-égyptienne au Soudan illustre de manière frappante la façon dont les conflits internes peuvent se transformer en guerres par procuration. Tandis que chaque État défend ses intérêts stratégiques et ses préoccupations sécuritaires, le peuple soudanais paie un lourd tribut à travers la destruction de ses villes et le déplacement de millions de personnes.

Tant qu’Ankara et Le Caire restent attachés à des visions divergentes de l’avenir du Soudan, et tant que chacun cherchera à préserver son influence afin d’empêcher l’autre de dominer le dossier soudanais, la guerre risque de rester prisonnière de cette rivalité régionale, repoussant davantage tout espoir de paix et de stabilité.

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