Politique

Les relais de Téhéran en Afrique : les Gardiens de la révolution reproduisent le modèle du Hezbollah


Alors que la guerre entre l’Iran et les États-Unis oscille entre une accalmie prudente et des escalades tactiques destinées à améliorer les conditions de négociation, le Corps des gardiens de la révolution islamique profiterait de l’attention portée par les acteurs régionaux et internationaux aux crises du Moyen-Orient pour reproduire en Afrique les modèles du Hezbollah et des Houthis.

Des sources de renseignement informées et des rapports militaires de terrain font état d’ambitions iraniennes visant à établir des implantations militaires sur le continent africain, notamment par la création de groupes armés affiliés à Téhéran sur les plans idéologique, religieux et politique.

Selon ces sources, alors que les grandes puissances internationales cherchent à renforcer leur présence diplomatique, économique et culturelle en Afrique, l’Iran mènerait parallèlement des opérations discrètes dirigées par de hauts responsables des Gardiens de la révolution, en particulier par la Force Al-Qods, chargée des opérations extérieures.

Un réservoir destiné à compenser les pertes iraniennes

Malgré le secret entourant ces opérations, des services de renseignement occidentaux et africains auraient mis au jour une importante expansion des réseaux transnationaux de Téhéran sur le continent, au mépris, selon eux, des usages diplomatiques et des règles régissant les relations internationales.

D’après ces évaluations, l’Iran s’efforce depuis plusieurs années d’établir en Afrique une influence idéologique, opérationnelle et logistique destinée à atteindre deux objectifs majeurs.

Le premier consisterait à compenser les pertes subies par l’Iran et ses alliés au Moyen-Orient après les frappes particulièrement sévères menées par Israël contre le Hezbollah, le recul de l’influence des milices qui lui sont affiliées en Irak et la perte du terrain syrien à la suite de la chute du régime de Bachar al-Assad à la fin de l’année 2024.

Le second objectif serait d’utiliser ces réseaux afin de générer des revenus financiers ou de garantir un accès à des ressources énergétiques et minières abondantes dans plusieurs pays africains.

Cette stratégie aurait gagné en importance avec la confirmation de la valeur économique et logistique des métaux rares et précieux utilisés dans la fabrication des véhicules électriques, des ordinateurs portables, des appareils intelligents et des technologies liées à l’intelligence artificielle.

De l’influence douce à l’implantation opérationnelle

Dans leur analyse du système d’influence iranien en Afrique, plusieurs sources stratégiques, dont le site Diálogo Américas, affirment que Téhéran s’appuie sur une stratégie à trois niveaux combinant les établissements universitaires, les plateformes médiatiques et les réseaux parallèles.

Selon ces sources, cette stratégie s’inspire du processus ayant conduit à la création du Hezbollah au Liban, du mouvement houthi au Yémen et de certains groupes chiites actifs en Syrie avant la chute du régime d’Al-Assad.

L’influence universitaire et idéologique se serait particulièrement développée par l’intermédiaire de l’Université internationale Al-Mustafa, présentée comme le fer de lance de ce projet.

Cette institution disposerait de branches ou mènerait des activités dans plus de 17 pays africains, du Sénégal et du Nigeria à la Tanzanie et à l’Afrique du Sud.

Selon les évaluations citées, ces établissements seraient utilisés pour former une élite favorable à l’Iran et diffuser, au sein des communautés locales, la doctrine chiite duodécimaine, qui constitue le courant religieux officiel de la République islamique.

Après la phase d’implantation universitaire et idéologique viendrait la formation de premières cellules armées. Celles-ci recevraient initialement des armes légères et de moyen calibre.

Une fois leur présence consolidée, elles seraient progressivement dotées d’armes lourdes et de systèmes stratégiques spécialisés. Cette méthode serait actuellement appliquée en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel.

Le mouvement nigérian d’El-Zakzaky

Dans ce contexte, le Mouvement islamique du Nigeria, dirigé par Ibrahim El-Zakzaky, est présenté comme un modèle reproduisant celui du Hezbollah au Liban.

Le mouvement administre un réseau médiatique en langue haoussa, comprenant notamment la chaîne Hausa TV, qui s’adresse aux populations de la région.

Il chercherait à exploiter le vide sécuritaire provoqué par le retrait des forces occidentales du Sahel, notamment au Mali, au Niger et au Burkina Faso, ainsi que les faiblesses manifestes des institutions sécuritaires et militaires de ces pays.

Cette situation serait aggravée par l’incapacité du Corps africain russe à combler entièrement le vide laissé par les forces occidentales.

À cela s’ajoute la fragilité du soutien populaire dont bénéficient les armées nationales, plusieurs rapports des Nations unies ayant documenté des massacres qui leur sont imputés contre les populations locales.

Après la phase de consolidation militaire interviendrait un troisième volet fondé sur le financement parallèle et la mise en place de réseaux logistiques.

Les rapports spécialisés dans le suivi des flux financiers suspects relèveraient des liens étroits entre les activités des Gardiens de la révolution et ce qu’ils présentent comme une nouvelle déclinaison du Hezbollah en Afrique de l’Ouest.

L’Iran exploiterait notamment certaines communautés expatriées et les marchés noirs afin de financer ces activités grâce à la contrebande de marchandises et de capitaux, parallèlement à une implication manifeste dans les circuits commerciaux illicites.

Le Soudan et la mer Rouge

Selon ces rapports, le dispositif iranien se complète par une extension de son influence depuis l’ouest jusqu’à l’est du continent.

Le Soudan et les régions bordant la mer Rouge constitueraient un axe logistique vital pour l’Iran, notamment grâce à sa coopération avec l’armée soudanaise dirigée par Abdel Fattah al-Burhane.

Le Corps des gardiens de la révolution dans son ensemble, et plus particulièrement la Force Al-Qods, considérerait le territoire soudanais comme une porte d’entrée essentielle pour établir des centres d’entraînement et créer des corridors destinés au transport d’armes et d’équipements depuis Port-Soudan vers différents foyers de tension régionaux.

Dans ce contexte, Téhéran miserait fortement sur les milices houthies pour disposer de leviers de pression stratégiques, notamment par le contrôle des voies de navigation internationales situées à proximité du détroit de Bab el-Mandeb et du canal de Suez.

En définitive, les rapports stratégiques et les évaluations sécuritaires consacrés à l’influence iranienne en Afrique concluent que Téhéran exploite le vide géopolitique et le recul de l’influence occidentale sur le continent afin d’accroître ses acquis économiques, diplomatiques et sécuritaires.

Selon ces analyses, cette expansion ne viserait pas uniquement à desserrer l’étau des sanctions et à rompre l’isolement international de l’Iran. Elle chercherait également à transformer certaines régions d’Afrique en bases arrière permettant à Téhéran de manœuvrer et d’adresser des messages de dissuasion à ses adversaires régionaux et internationaux.

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