Sur fond de changements à Washington, les craintes grandissent face à une extension de l’incursion israélienne au Liban
Les pressions sur le Liban s’intensifient dans un contexte de changements attendus dans la politique américaine après les gains démocrates, tandis qu’Israël menace d’élargir ses opérations militaires.
Des milieux libanais redoutent que les affrontements ne gagnent de nouvelles villes et régions, jusqu’à Saïda. Une telle évolution menacerait la cohésion du pays et entraînerait d’importantes conséquences sécuritaires, politiques et démographiques.
Ces inquiétudes s’accompagnent d’interrogations sur l’attitude de Washington : accentuera-t-il ses pressions sur le Liban et Israël pour imposer de nouveaux arrangements, ou laissera-t-il le pays confronté à une escalade militaire sans limites clairement définies ?
Selon des experts, la visite du chef d’état-major israélien Eyal Zamir dans la localité libanaise de Khiam, accompagnée de menaces, traduit une volonté d’étendre le périmètre des opérations.
Ils préviennent qu’un relâchement des pressions américaines sur Israël pourrait lui donner davantage de latitude pour intensifier ses actions, alors que le désarmement du Hezbollah reste en suspens et que l’État libanais demeure incapable de faire appliquer ses décisions.
Dans ce contexte complexe, le Liban risque de voir la confrontation s’élargir et ses conséquences s’aggraver. La prochaine phase s’annonce donc critique si Washington n’intervient pas pour contenir l’escalade et empêcher un conflit plus vaste.
L’expert militaire et stratégique Georges Nader estime que l’État libanais aurait dû appliquer la résolution 1701, l’accord-cadre et l’accord de novembre 2024. Selon lui, les tergiversations et les retards ont conduit le pays à la situation actuelle.
Nader affirme que le Hezbollah conserve la maîtrise des décisions de guerre et de paix au sein des rouages de l’État et qu’il ne remettra pas ses armes. Il lui impute deux guerres dites de soutien, alors que l’État reste incapable d’appliquer ses propres décisions. Israël, de son côté, maintient ses conditions et ne se retirera pas avant leur mise en œuvre, ajoute-t-il.
Selon Nader, les résultats des élections américaines ne modifieront pas la situation au Liban, car républicains et démocrates abordent de la même manière le différend entre Israël et le Hezbollah.
Il estime que la crise exige une attitude ferme de l’État. À défaut, les opérations militaires s’intensifieront et Israël occupera davantage de territoires, avec une avancée qui pourrait, selon lui, atteindre Saïda.
La « solution » israélienne aurait un coût insupportable pour le Liban, prévient-il : elle détruirait entièrement des villages et des localités du Sud, déplacerait leurs habitants et provoquerait des tensions démographiques, politiques, communautaires et confessionnelles dans d’autres régions.
Nader considère qu’une avancée israélienne jusqu’à Saïda pourrait entraîner une fragmentation du pays. L’option la moins coûteuse serait, selon lui, que l’État libanais procède lui-même au désarmement du Hezbollah, une démarche qu’il n’envisage toutefois pas.
Il indique que la visite d’Eyal Zamir à Khiam a comporté une évaluation de la situation sécuritaire et une présentation du modèle d’« équipe de combat robotisée » par les forces israéliennes. Les menaces qui l’accompagnent montrent, à ses yeux, que la crise demeure entière.
Le Liban doit, selon lui, se préparer au pire et à une offensive plus large, qui pourrait prendre la forme d’une campagne aérienne dévastatrice contre toutes les zones où le Hezbollah est présent, dans le but de le désarmer.
« Les infrastructures libanaises pourraient être détruites, sur fond d’accusations reprochant à l’État de ne pas remplir ses obligations dans ce dossier », avertit-il. Sa principale crainte est qu’Israël désarme le Hezbollah sans se retirer, puis établisse des colonies dans le Sud, en l’absence d’une force de dissuasion capable de l’en empêcher.
Pour sa part, Nasser Zeidan, professeur de science politique et de droit international public, affirme que le Liban suit attentivement les conséquences des élections américaines et israéliennes, dont les répercussions sur le pays sont importantes.
Il constate qu’un scénario pessimiste gagne du terrain au Liban : celui d’une diminution des pressions américaines sur Israël, qui encouragerait une escalade militaire.
Zeidan estime néanmoins, que le choc électoral contraint l’administration américaine à revoir sa trajectoire et à exercer davantage de pressions sur Israël pour mettre fin à son offensive. Il souligne la fragilité de la situation libanaise, aggravée par le manque de coopération du Hezbollah avec l’État.
Un autre facteur susceptible de compliquer la situation réside, selon lui, dans les mesures prises par la justice libanaise à l’encontre des personnes mises en cause dans l’affaire des explosifs.
Il relève également de nouvelles menaces israéliennes, notamment celle d’une avancée vers d’autres villes libanaises. Il y voit un signal extrêmement préoccupant et la preuve qu’Israël ne coopère pas avec les autorités libanaises sur l’application des dispositions de l’accord-cadre.
Le tableau reste donc complexe, conclut Zeidan. Le gouvernement libanais attend un renforcement des pressions sur Israël, alors que son intransigeance et ses nouvelles menaces risquent d’inciter le Hezbollah à conserver ses armes et d’alimenter une nouvelle escalade.
