Moyen-Orient

Un retour par la porte dérobée : le Hezbollah reconstitue ses réseaux dans les localités du dispositif sécuritaire pilote


Des sources sécuritaires ont révélé avoir détecté des tentatives menées par des membres locaux du Hezbollah pour rétablir une présence sécuritaire et militaire dans trois localités du sud du Liban couvertes par les arrangements sécuritaires parrainés par les États-Unis. Ces initiatives s’inscrivent dans les préparatifs du mouvement face à une éventuelle nouvelle confrontation avec Israël, alors que grandit la crainte qu’une prochaine guerre avec l’Iran ne s’étende au front libanais.

Selon ces sources, les activités se concentrent à Zawtar al-Gharbiyeh, Froun et Srifa, où l’armée libanaise est déployée et assume la responsabilité de la sécurité. Le Hezbollah chercherait à reconstituer ses réseaux locaux et à recueillir des informations sur les positions évacuées par l’armée israélienne, sans afficher de déploiement militaire ni entrer en confrontation avec les forces libanaises.

Ses membres agiraient discrètement pour évaluer les dommages subis par les anciennes infrastructures militaires, observer les changements sur le terrain et explorer les possibilités de redéploiement. L’objectif serait de conserver un point d’appui dans des zones censées servir de modèle au démantèlement de la présence armée illégale dans le Sud.

Un retour sous couvert d’activités civiles

D’après les sources, le Hezbollah utilise les activités des associations de santé, des organismes de secours et des structures de reconstruction qui lui sont liés pour faciliter les déplacements de ses membres et renouer ses réseaux locaux, en profitant du retour progressif des habitants et de leurs besoins en services et en assistance.

Ces activités offriraient des possibilités de recueillir des informations sur les mouvements sur le terrain, de reprendre contact avec les membres locaux et d’identifier les secteurs où une présence pourrait être rétablie. Cela ne signifie toutefois pas que l’ensemble des personnes travaillant dans ces organismes humanitaires participent à des activités sécuritaires.

Les sources soulignent que le mouvement évite actuellement toute présence armée visible dans les trois localités. Il privilégierait des membres connaissant leur géographie et leur tissu social, afin de maintenir des réseaux de liaison sans provoquer de confrontation directe avec l’armée.

Ces informations recoupent des rapports israéliens publiés en octobre, qui évoquaient la présence de membres du Hezbollah dans les zones pilotes, où ils circuleraient sous une apparence civile malgré les mesures de sécurité en vigueur.

Armes, drones et infrastructures militaires

Ces tentatives de retour prennent une importance supplémentaire au regard des résultats des fouilles menées par l’armée libanaise dans les trois localités. Dans un communiqué du 9 septembre, l’armée a annoncé avoir saisi quelque 1 818 pièces d’armement et de munitions, dont dix lance-roquettes, sept roquettes, six drones et 1 560 munitions pour armes légères, ainsi que des mines, des engins explosifs et d’autres équipements militaires. Ces saisies donnent une indication de l’ampleur du matériel présent dans les zones concernées par les arrangements sécuritaires.

Selon les sources sécuritaires, des tentatives viseraient à reconstituer une infrastructure militaire limitée, notamment en préservant des réseaux de communication locaux et d’anciennes voies d’approvisionnement. Des indices laisseraient également penser que certains accès souterrains dissimulés font l’objet d’efforts pour rester utilisables.

La surveillance aérienne et les mesures militaires compliquent cependant la réintroduction d’armes lourdes et d’équipements volumineux. Le Hezbollah privilégierait donc la reconstitution de ses réseaux locaux avant de chercher à retrouver ses capacités militaires antérieures.

Les arrangements sécuritaires à l’épreuve

Les trois localités relèvent de l’accord-cadre parrainé par Washington en juin dernier, qui prévoit un retrait israélien progressif, accompagné du déploiement de l’armée libanaise et du démantèlement des infrastructures militaires illégales.

Un retrait israélien effectif a eu lieu à Zawtar al-Gharbiyeh en juillet. Les forces libanaises étaient déjà présentes à Froun et à Srifa avant d’y renforcer leurs mesures de sécurité dans le cadre du nouveau dispositif pilote.

Selon les sources, le Hezbollah considère ces zones comme un test de sa capacité à revenir dans d’autres secteurs du Sud, particulièrement alors que l’élargissement de la mise en œuvre de l’accord se heurte à des difficultés et que persistent les désaccords sur les mécanismes de vérification et de retrait.

L’armée libanaise poursuit, pour sa part, l’établissement de postes d’observation et de contrôle, les opérations de reconnaissance du génie et les saisies d’armes, conformément à sa mission déclarée d’empêcher toute activité militaire échappant à l’autorité de l’État.

Les sources établissent un lien entre ces tentatives de redéploiement et les préparatifs du Hezbollah en vue d’une nouvelle confrontation. Le mouvement chercherait à préserver ses réseaux locaux dans des secteurs qui faisaient auparavant partie de son dispositif au sud du Litani.

Il considérerait l’éventualité d’un élargissement de la confrontation régionale comme un scénario imposant de conserver des capacités d’observation, de communication et de déplacement, y compris dans les zones soumises à de nouveaux arrangements sécuritaires.

Les sources ajoutent que la poursuite des mouvements israéliens près de certaines localités, notamment autour de Zawtar al-Gharbiyeh, accroît la sensibilité de la situation. Le dispositif pilote doit ainsi démontrer sa capacité à empêcher le retour des armes et à prévenir une reprise des affrontements.

Elles précisent que les informations disponibles attestent de tentatives de rétablissement d’une présence et de collecte de renseignements, mais ne permettent pas, à ce stade, d’affirmer que le Hezbollah a reconstitué des unités de combat pleinement opérationnelles dans les trois localités.

Que cherche le Hezbollah ?

Pour l’expert militaire et stratégique Mohamed Youssef al-Nour, ces tentatives de retour montrent que le Hezbollah considère la perte de son implantation locale comme un revers militaire aussi important que la perte de ses armes.

Le mouvement aurait besoin, dans toute confrontation future, de réseaux humains, de communications et d’une capacité à surveiller les mouvements sur le terrain. La dernière guerre a notamment mis en évidence la vulnérabilité des positions fixes face à la supériorité aérienne et aux capacités de renseignement israéliennes.

Selon al-Nour, le recours à des membres locaux et à des activités civiles pourrait donc viser à maintenir une présence discrète permettant de reconstruire progressivement les capacités si les circonstances évoluent. Transformer cette présence en un dispositif de combat efficace exige toutefois des armes, un soutien logistique et une chaîne de commandement et de contrôle, autant d’éléments difficiles à rétablir sous la surveillance actuelle.

En cas de nouvelle guerre régionale, le Hezbollah pourrait chercher à utiliser ces réseaux pour retrouver une partie de ses capacités sur le terrain, conclut l’expert. Sa réussite dépendrait cependant de ce qu’il aura effectivement reconstruit, et non du seul retour de ses membres dans les villages.

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