Discussions sécuritaires pour freiner l’expansion d’Al-Qaïda : les coulisses de contacts décisifs entre Washington et Bamako
Nick Checker, à la tête du Bureau des affaires africaines du département d’État américain, mène une vaste offensive diplomatique pour relancer la présence de Washington dans la région, notamment face à l’influence croissante de Moscou, alors que les difficultés sécuritaires et politiques s’aggravent au Sahel.
Un soutien américain à l’étude
Une source politique malienne de haut niveau a déclaré que « Checker a échangé avec des responsables gouvernementaux du pays pour examiner le renforcement de la coopération sécuritaire et militaire afin d’endiguer l’avancée du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à l’organisation terroriste Al-Qaïda, qui intensifie considérablement ses attaques ».
La source, qui a requis l’anonymat, a ajouté : « On ignore encore si l’éventuel soutien américain prendrait la forme de livraisons d’équipements militaires ou d’un déploiement de troupes au sol, car cette question n’a pas encore été discutée. » Elle n’a toutefois pas exclu la conclusion d’accords dans la prochaine phase.
Checker s’était rendu au Mali quelques semaines auparavant pour rencontrer les responsables de la transition, alors que des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et le Front de libération de l’Azawad enregistraient d’importantes avancées sur le terrain, suscitant des inquiétudes quant à leurs conséquences.
Reconstruire la confiance
Pour Amrou Diallo, expert militaire spécialiste des affaires africaines, « les démarches discrètes de Washington pour rétablir la confiance avec les pays du Sahel constituent une étape importante. Elles montrent que l’administration du président Donald Trump reconnaît que les sanctions et les restrictions susceptibles d’être imposées aux dirigeants de ces pays ne peuvent produire de résultats tangibles sur le terrain ».
Il ajoute : « La lutte contre le terrorisme peut offrir aux États-Unis une véritable porte d’entrée pour retrouver leur rôle dans la région, d’autant que le soutien russe dans ce domaine n’a pas été décisif et n’a pas permis aux gouvernements de reprendre l’initiative face aux groupes armés. »
Diallo souligne également qu’« une rencontre notable a déjà réuni Checker et le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et pourrait ouvrir une nouvelle étape dans les relations bilatérales. Des discussions ont aussi lieu avec des responsables du Niger et du Burkina Faso, Washington proposant concrètement une assistance militaire à ces pays ».
Une nouvelle stratégie
Le président Trump n’a pas encore annoncé de changement radical dans les relations avec les pays du Sahel, où une succession de coups d’État militaires a mis fin, ces dernières années, à l’influence occidentale. Les récentes démarches des responsables américains dans la région soulèvent néanmoins d’importantes interrogations.
Ibrahim Habibou, analyste politique spécialiste des affaires africaines, estime pour sa part qu’« avec l’arrivée au pouvoir de Trump, qui ne cache pas son souhait de tirer parti des abondantes ressources minérales précieuses des pays du Sahel, notamment l’or, l’existence d’une nouvelle stratégie américaine pour la région apparaît clairement, même si ses contours restent flous ».
Il explique : « À mon sens, cette stratégie consiste notamment à limiter l’influence des groupes armés, d’une part, et à conclure des accords d’exploitation minière, d’autre part, afin de tirer le maximum de bénéfices de toute intervention. »
