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Laisse-nous tranquilles relance le débat sur la responsabilité d’al-Burhan dans l’effondrement du Soudan


La diffusion du mot-dièse « Laisse-nous tranquilles, al-Burhan » a remis en lumière le lien politique entre le coup d’État du 25 octobre 2021 et la guerre qui a éclaté au Soudan en avril 2023. Des militants soudanais ont choisi d’adresser un message direct au chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, lui imputant la responsabilité de la trajectoire qui a conduit le pays de l’enlisement de la transition civile à un effondrement généralisé.

L’intensification de la campagne coïncide avec le cinquième anniversaire du coup d’État d’octobre, qui a renversé le partenariat entre civils et militaires, dissous les institutions de transition et entraîné l’arrestation du Premier ministre civil Abdallah Hamdok et de plusieurs responsables.

Pour les participants, la guerre ne peut être considérée comme une crise militaire détachée des événements politiques antérieurs. Ils y voient l’aboutissement d’un processus commencé par le démantèlement de la transition civile et ayant conduit à l’affrontement entre l’armée et les Forces de soutien rapide.

Les publications cherchent à rétablir cette continuité en tenant al-Burhan responsable du renversement du processus de transition, du retour de l’institution militaire au centre du pouvoir, puis de l’incapacité à empêcher la guerre ou à y mettre fin par un règlement politique.

Le militant politique Oussama al-Sir estime que la coïncidence entre la campagne et le cinquième anniversaire du coup d’État du 25 octobre n’a rien de fortuit. Selon lui, le mot-dièse rétablit le lien entre la remise en cause de la transition civile et le déclenchement de la guerre actuelle.

Il ajoute que les participants imputent à al-Burhan la responsabilité d’un processus commencé par la dissolution des institutions de transition et ayant abouti à la fragmentation de l’État, à l’effondrement économique ainsi qu’au déplacement et à la faim de millions de personnes.

Ce message révèle une crise plus profonde concernant l’avenir du pouvoir au Soudan. L’enjeu dépasse désormais le contrôle des institutions militaires ou des territoires : il concerne la nature du système politique appelé à gouverner le pays après les combats.

La campagne interroge le rôle de l’armée dans la vie politique, l’étendue de la responsabilité de ses dirigeants dans la protection de la transition civile et les conséquences du retour de forces liées à l’ancien régime dans les centres d’influence.

L’influence des islamistes au sein des institutions de l’État et des forces armées figure également parmi les questions soulevées par les opposants à al-Burhan. Ceux-ci considèrent que son maintien entrave la construction d’un pouvoir civil indépendant et ouvre la voie à une reconstitution de l’ancien régime.

Les revendications dépassent donc le départ d’al-Burhan. Elles portent sur le démantèlement des structures du pouvoir militaire, la reconstruction des institutions sur des bases civiles et les garanties nécessaires pour empêcher un nouveau cycle de coups d’État et de conflits armés.

L’importance de ce discours tient à ce qu’il élargit le débat : au-delà de la responsabilité militaire directe dans la guerre, il pose celle de la responsabilité politique dans l’effondrement de la transition.

Si le coup d’État d’octobre a interrompu le processus de démocratisation, la guerre a révélé la fragilité d’un État déjà engagé dans une profonde crise institutionnelle.

Le slogan « Laisse-nous tranquilles » exprime ainsi davantage qu’un rejet du chef de l’armée. Il conteste la trajectoire politique ayant conduit le Soudan à la guerre et relance la question de savoir qui est légitime pour diriger la prochaine étape.

Le message central de la campagne semble être que l’arrêt de la guerre doit dépasser un arrangement militaire provisoire pour ouvrir la voie à une refondation de l’État et mettre fin à la domination des armes sur les décisions politiques.

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