Laisse-nous tranquilles, al-Burhan : une expression soudanaise devient un slogan réclamant le départ du chef de l’armée
Une courte expression du langage courant soudanais s’est transformée en message politique directement adressé au chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan. La diffusion croissante des mots-dièse « Ikhtana » et « Ikhtana ya Burhan » sur les réseaux sociaux accompagne une campagne qui traduit une colère populaire grandissante face à la poursuite de la guerre et à la dégradation de la situation politique, économique et humanitaire au Soudan.
Dans le dialecte soudanais, « Ikhtana » signifie « pars » ou « laisse-nous tranquilles ». L’expression a toutefois acquis une portée politique plus explicite dans cette campagne : militants et citoyens l’utilisent pour rejeter le maintien d’al-Burhan au pouvoir et lui imputer la responsabilité de la crise que traverse le pays depuis le déclenchement de la guerre.
Les participants ont choisi une expression populaire familière plutôt qu’un slogan politique traditionnel afin d’adresser au chef de l’armée un message direct et immédiatement compréhensible : les Soudanais ne réclament plus seulement l’arrêt des combats, mais associent désormais la sortie de crise au départ du commandement militaire actuel.
Le mot-dièse a commencé à prendre de l’ampleur le 22 octobre, avant de se diffuser davantage les 23 et 24 octobre sur X, Facebook et d’autres réseaux sociaux. Les contributions comprennent des créations graphiques, des photographies, des vidéos et des publications politiques appelant à arrêter la guerre, à mettre fin au pouvoir militaire et à ouvrir la voie à une transition civile.
Le contenu de la campagne révèle une évolution du discours d’opposition. L’attention ne porte plus uniquement sur les conséquences dévastatrices de la guerre — morts, déplacements, faim et effondrement des services —, mais aussi sur la responsabilité de l’homme qui incarne le pouvoir militaire et politique à Port-Soudan.
L’avocat Hussein Abdel Salam a estimé qu’al-Burhan avait choisi de préserver son pouvoir au détriment de la survie de l’État. Selon lui, le mot-dièse marque le passage d’une contestation des conséquences de la guerre à une mise en cause directe d’al-Burhan dans sa poursuite.
Cette évolution revêt une importance politique, car la campagne établit un lien entre le maintien du chef de l’armée au pouvoir, l’échec de la stratégie de victoire militaire décisive, la persistance de la crise économique et l’aggravation des souffrances humanitaires. Elle évoque également les accusations d’utilisation d’armes chimiques contre des Soudanais, lesquelles nécessitent des enquêtes indépendantes pour établir les faits et déterminer les responsabilités.
La campagne traduit aussi un rejet croissant de l’idée selon laquelle la poursuite de la guerre serait le seul moyen de rétablir l’État, particulièrement après l’extension des combats, la dégradation des services essentiels et l’augmentation du nombre de personnes déplacées.
Les revendications dépassent le départ d’al-Burhan. Elles comprennent le retrait de l’institution militaire de la vie politique, la mise en cause des responsables de violations, la fin de l’influence des réseaux de l’ancien régime dans les institutions de l’État et le rétablissement d’un pouvoir civil.
La force du mot-dièse semble tenir autant à sa capacité à condenser des sentiments politiques et sociaux accumulés en une seule expression qu’au nombre de publications. « Ikhtana » est devenu un refus du statu quo et un message de protestation qui dépasse les clivages partisans pour toucher au quotidien des citoyens.
Une expression soudanaise simple s’est ainsi transformée en slogan au message clair : les citoyens n’attendent plus de nouvelles justifications à la poursuite de la guerre, mais un pouvoir qui mette fin à leurs souffrances et ouvre la voie à un avenir différent.
