Politique

Pressions, interdictions et divisions : les Frères musulmans traversent l’une des périodes les plus faibles de leur histoire


Le mouvement des Frères musulmans traverse l’une de ses périodes les plus fragiles et les plus marquées par les divisions, après des années de recul politique et de poursuites sécuritaires visant ses dirigeants dans plusieurs pays, selon un rapport publié par le magazine britannique The Economist.

Le magazine explique qu’après près d’une décennie et demie durant laquelle des partis liés au groupe avaient occupé le devant de la scène politique à la suite des manifestations de 2011 — jusqu’à accéder à la présidence en Égypte et à obtenir la majorité au Parlement tunisien avec Ennahdha — les années suivantes ont été marquées par de profonds bouleversements : emprisonnement ou exil des dirigeants, démantèlement des réseaux organisationnels et financiers.

Les pressions se sont intensifiées au cours de l’année écoulée à la suite des directives du président américain Donald Trump visant à interdire certaines branches du groupe. Le 13 janvier, Washington a inscrit les branches égyptienne et jordanienne sur ses listes d’organisations terroristes et a classé la branche libanaise comme « organisation terroriste étrangère ».

En mai, le mouvement a été intégré à la nouvelle stratégie américaine de lutte contre le terrorisme aux côtés d’Al-Qaïda et de Daech, en tant que source idéologique de l’extrémisme. La Jordanie avait, pour sa part, interdit totalement l’organisation en avril 2025 et imposé des restrictions à son bras politique, le Front de l’action islamique.

Une division structurelle et une lutte acharnée pour la direction

L’étau international s’est accompagné d’un conflit interne qui s’est intensifié depuis 2021 entre deux factions revendiquant chacune la légitimité.

La branche de Londres, dirigée par Salah Abdel Haq, assure la direction de l’organisation internationale depuis la mort d’Ibrahim Munir. Elle s’engage à contester devant la justice américaine les classifications terroristes dont font l’objet certaines branches, malgré les difficultés qu’elle rencontre pour financer ses activités.

Face à elle se trouve la branche d’Istanbul, dirigée par Mahmoud Hussein, qui contrôle les actifs et les sociétés d’investissement en Turquie et rejette l’autorité de l’organisation internationale. Cette rivalité a conduit d’anciens membres à appeler les deux camps à se retirer de la politique et à revenir aux activités de prédication religieuse.

Recul régional et perte d’influence

Sur le plan régional, le déclin du mouvement se poursuit dans ses bastions historiques. En Égypte et en Tunisie, le guide suprême Mohamed Badie et le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, sont soumis à des peines d’emprisonnement, tandis que Le Caire poursuit l’assèchement des sources de financement des réseaux sociaux du groupe.

Dans la bande de Gaza, le Hamas — qui est lié aux Frères musulmans — a subi des frappes israéliennes successives qui ont entraîné un recul de ses capacités et de son influence, ainsi que la destruction de larges parties du territoire, dans un contexte de montée des critiques populaires à son encontre.

En Syrie, après la chute du régime de Bachar el-Assad en 2024, la présence du groupe au sein du nouveau Parlement s’est retrouvée marginalisée. Ahmad Zidan, conseiller du président Ahmad al-Charaa, a appelé la branche syrienne à se dissoudre. Le chercheur Abdel Rahman al-Hajj estime, pour sa part, que l’islam politique a perdu sa place dans le pays.

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