Politique

Le rôle de Khalid Sheikh Mohammed : la surprise des services de renseignement américains lors des attentats du 11 septembre


Le 23 juin 2001, Khalid Sheikh Mohammed, qui sera par la suite présenté comme le cerveau des attentats du 11 septembre et l’un des principaux planificateurs d’Al-Qaïda, obtint un visa américain de type B-1/B-2 pour affaires et tourisme, en utilisant un passeport falsifié et le nom d’« Abdul Rahman al-Ghamdi ».

Ce nom n’était pas nouveau : il avait déjà utilisé le même passeport pour demander un visa australien le 13 août de la même année, qu’il avait obtenu sans toutefois l’utiliser, selon le magazine Newsweek.

Le paradoxe est que le visa américain lui fut accordé à un moment où les services de renseignement étaient en état d’alerte croissante et mettaient en garde contre l’imminence d’une attaque terroriste, sans que le Département d’État, les autorités de l’immigration, le FBI ou les autres agences de renseignement ne parviennent à relier cette demande à sa véritable identité.

De la lutte contre les Soviétiques à la liste des personnes recherchées

Khalid Sheikh Mohammed est né au Pakistan et a grandi au Koweït. Il appartenait à la génération de combattants ayant participé à la guerre contre l’Union soviétique en Afghanistan, où il rencontra Oussama ben Laden.

Après son retour au Pakistan, il devint organisateur et planificateur de plusieurs opérations terroristes, depuis l’attentat contre le World Trade Center en 1993 jusqu’à un complot aux Philippines mené avec Ramzi Yousef, l’un des principaux planificateurs de l’attentat de New York, qui prévoyait notamment de placer des bombes à bord d’avions civils.

Lors de son séjour aux Philippines, il utilisa le nom d’« Abdul Rahman » comme identité de couverture. Après l’arrestation de Yousef en 1995, les interrogatoires de ses complices ainsi que des transferts financiers qui lui étaient liés conduisirent à l’inculpation de Khalid Sheikh Mohammed pour complot terroriste devant le tribunal fédéral du district sud de New York en 1996.

La même année, le FBI et la CIA tentèrent de l’arrêter au Qatar, avec la participation du directeur du FBI de l’époque, Louis Freeh, mais il fut prévenu à l’avance, ce qui lui permit de s’enfuir.

Son nom fut ensuite inscrit sur une liste de surveillance des services de renseignement américains. Cela n’empêcha toutefois pas son identité d’emprunt d’échapper aux contrôles effectués dans le cadre des enquêtes et des interrogatoires de détenus.

Bien que les analystes le connaissent sous ses initiales « KSM », il ne devint jamais une priorité du renseignement à la hauteur de la menace qu’il représentait et parvint à échapper à la surveillance.

Une « surprise » qui ébranla la communauté du renseignement

En l’absence d’un suivi efficace, Khalid Sheikh Mohammed prit en charge l’orientation et la formation de la cellule de Hambourg, qui comptait notamment Mohamed Atta et Ziad Jarrah. Pendant environ un an et demi, il les forma aux techniques de sécurité opérationnelle et aux préparatifs logistiques. Il supervisa également à distance certains aspects du financement et du soutien logistique du complot visant à utiliser des avions, et ce jusqu’à la réalisation des attentats. Les services américains ne comprirent son rôle central qu’après qu’il ne soit trop tard.

Plus d’un an après les attentats du 11 septembre, un rapport d’enquête conjoint, initialement classifié puis partiellement déclassifié, révéla l’ampleur de la défaillance. Il qualifia la découverte de son rôle dans les attentats de « surprise pour la communauté du renseignement ».

Le rapport expliquait que, avant les attentats, les agences disposaient d’informations établissant des liens entre Khalid Sheikh Mohammed et Ben Laden, ainsi qu’avec des projets visant à utiliser des avions comme armes et avec des activités terroristes aux États-Unis. Toutefois, après son inculpation en 1996, l’attention s’était essentiellement concentrée sur sa localisation et sa remise aux autorités, plutôt que sur l’analyse de ses activités et de son influence croissante au sein d’Al-Qaïda.

Le rapport critiqua sévèrement le fait que les services aient négligé des rapports de juin 2001 faisant état de son rôle dans l’envoi de terroristes aux États-Unis ou dans la facilitation de leurs activités après leur arrivée. Il souligna l’absence d’efforts de renseignement spécifiquement orientés contre lui, qui auraient pu permettre de mieux détecter les projets et les intentions d’Al-Qaïda.

Ainsi, la possession d’informations se transforma en faiblesse, les agences n’ayant pas réussi à relier les différents éléments dont elles disposaient. Cette incapacité permit à l’un des planificateurs terroristes les plus dangereux de se déplacer à l’abri de leur surveillance jusqu’à la survenue de la catastrophe.

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