L'Europe

Les Frères musulmans au Royaume-Uni : une menace croissante et des efforts de lutte confrontés à des obstacles


L’influence des Frères musulmans au Royaume-Uni, ainsi que le retard observé dans la lutte contre ce courant par rapport à de nombreux pays européens, suscitent de vifs débats dans le pays.

Depuis l’examen approfondi du dossier mené par les autorités en 2014, Londres n’a pas adopté de mesures fermes contre les Frères musulmans, leurs activités et leurs structures affiliées sur son territoire. Le sujet n’a pas non plus acquis une importance politique comparable à celle observée dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche.

Selon une étude récente de l’Observatoire européen de lutte contre l’extrémisme, l’approche du gouvernement britannique à l’égard de l’islam politique est nettement moins rigoureuse que celle adoptée par plusieurs États membres de l’Union européenne. Dans de nombreux pays européens, les responsables politiques et les services de sécurité considèrent désormais les Frères musulmans comme un acteur à combattre sur les plans idéologique et juridique.

Récemment, Sinan Selen, directeur général de l’Office fédéral allemand pour la protection de la Constitution (service de renseignement intérieur), a averti que les Frères musulmans cherchent à influencer les partis politiques allemands dans le but de transformer la société et l’État.

Au Royaume-Uni, en revanche, les rapports du MI5 (service de renseignement intérieur britannique) mettent principalement l’accent sur les organisations Daech et Al-Qaïda, sans faire de référence particulière aux Frères musulmans ou à l’islam politique.

Les calculs politiques

Sur le plan politique, le Parti travailliste au pouvoir compte en son sein un groupe de responsables conscients des risques liés à l’islam politique et le considérant comme une menace réelle. Toutefois, leurs positions demeurent encore éloignées des cercles décisionnels chargés de la mise en œuvre.

Cette approche politique a atteint son point culminant en 2026 lorsque le gouvernement a lancé une nouvelle stratégie de cohésion sociale et de lutte contre l’extrémisme intitulée : « Protéger ce qui compte : vers un Royaume-Uni plus confiant, plus uni et plus résilient ».

Cette stratégie a maintenu la définition de l’extrémisme adoptée par le précédent gouvernement conservateur, ainsi que l’engagement de ne pas accorder de légitimité, de financement ou d’influence institutionnelle aux groupes extrémistes. Elle a qualifié l’islam politique de « menace majeure ».

Cependant, le ministère de l’Intérieur ne semble pas pressé de mettre pleinement en œuvre ces orientations, en raison du manque de ressources d’une part, et de la prudence face aux risques juridiques d’autre part.

Par conséquent, un écart manifeste demeure entre le Royaume-Uni et nombre de ses alliés européens.

Des pressions persistantes

Récemment, une candidate de premier plan à la mairie de Londres a lancé de sérieuses mises en garde contre l’expansion de l’influence des Frères musulmans et des organisations liées à l’islam politique au Royaume-Uni. Selon elle, le pays est devenu un « terrain fertile pour l’extrémisme », en raison de ce qu’elle décrit comme l’hésitation des autorités à agir par crainte d’accusations à caractère politique.

Ces déclarations ont été faites par Leila Cunningham, candidate influente du parti britannique Reform UK et d’origine égyptienne. Elle a également affirmé que les pays du Golfe avaient à plusieurs reprises averti Londres des risques liés aux Frères musulmans, sans que ces avertissements ne reçoivent une réponse jugée suffisante.

L’année dernière, le dirigeant du Parti réformiste britannique, Nigel Farage, s’est engagé à interdire les Frères musulmans en les qualifiant « d’organisation terroriste » s’il était élu Premier ministre.

De manière générale, les Frères musulmans sont présents au Royaume-Uni à trois niveaux principaux : à travers des activités présentées comme caritatives, des organisations de défense des droits, ainsi que des activités médiatiques. Ils jouent également un rôle important dans l’investissement destiné à assurer la pérennité de leurs financements, en plus de la gestion de mosquées, de clubs et d’établissements scolaires.

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