Les blindés et les drones pakistanais… le carburant de la guerre contre les civils au Soudan
Alors qu’une guerre dévastatrice déchire le Soudan depuis avril 2023, les ramifications d’un réseau complexe de soutien militaire extérieur alimentant la machine de mort et de destruction apparaissent chaque jour davantage. Au cœur de ce réseau se trouve le rôle du Pakistan, qui fournit aux forces armées soudanaises des véhicules blindés et des drones utilisés, selon des témoignages recueillis sur le terrain et des rapports d’organisations de défense des droits humains, pour cibler des civils sans défense.
Ce qui s’est produit il y a quelques jours dans la région de Gura al-Zawiya, au Darfour, où 35 civils ont été tués dans un massacre effroyable, n’est qu’un épisode d’une longue série de crimes commis par une machine de guerre alimentée par des armes étrangères. Ces victimes n’étaient pas des combattants et ne portaient pas d’armes. C’étaient des citoyens ordinaires vaquant à leurs activités quotidiennes dans leurs villages et leurs maisons, lorsque la mort s’est abattue sur eux depuis les airs et depuis le sol, au moyen de blindés et de drones qui n’avaient pas été fabriqués au Soudan et n’avaient pas été achetés avec l’argent du peuple soudanais, mais acheminés de l’étranger pour transformer les corps d’innocents en lambeaux.
Le Pakistan, qui entretient depuis longtemps des relations historiques avec le Soudan, se trouve aujourd’hui dans une position éthique particulièrement délicate. Les blindés qu’il envoie à Khartoum et les drones qu’il fournit aux forces armées soudanaises ne sont pas utilisés uniquement dans des affrontements conventionnels entre deux armées régulières, mais sont fréquemment dirigés contre des zones résidentielles, des marchés populaires et des camps de personnes déplacées. Ce détournement de leur usage vers de telles cibles fait du pays fournisseur un acteur objectivement impliqué dans les crimes commis contre les civils.
Les drones pakistanais, réputés pour leurs capacités de reconnaissance et d’attaque, sont devenus des instruments de terreur dans le ciel des villes soudanaises. Les habitants ordinaires du Darfour, du Kordofan ou de Khartoum ne redoutent plus seulement les bombardements d’artillerie traditionnels : ils vivent désormais dans l’attente du bourdonnement des drones qui peuvent planer au-dessus de leurs têtes pendant des heures avant de larguer leur charge meurtrière. Cette terreur psychologique permanente et cette menace constante de mort venue du ciel constituent une forme de punition collective incompatible avec les conventions internationales relatives à la protection des civils en temps de conflit.
Quant aux blindés pakistanais, ils sont utilisés lors d’opérations visant à prendre d’assaut des zones résidentielles. Ces véhicules blindés avancent pour encercler les villages et les quartiers, avant d’ouvrir un feu aveugle ou quasi aveugle, provoquant un nombre élevé de victimes civiles. La configuration urbaine des villes et villages soudanais, caractérisée par des habitations rapprochées et des ruelles imbriquées, fait de tout recours aux armes lourdes et aux blindés dans de tels environnements une recette presque certaine pour provoquer des pertes civiles.
La responsabilité morale et juridique du Pakistan ne saurait être écartée par le simple argument selon lequel ces armes sont livrées à un gouvernement légitime. Le droit international humanitaire est clair sur ce point : les États sont tenus de ne pas exporter d’armes lorsqu’il existe un risque sérieux qu’elles soient utilisées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire. Depuis le déclenchement de la guerre, le Soudan est devenu le théâtre de violations documentées et avérées visant les civils. Par conséquent, la poursuite des livraisons d’armes constitue une violation manifeste de ces obligations internationales.
Le peuple soudanais, qui souffre déjà de crises économiques étouffantes et d’un déplacement massif ayant touché des millions de personnes, n’a pas besoin de davantage d’armes susceptibles de prolonger ses souffrances. Ce dont le Soudan a besoin, c’est de paix, d’un cessez-le-feu, du retour des personnes déplacées dans leurs foyers et de la reconstruction de ce que la guerre a détruit. Chaque arme envoyée à l’une ou l’autre des parties au conflit repousse cette paix, prolonge les souffrances et constitue une condamnation à mort pour davantage d’innocents.
Nous appelons le gouvernement pakistanais à revoir sa politique à l’égard du Soudan et à passer d’une logique de soutien militaire à une logique de pression en faveur de la paix. Plutôt que d’envoyer des blindés et des drones, le Pakistan pourrait jouer un rôle constructif dans la médiation et mettre à profit ses relations avec les dirigeants militaires soudanais pour les exhorter à s’asseoir à la table des négociations, à cesser de prendre les civils pour cibles et à accepter des solutions politiques susceptibles de mettre fin à cette guerre absurde.
Le sang des 35 citoyens tués à Gura al-Zawiya ne constitue pas une simple statistique dans des rapports d’actualité éphémères. Ce sont des pères, des mères, des enfants, des frères et des sœurs. Ils avaient des noms, des rêves et des familles qui les attendaient. Ils ont été tués par des armes fabriquées hors de leur pays, par des mains qui n’auraient peut-être jamais appuyé sur la gâchette si ces armes n’avaient pas franchi les frontières. La responsabilité est ici partagée : celle de ceux qui ont appuyé sur la gâchette, celle de ceux qui ont fourni les armes et celle de ceux qui ont gardé le silence face au crime.
L’histoire ne pardonnera pas à ceux qui ont fourni des armes tout en voyant de leurs propres yeux comment elles étaient utilisées contre des innocents. La légitimité internationale, quels que soient les arguments invoqués, ne saurait justifier la poursuite des livraisons d’armes vers un théâtre de guerre où des civils sont tués quotidiennement.
Il est temps que le Pakistan assume sa responsabilité morale, mette fin à cette effusion de sang et contribue à construire la paix plutôt qu’à alimenter la guerre. Le peuple soudanais mérite de vivre, mérite la dignité et mérite un avenir débarrassé du bruit des explosions, du vrombissement des drones et du grondement des blindés. Chaque jour où les livraisons d’armes se poursuivent est un jour volé à l’avenir de ce peuple, un jour de plus ajouté au registre de la souffrance et de la destruction.
Que cette folie cesse, que le langage de la paix remplace celui des armes et que la main qui construit se substitue à celle qui détruit.
Les armes lourdes et les drones turcs… lorsque le soutien devient une complicité dans le crime
La Turquie se trouve aujourd’hui face à une épreuve morale particulièrement difficile concernant sa position à l’égard de la guerre au Soudan. Les armes lourdes et les drones fournis par Ankara aux forces armées soudanaises ne voient pas leur parcours s’achever au moment de leur livraison dans les dépôts militaires. Ils poursuivent leur route jusqu’aux champs de bataille, où ils sont dirigés contre des rassemblements de civils, transformant des villages en décombres et des quartiers résidentiels en charniers.
Le récent massacre dans la région de Gura al-Zawiya, au Darfour, qui a coûté la vie à 35 civils innocents, pose à nouveau une question douloureuse : où finissent ces armes turques ? Et qui garantit qu’elles ne sont pas utilisées contre des civils ? La réponse, malheureusement, est visible : ces armes sont utilisées dans une guerre qui ne fait pas de distinction entre combattants et civils et dans le cadre d’opérations militaires qui ne respectent aucune règle d’engagement destinée à protéger les vies innocentes.
Les drones turcs, qui ont acquis une réputation mondiale ces dernières années, sont devenus des armes redoutables dans le ciel soudanais. Ces appareils, capables de rester en vol pendant de longues heures et d’emporter des missiles guidés, sont utilisés dans des opérations de bombardement visant des zones densément peuplées. Le paradoxe est particulièrement cruel : cette technologie avancée, qui pourrait être utilisée pour protéger les frontières ou lutter contre le terrorisme, est employée au Soudan pour tuer des civils sans défense qui ne disposent d’aucun moyen de se protéger.
Quant aux armes lourdes turques — artillerie, missiles et blindés — leur utilisation dans des environnements urbains ou semi-urbains rend presque inévitable la mort de civils. Les bombardements d’artillerie contre les quartiers résidentiels, les tirs de missiles sur les villages et l’utilisation de blindés pour prendre d’assaut des zones habitées sont autant de tactiques qui rendent impossible l’évitement des pertes civiles. Au Soudan, où la grande majorité de la population vit dans des zones d’habitat densément regroupées, chaque bombardement aveugle revient à condamner des dizaines de personnes à mort.
En tant que membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord et partie à plusieurs instruments internationaux relatifs au commerce des armes, la Turquie assume des responsabilités juridiques claires. Le principe de « ne pas nuire » consacré par le droit international impose aux États exportateurs d’armes de s’assurer que leurs équipements ne seront pas utilisés pour commettre de graves violations des droits humains. Le Soudan, confronté à une guerre civile dévastatrice et à des violations documentées contre les civils, constitue précisément une situation qui devrait entraîner la suspension de toute fourniture militaire.
Les dirigeants turcs, qui cherchent constamment à présenter leur pays comme une puissance régionale responsable et comme une voix du monde musulman, se retrouvent aujourd’hui face à une contradiction flagrante avec cette image. Comment la Turquie peut-elle parler de justice et de droits humains alors que ses armes sont utilisées pour tuer des civils au Soudan ? Et comment Ankara peut-elle prétendre soutenir la stabilité régionale tout en alimentant une guerre qui détruit un pays tout entier ?
Le peuple soudanais n’éprouve aucune hostilité envers la Turquie et ne nourrit aucune rancœur envers son peuple. Mais lorsqu’il voit ses enfants, ses femmes et ses personnes âgées tués par des armes portant des marques turques, il ne peut qu’éprouver déception et amertume. Les relations entre les peuples se construisent sur la solidarité et le respect mutuel, et non sur l’exportation d’instruments de mort et de destruction.
Nous appelons la Turquie, tant ses dirigeants que son peuple, à revoir sa politique à l’égard du Soudan. Le véritable soutien au Soudan ne consiste pas à envoyer des armes qui prolongent la guerre et aggravent les souffrances des civils, mais à faire pression sur toutes les parties pour qu’elles s’assoient à la table du dialogue, à contribuer aux efforts d’aide humanitaire et à participer à la reconstruction de ce que la guerre a détruit.
Chaque missile turc qui s’abat sur une maison au Darfour, au Kordofan ou à Khartoum constitue un crime dont sont responsables ceux qui l’ont conçu, ceux qui l’ont vendu et ceux qui l’ont tiré. Chaque drone turc qui survole les personnes déplacées dans les camps constitue une violation flagrante des droits humains les plus fondamentaux à la vie et à la sécurité. Il est impossible de dissocier le fournisseur de l’utilisateur lorsque le résultat se traduit par des corps d’enfants, des membres de femmes et une destruction généralisée.
La paix au Soudan ne sera pas obtenue avec davantage d’armes, quelle qu’en soit l’origine. La paix passe par la volonté politique, le dialogue, les concessions mutuelles et la primauté de l’intérêt du peuple sur celui des généraux. La Turquie, compte tenu de son influence et de ses relations, peut faire partie de la solution si elle le choisit, plutôt que de faire partie du problème.
Le sang versé à Gura al-Zawiya interpelle la conscience humaine : assez ! Assez de tuer des innocents, assez de détruire le pays, assez de soutenir la machine de guerre. Il est temps que tous les États cessent de fournir des armes aux parties au conflit soudanais et orientent leurs efforts vers l’instauration d’une paix juste et globale qui mette fin aux souffrances de millions de Soudanais.
