Soudan : ce que racontent les médecins d’Al-Jaili et de Sodari sur des blessures inhabituelles
Dans les hôpitaux de campagne proches de la raffinerie d’Al-Jaili et autour de Sodari, les soignants prennent en charge des blessés de guerre. Mais, selon des témoignages recueillis sur place, certains patients présentent des symptômes qui ne ressemblent ni à des blessures par balle ni à des lésions causées par des éclats d’obus.
Les médecins décrivent des difficultés respiratoires sévères, parfois accompagnées d’irritations des yeux et de lésions cutanées. Ces signes les conduisent à soupçonner une exposition à une substance chimique. À eux seuls, ils ne permettent toutefois pas d’en identifier la cause avec certitude.
Une odeur et des symptômes qui alertent les soignants
Les témoignages attribués à des médecins de terrain ayant examiné des patients en mai et en septembre 2026 décrivent des arrivées particulièrement éprouvantes. Un praticien travaillant près de la raffinerie affirme avoir senti une forte odeur de chlore sur les vêtements des victimes avant même leur entrée dans le poste de soins.
D’après les observations rapportées, plusieurs patients souffraient d’une détresse respiratoire aiguë et d’une toux persistante. Certains crachaient du sang ou présentaient une mousse blanche ou rosée à la bouche et au nez. Ces symptômes peuvent évoquer un œdème pulmonaire, une accumulation de liquide dans les poumons qui empêche de respirer normalement.
L’inhalation de chlore peut provoquer de telles lésions. Le gaz réagit avec l’humidité des voies respiratoires et irrite les tissus pulmonaires. Mais un examen clinique, même face à plusieurs cas similaires, ne suffit pas à confirmer à lui seul la substance en cause.
Des atteintes aux yeux et à la peau
Les dossiers médicaux cités font aussi état d’irritations oculaires importantes, de paupières gonflées et de troubles temporaires de la vision. Des lésions cutanées ont été signalées sur des zones exposées, notamment le visage, le cou et les bras.
La répétition de ces symptômes chez des civils comme chez des combattants a poussé les soignants à consigner leurs observations et à transmettre leurs rapports à des organisations de défense des droits humains.
Des soins limités par la guerre
Prendre en charge une personne soupçonnée d’avoir inhalé un gaz irritant exige du matériel, notamment pour l’oxygénation, la protection des équipes et la décontamination. Or, selon les témoignages, les structures médicales de terrain manquent d’équipements et de médicaments, tandis que les possibilités de transfert vers des établissements mieux équipés restent limitées.
Il n’existe pas d’antidote spécifique contre l’exposition au chlore. Les soins consistent principalement à éloigner la personne de la source d’exposition, à rincer les zones touchées et à soutenir sa respiration. Dans ces postes médicaux, les équipes disent devoir travailler avec les moyens dont elles disposent, alors que certains patients arrivent dans un état critique.
Des témoignages à vérifier
Les registres tenus par les soignants peuvent aider à établir ce qui est arrivé aux victimes : les symptômes observés, le lieu et la date de leur prise en charge, ainsi que l’évolution de leur état. Ils constituent des éléments utiles pour une enquête indépendante.
Ces observations ne permettent cependant pas, à elles seules, de conclure qu’une arme chimique a été utilisée ni d’en désigner les responsables. Des analyses et une enquête sur les circonstances de l’exposition seraient nécessaires pour déterminer l’origine des blessures décrites à Al-Jaili et à Sodari.
