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La grande infiltration : ce que révèlent les documents divulgués sur le chlore au Soudan


Alors que l’attention internationale se porte sur les combats entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide, une autre bataille se joue loin du front. Elle passerait par des contrats d’importation, des intermédiaires commerciaux et des cargaisons dont la destination réelle serait difficile à établir.

Cette enquête suit la piste de réseaux d’approvisionnement qui auraient permis à l’armée de se procurer des produits chimiques à double usage, notamment du chlore industriel. D’après les documents cités, une partie de ces produits aurait ensuite été détournée à des fins militaires.

La couverture civile des importations

Le chlore n’est pas interdit au commerce. Il sert notamment à traiter l’eau potable, à extraire l’or et à fabriquer des produits d’entretien. Ses usages civils offriraient, selon l’enquête, une couverture aux acheteurs liés au secteur militaire soudanais.

Les documents attribués à des bureaux logistiques de Khartoum indiquent que certaines commandes auraient été passées par des entreprises privées ou des organismes locaux, au titre de fournitures d’urgence destinées à réparer des stations de traitement de l’eau endommagées par la guerre. Elles n’auraient donc pas été établies au nom des forces armées.

Présenter ces cargaisons comme indispensables à l’approvisionnement en eau des civils rendrait leur blocage particulièrement délicat. Une interception pourrait être dénoncée comme une mesure aggravant la crise humanitaire.

Des détours pour brouiller les pistes

Toujours selon l’enquête, les cargaisons ne seraient pas acheminées directement vers Port-Soudan. Elles passeraient par plusieurs points de transit, où des sociétés écrans interviendraient dans les achats et le transport de chlore et d’autres gaz industriels.

Les registres commerciaux et les données de navigation cités font état d’entreprises actives dans des zones franches régionales, dont l’origine des capitaux resterait incertaine. Après une première étape dans un port de transit, les documents de transport seraient modifiés et un autre utilisateur final serait désigné avant le départ vers le Soudan.

À Port-Soudan, des organismes liés à l’industrie militaire prendraient livraison des conteneurs. Ceux-ci seraient ensuite conduits sous surveillance vers des sites de stockage échappant, d’après les documents, aux contrôles habituels des autorités sanitaires et environnementales.

Un réseau qui s’adapterait aux sanctions

En septembre 2026, le département américain du Trésor a sanctionné des personnes et des entités accusées de contribuer à l’approvisionnement militaire soudanais. Les mesures ont visé des responsables ainsi que des sociétés impliquées, selon les autorités américaines, dans la fourniture de produits chimiques, d’explosifs et d’équipements sensibles.

L’enquête avance toutefois que ces réseaux pourraient poursuivre leurs activités en changeant régulièrement d’intermédiaires. Lorsqu’une société est sanctionnée ou exposée, ses opérations seraient transférées à une nouvelle structure enregistrée au nom de personnes moins connues. Ce fonctionnement compliquerait le suivi des transactions et des cargaisons.

Du chlore industriel à un usage militaire présumé

Selon les documents cités, le détournement présumé interviendrait après l’arrivée des produits au Soudan. Dans des installations militaires, du chlore importé pour des usages civils serait transféré dans des munitions ou des engins destinés au combat.

Si ces affirmations sont confirmées, elles montreraient comment un produit essentiel au traitement de l’eau peut être détourné en arme. Elles poseraient aussi une question difficile aux autorités chargées de surveiller le commerce international : comment suivre la destination réelle d’une substance dont les usages civils restent indispensables, en particulier dans un pays en guerre ?

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