Politique

Les mines d’or aggravent la menace terroriste au Sahel : financement, recrutement et expansion de l’influence


Les mines d’or de la région du Sahel sont devenues un nouveau théâtre d’activité pour les groupes terroristes, qui exploitent leurs revenus afin de renforcer leur financement, intensifier le recrutement et étendre leur influence.

Selon un rapport publié par la revue Forum de la défense africaine, s’appuyant sur des données et des analyses de l’organisation ACLED, spécialisée dans le suivi des conflits, les groupes terroristes ciblent de plus en plus les routes, les communautés et les centres commerciaux situés dans un rayon de 10 kilomètres autour des mines, alors qu’ils se disputent le contrôle des zones minières et de leurs ressources.

D’après cette revue spécialisée dans les questions de sécurité et de défense, publiée par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, occupe une position dominante dans le secteur minier au Sahel. Il rivalise avec la province du Sahel de l’État islamique pour accéder aux mines et en prendre le contrôle, aux côtés des gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Le rapport cite Heni Nsebia, analyste principal d’ACLED pour l’Afrique de l’Ouest, qui déclare : « À mesure que les groupes armés s’étendent à de nouveaux territoires, la violence déborde souvent du périmètre des mines et affecte les routes, les communautés locales ainsi que les activités économiques liées à l’exploitation minière. »

Il ajoute : « Ce qui peut commencer par des attaques contre les travailleurs du secteur minier, les infrastructures ou les moyens de transport peut évoluer vers une compétition beaucoup plus vaste pour la liberté de circulation, le contrôle des territoires, l’autorité locale et l’accès aux ressources. »

Le Burkina Faso est le pays le plus touché par ce type de violence. Il a représenté 75 % des incidents liés à l’exploitation minière documentés par ACLED entre janvier 2015 et juin 2026, contre 15 % au Mali et 10 % au Niger.

Cependant, en 2025, la part du Burkina Faso est tombée à 54 %, tandis que celle du Mali est passée à 29 % et celle du Niger à 18 %. Selon l’organisation, cette évolution ne traduit pas une diminution de la violence au Burkina Faso, mais plutôt l’élargissement du conflit lié à l’exploitation minière à l’ensemble du Sahel central.

L’or et le financement des opérations armées

Les groupes armés ne tirent pas uniquement profit des mines en en prenant directement le contrôle. Dans certaines régions, ils imposent également des taxes en nature aux mineurs, lesquelles sont versées en or plutôt qu’en argent.

La revue Forum de la défense africaine cite Lucia Bird Ruiz-Benitez de Lugo, directrice de l’Observatoire de l’Afrique de l’Ouest au sein de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, qui explique que des raids menés contre des bases du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ont, dans certains cas, révélé la possession de grandes quantités d’or. Celui-ci serait utilisé comme réserve de richesse destinée à financer les besoins opérationnels du groupe.

La hausse mondiale des cours de l’or a également contribué à stimuler l’activité minière dans la région du Sahel, offrant ainsi aux groupes terroristes une source supplémentaire de financement.

À ce sujet, Nsebia affirme : « Les zones minières attirent les groupes terroristes pour des raisons qui vont bien au-delà de l’accès aux ressources minérales comme source de financement. » Il explique que « les activités économiques, les populations mobiles, les axes de transport, les équipements et les chaînes d’approvisionnement commerciales susceptibles de soutenir les opérations des groupes armés sont concentrés dans les zones minières ».

Des bases pour le financement et le recrutement

La revue souligne que le contrôle des zones minières permet aux groupes terroristes de collecter des fonds grâce à l’imposition de taxes et au racket des habitants et des commerçants en échange d’une prétendue protection. Il leur offre également des possibilités de recruter des combattants, de recueillir des renseignements et d’étendre leur influence.

Sur ce point, Nsebia explique que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a transformé, dans certaines régions, des sites d’exploitation minière artisanale en bases quasi permanentes. Les combattants peuvent ainsi alterner entre des apparences civiles et des activités terroristes, se fondre parmi les mineurs, stocker des armes et du matériel et poursuivre leurs opérations tout en réduisant les risques d’être repérés.

Les bénéfices ne se limitent pas à l’or, selon Nsebia. Les activités minières peuvent également fournir des matériaux utiles aux opérations armées, notamment des explosifs commerciaux, des dispositifs de détonation, des produits chimiques, du carburant et des pièces détachées pour motos.

Le risque d’extension du conflit vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest

Le rapport met en garde contre une possible extension de ce type de conflit vers le sud, alors que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans poursuit son expansion en direction des frontières du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, parallèlement à la présence de l’État islamique dans certaines régions du Nigeria.

Cette expansion fait craindre que le modèle d’exploitation des activités minières à des fins de financement du terrorisme ne se propage aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Les groupes armés pourraient y exploiter les activités minières artisanales, leur imposer des taxes et racketter les travailleurs, transformant ainsi les richesses minières en une nouvelle source de financement du conflit et en un moyen supplémentaire de renforcer l’influence des groupes terroristes.

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