Santé

Grippe ou Covid : quel virus représente le plus grand risque pour les personnes fragiles ?


À l’approche des saisons de circulation des virus respiratoires, une question revient régulièrement : chez les personnes fragiles, faut-il davantage craindre la grippe ou la COVID-19 ? La réponse est aujourd’hui plus nuancée qu’au début de la pandémie. Les deux infections peuvent provoquer des formes graves, mais leur impact varie selon l’âge, les maladies préexistantes, le niveau d’immunité, la vaccination et la circulation des virus.

Les données les plus récentes montrent surtout qu’il n’existe pas de règle simple permettant de désigner systématiquement l’un des deux virus comme le plus dangereux pour toutes les personnes fragiles.

Chez les personnes âgées, la COVID-19 reste une menace importante

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les personnes âgées restent particulièrement exposées aux formes graves de COVID-19. Les personnes de 65 ans et plus représentaient près de 90 % des décès liés à la COVID-19 déclarés à l’OMS en 2025.

L’OMS souligne également qu’avec l’augmentation de l’immunité de la population, la gravité de la COVID-19 a considérablement diminué par rapport aux premières années de la pandémie. Toutefois, les données récentes indiquent que, chez les personnes âgées, la mortalité liée à la COVID-19 peut désormais être comparable à celle observée avec la grippe saisonnière, voire supérieure dans certains contextes.

Autrement dit, la COVID-19 n’a plus le même profil qu’en 2020 ou 2021, mais elle ne doit pas être considérée comme une infection banale chez les personnes vulnérables.

La grippe peut, elle aussi, provoquer des complications sévères

La grippe reste une cause importante d’hospitalisation et de décès, notamment chez les personnes âgées, les patients souffrant de maladies chroniques et les personnes immunodéprimées.

En France, le bilan officiel de la saison 2025-2026 montre que l’épidémie de grippe a eu une intensité faible à modérée en médecine de ville mais élevée à l’hôpital. L’épidémie, essentiellement liée aux virus influenza A, s’est déroulée entre décembre 2025 et la mi-février 2026.

Santé publique France a recensé 1 382 cas graves de grippe signalés par les services de réanimation sentinelles. L’impact sur la mortalité a également été important au début de 2026 : au pic de l’épidémie, 7,3 % des décès enregistrés par certificat électronique étaient liés à la grippe. Le nombre total de décès liés à la grippe déclarés par ce dispositif a toutefois été inférieur à celui de la saison précédente, avec 4 389 décès contre 4 925.

Ces chiffres montrent que la grippe saisonnière demeure une menace concrète pour les personnes fragiles, même dans un contexte où la COVID-19 continue de circuler.

Que disent les comparaisons directes ?

Les comparaisons entre les deux infections deviennent particulièrement intéressantes lorsqu’on étudie des patients hospitalisés.

Une étude publiée en 2025 dans Frontiers in Public Health, portant sur des adultes hospitalisés pour COVID-19 ou grippe, a observé des différences de mortalité selon les groupes d’âge. Chez les personnes âgées de 65 à 74 ans et chez celles de 75 ans et plus, la mortalité était plus élevée dans le groupe COVID-19 que dans le groupe grippe au cours de la période étudiée.

Chez les patients âgés de 75 ans et plus, la mortalité à un an était de 42,16 % dans la cohorte COVID-19 contre 21,59 % dans la cohorte grippe. Il faut cependant interpréter ces chiffres avec prudence : il s’agit de personnes hospitalisées et non de l’ensemble de la population, et les résultats reflètent une période et un système de soins particuliers.

Une autre étude prospective publiée en 2026, menée chez des adultes âgés hospitalisés pour des symptômes respiratoires, a comparé notamment la COVID-19 et la grippe. Dans cette population très âgée, dont l’âge moyen était de 81 ans, la mortalité à 30 jours était de 8,4 % chez les patients atteints de COVID-19 et de 2,9 % chez ceux atteints de grippe. Les chercheurs ont toutefois étudié une population hospitalisée particulière et les résultats ne permettent pas de conclure que la COVID-19 est toujours plus dangereuse que la grippe.

Le profil de la personne compte donc énormément.

Qui sont les personnes les plus vulnérables ?

Les facteurs de risque de formes graves sont largement communs aux deux infections.

L’OMS cite notamment les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires ou pulmonaires chroniques, de diabète, de maladies rénales, hépatiques ou neurologiques, ainsi que les personnes immunodéprimées.

Les personnes traitées par certains médicaments immunosuppresseurs sont également particulièrement vulnérables. Chez elles, une infection respiratoire qui resterait bénigne chez un adulte jeune et en bonne santé peut évoluer vers une pneumonie, une insuffisance respiratoire ou d’autres complications.

La grossesse constitue également une situation particulière dans laquelle le risque de complications liées aux infections respiratoires peut être augmenté.

COVID-19 : un risque qui ne disparaît pas avec les nouvelles variantes

L’évolution du SARS-CoV-2 a profondément changé le paysage sanitaire. L’immunité acquise grâce aux infections précédentes et à la vaccination a réduit le risque de formes graves dans la population générale.

Mais cette protection n’est pas uniforme. Chez les personnes âgées ou immunodéprimées, la protection contre les formes sévères peut être moins importante et diminuer avec le temps.

Les données de l’OMS montrent également que la plupart des patients hospitalisés pour COVID-19 présentent au moins une maladie sous-jacente. Aux États-Unis, depuis 2023, plus de 90 % des personnes hospitalisées pour COVID-19 avaient au moins une comorbidité.

La grippe, de son côté, reste fortement saisonnière et peut provoquer chaque année une importante pression sur les hôpitaux.

La vaccination reste un élément central de la prévention

La comparaison entre les deux virus ne doit pas faire oublier un point essentiel : pour les personnes à risque, la prévention est plus importante que le fait de déterminer quel virus est « le pire ».

Une analyse de l’ECDC portant sur la saison 2024-2025 dans l’Union européenne et l’Espace économique européen a estimé que la vaccination contre la grippe avait permis d’éviter environ 26 à 41 % des hospitalisations liées à la grippe chez les personnes âgées de 65 ans et plus, selon les pays et les scénarios étudiés.

Pour la COVID-19, la réduction modélisée des hospitalisations dans la même tranche d’âge était estimée entre 14 et 20 %.

Ces estimations dépendent notamment de la couverture vaccinale, de la circulation virale, de l’efficacité des vaccins et de l’évolution de l’immunité. Elles ne signifient donc pas qu’un vaccin est intrinsèquement « meilleur » que l’autre.

En France, Santé publique France estimait à 56,7 % la couverture vaccinale contre la grippe chez les personnes âgées de 65 ans et plus à la fin de la campagne 2025-2026.

Alors, grippe ou COVID-19 ?

La réponse dépend largement du profil de la personne et du contexte épidémiologique.

La grippe peut entraîner des complications graves, notamment chez les personnes âgées et celles qui souffrent de maladies chroniques. Elle peut provoquer des pneumonies, aggraver une insuffisance cardiaque ou respiratoire et favoriser des complications cardiovasculaires.

La COVID-19 conserve également un potentiel important de formes sévères chez les personnes âgées et immunodéprimées. Les données récentes de l’OMS indiquent que, chez les personnes âgées, sa mortalité peut être comparable à celle de la grippe saisonnière et parfois supérieure selon les contextes.

Il est donc plus juste de considérer les deux infections comme des risques importants pour les populations vulnérables, plutôt que de chercher un vainqueur universel.

Chez une personne âgée ou immunodéprimée, l’apparition de symptômes respiratoires doit être prise au sérieux, en particulier en cas de difficulté à respirer, douleur thoracique, confusion, faiblesse importante ou aggravation rapide de l’état général.

Le principal message de santé publique est finalement simple : pour les personnes fragiles, la question n’est pas seulement de savoir si la grippe ou la COVID-19 est la plus dangereuse. Il faut surtout réduire le risque de forme grave grâce à la vaccination lorsqu’elle est recommandée, au suivi des maladies chroniques, à une prise en charge précoce et aux mesures de prévention adaptées à la circulation des virus.

La situation a changé depuis les premières années de la pandémie, mais ni la grippe ni la COVID-19 ne peuvent être considérées comme anodines chez les personnes les plus vulnérables.

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