Le pari des chasseurs de sixième génération : l’Allemagne vise le leadership du ciel européen
Les chasseurs de sixième génération sont devenus un pôle d’attraction majeur en Europe, dans un contexte de concurrence intense visant à combler le vide laissé par plusieurs projets antérieurs qui n’ont pas abouti.
Les projets menés conjointement par la France, l’Allemagne et l’Espagne pour développer un avion de combat avancé se sont retrouvés dans une impasse. Toutefois, les ambitions allemandes dans le domaine aérospatial ne se sont pas éteintes.
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Lors de l’ouverture du salon aéronautique ILA Berlin, mercredi, le chancelier Friedrich Merz a présenté une nouvelle stratégie aéronautique destinée à relier l’aviation civile, l’aéronautique militaire, l’innovation et la sécurité nationale. Il a déclaré : « L’Allemagne a toujours été un pionnier dans le domaine de l’aviation. »
Cette confiance reflète le sentiment croissant que l’Allemagne se sent désormais libérée après l’effondrement du projet commun d’avion de combat, abandonné en raison de divergences irréconciliables entre l’entreprise française Dassault Aviation et la société allemande Airbus Defence and Space, selon le magazine américain Politico.
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Contrairement à l’Espagne, qui consacre relativement peu de ressources à la défense et possède un secteur industriel militaire moins développé, et à la France, technologiquement avancée mais confrontée à des contraintes budgétaires, l’atmosphère qui régnait au salon aéronautique de Berlin laissait entendre que l’Allemagne dispose de la technologie, des entreprises et de la flexibilité financière nécessaires pour mener à bien un projet aussi ambitieux que la construction d’un avion de combat de nouvelle génération.
Merz a cherché à transformer la fin du programme commun avec la France d’un embarras diplomatique en opportunité industrielle. Selon lui, la résolution de cette impasse de longue date pourrait « ouvrir de nouvelles possibilités » pour développer un chasseur moderne par d’autres voies.
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Pendant des décennies, la France, l’une des deux puissances nucléaires européennes et dotée d’une armée historiquement puissante, a bénéficié d’un avantage relatif sur l’Allemagne dans le domaine de la défense.
La France dispose de Dassault Aviation et de son avion de combat Rafale, d’un arsenal nucléaire, de porte-avions et d’une tradition étatique qui considère l’aéronautique comme une expression de la puissance nationale.
À l’inverse, l’Allemagne s’est montrée plus à l’aise au sein de programmes multinationaux. Forte, prospère et technologiquement avancée, elle s’est rarement positionnée comme le principal moteur des politiques de défense.
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Un équilibre en mutation
Cet équilibre évolue progressivement. Selon les critères de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), l’Allemagne a dépassé la France en matière de dépenses militaires dès 2019, avec 46,9 milliards d’euros contre 44,2 milliards d’euros pour la France.
D’ici 2029, l’Allemagne devrait consacrer 153 milliards d’euros par an à la défense, soit environ 3,5 % de son produit intérieur brut, conformément à l’objectif fixé par l’OTAN pour 2035 et dans le cadre de l’expansion militaire la plus ambitieuse du pays depuis la réunification.
À titre de comparaison, la France prévoit d’atteindre 72,8 milliards d’euros de dépenses militaires en 2029 grâce à la nouvelle loi de programmation militaire actuellement examinée par le Parlement.
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La France fait toutefois face à des contraintes budgétaires plus importantes. Les spécialistes des finances publiques avertissent qu’un effort supplémentaire dans le domaine de la défense pourrait nécessiter des réductions des dépenses sociales, une perspective politiquement sensible.
La dette publique allemande représente 63,5 % du PIB, contre 115,6 % pour la France.
Malgré ses difficultés financières, Paris conserve un avantage technologique considérable. Dassault Aviation a développé le Rafale et a pu financer son évolution grâce à d’importants succès à l’exportation, souligne Politico.
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Cependant, si la France souhaite développer seule un chasseur de sixième génération, comme l’a affirmé à plusieurs reprises Éric Trappier, directeur général de Dassault Aviation, elle devra garantir de nouveaux débouchés à l’exportation.
Le coût total d’un tel programme est estimé à environ 100 milliards d’euros, un montant qu’il serait difficile pour la France d’assumer seule.
Cette situation met en lumière la différence fondamentale entre les deux pays : la France possède la technologie aéronautique militaire la plus avancée, tandis que l’Allemagne dispose de ressources financières supérieures.
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L’Allemagne passe à l’action
L’industrie allemande agit désormais rapidement pour combler le vide laissé par l’échec du partenariat avec la France.
Un consortium d’entreprises de défense dirigé par Airbus, baptisé « Équipe Sixième Génération », a présenté cette semaine au gouvernement allemand un document stratégique concernant le développement d’un chasseur de sixième génération.
Michael Schöllhorn, président d’Airbus Defence and Space, a déclaré que l’industrie allemande possède « l’expertise, les technologies, les capacités et la détermination nécessaires pour développer et construire un avion de combat de sixième génération, pour l’Europe et avec l’Europe ».
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Ces déclarations montrent que l’Allemagne ne cherche pas simplement à participer au futur chasseur européen, mais aspire à devenir le principal centre industriel du projet, une position qu’elle n’avait plus occupée depuis plusieurs décennies.
« Nous ne défendons pas l’idée que l’Allemagne agisse seule. Nous pensons aux Européens. Mais nous voulons que l’industrie allemande joue un rôle central », a-t-il affirmé.
Toutefois, construire un chasseur furtif de nouvelle génération, accompagné de drones, de systèmes de surveillance et d’architectures informatiques capables d’évoluer sur les futurs champs de bataille, nécessite bien davantage que des moyens financiers. Selon Politico, l’Allemagne devra également disposer de partenaires, d’une stratégie d’exportation solide, d’une expertise d’ingénierie de pointe et d’exigences militaires capables de résister aux changements politiques.
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Malgré cela, le ton dominant au salon ILA Berlin n’était pas celui du pessimisme. Lors d’une intervention aux côtés de Schöllhorn, le lieutenant-général Holger Neumann, commandant de l’armée de l’air allemande, a insisté sur l’urgence de la situation, déclarant que les forces armées avaient besoin de réponses « aujourd’hui, et non dans un ou trois ans ».
Friedrich Merz a résumé cette nouvelle confiance allemande en affirmant :
« L’Allemagne se présente comme une nation qui vit l’avenir de l’aviation et qui y investit. Nous sommes un site attractif pour l’ensemble de l’industrie aéronautique ; un site qui se trouve au sommet du monde grâce à ses innovations. »
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