Une plateforme flottante de missiles : l’Amiral Nakhimov redonne son éclat à la marine russe
En tant que plus grand navire de guerre à propulsion nucléaire au monde, le croiseur « Amiral Nakhimov » a toujours bénéficié d’une attention particulière de la part de la Russie.
Au début du mois de juin, la marine russe a déployé le croiseur lourd à propulsion nucléaire « Amiral Nakhimov » afin qu’il entame la phase finale de ses essais en mer.
Par cette étape, Moscou a mis un terme à un programme difficile qui s’est étendu sur près de trente ans, ouvrant ainsi la voie au retour du bâtiment au sein des forces opérationnelles de première ligne, selon le magazine Military Watch.
L’« Amiral Nakhimov » est l’un des deux croiseurs de la classe Kirov encore en service. Pour la première fois depuis vingt-huit ans, il a repris la mer par ses propres moyens en août 2025, après avoir été remis à flot le 25 juillet de la même année.
Les navires de la classe Kirov constituent les seuls bâtiments de combat de surface à propulsion nucléaire actuellement en service dans le monde, malgré les investissements importants de la marine américaine dans le développement d’une nouvelle génération de navires utilisant un système de propulsion similaire.
Ces bâtiments figurent également parmi les plus grands et les plus lourdement armés des navires de combat de surface au monde. Avec un déplacement de 28 000 tonnes, chacun d’eux dépasse en taille un porte-hélicoptères japonais de la classe Izumo ou l’équivalent de trois destroyers américains de la classe Arleigh Burke.
L’« Amiral Nakhimov » dispose de 176 cellules de lancement de missiles de grand calibre, dont 96 sont destinées aux missiles sol-air issus d’une version navalisée du système de défense aérienne S-400. Cette capacité équivaut à celle de trois bataillons complets de la version terrestre du système.
Quatre-vingts cellules supplémentaires sont réservées aux missiles de croisière. Elles peuvent notamment accueillir le nouveau missile hypersonique Zircon, capable d’atteindre une vitesse de Mach 9, une portée pouvant aller jusqu’à 1 000 kilomètres et une grande capacité de manœuvre lui permettant de pénétrer des systèmes de défense aérienne multicouches très sophistiqués.
Des sources russes ont mis en avant les performances du Zircon, estimant qu’il confère aux navires de surface russes un avantage significatif sur leurs concurrents étrangers en matière de frappe antinavire à longue distance. Selon ces évaluations, seul le missile balistique antinavire chinois YJ-20 pourrait rivaliser avec lui ou le surpasser.
Bien qu’il soit confirmé que l’« Amiral Nakhimov » rejoindra la flotte de l’Arctique, l’avenir du programme des croiseurs de la classe Kirov demeure incertain.
Le 22 avril 2021, Andreï Diashkov, directeur général du bureau d’études Severnoye, avait déclaré au sujet de la modernisation du navire : « Le fort potentiel d’évolution intégré dès la conception a permis de réaliser un vaste programme de modernisation et d’équiper l’Amiral Nakhimov des armements les plus avancés, faisant de lui le navire de guerre de surface le plus puissant du monde. »
Toutefois, alors que le ministère russe de la Défense envisageait initialement de financer une modernisation complète de l’« Amiral Nakhimov » ainsi que de son navire-jumeau, le « Piotr Veliki », il a été confirmé en juillet 2023 que ce dernier serait retiré prématurément du service actif.
Cette décision s’expliquerait probablement par plusieurs facteurs, notamment les coûts élevés d’exploitation et de conception, les dépenses considérables liées à la modernisation ainsi que les contraintes budgétaires engendrées par la guerre en Ukraine.
Depuis la dissolution de l’Union soviétique, l’industrie navale russe n’a construit aucun navire de guerre de la taille d’un destroyer pour sa marine, et encore moins un croiseur moyen ou lourd. Cela confère aux bâtiments de la classe Kirov un caractère particulièrement exceptionnel au sein de la flotte de surface russe relativement modeste.
Selon certaines prévisions, la flotte russe de destroyers pourrait devenir moins importante que celle de la Corée du Nord au début des années 2030. Elle repose en outre sur des bâtiments plus anciens et moins performants, sans qu’aucun projet concret de remplacement ou de relance de la construction de grands navires de combat de surface ne soit actuellement annoncé.
Les investissements se concentrent principalement sur les sous-marins, en particulier les sous-marins nucléaires d’attaque de la classe Yasen-M, considérés parmi les plus puissants au monde.
Cette priorité accordée aux sous-marins nucléaires s’explique largement par leur statut d’atout asymétrique. Grâce à leur discrétion et à leur capacité à choisir le moment et le lieu de l’engagement, ils représentent une menace crédible contre des forces navales plus importantes et plus puissantes, tout en offrant un excellent rapport coût-efficacité face aux flottes combinées de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
