L’enlisement du dossier de la justice transitionnelle en Syrie alimente le chaos sécuritaire
Le mouvement de protestation populaire s’est étendu à plusieurs villes syriennes, de Deir ez-Zor à Alep en passant par Idlib. Les manifestants réclament que les personnes impliquées dans les violations commises sous le régime de l’ancien président Bashar al-Assad soient traduites en justice, que le processus de justice transitionnelle soit accéléré et que l’impunité soit combattue, dans un contexte marqué par des craintes de propagation du désordre, d’actes de vengeance individuels et de leur éventuelle transformation en affrontements sécuritaires.
Les manifestants exigent également le départ de ceux qu’ils qualifient de « résidus de l’ancien régime » de leurs villes et villages, alors que grandit la crainte de voir la colère populaire dégénérer en tensions sécuritaires.
Des sources locales ont rapporté dimanche un incident dans la ville de Kafr Takharim, dans la campagne d’Idlib, où un citoyen a été agressé par plusieurs habitants qui l’ont battu jusqu’à ce qu’il succombe à ses blessures, en raison d’accusations de collaboration avec l’ancien régime. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent l’agression dont la victime a été la cible.
Un autre incident a été signalé dans la localité de Kafr Oweid, également dans la campagne d’Idlib, où un jeune homme a été violemment agressé par plusieurs individus, subissant de graves blessures, dans un contexte d’accusations similaires de collaboration avec l’ancien régime, alors que l’absence des institutions chargées de faire respecter la loi est largement dénoncée.
Certains participants aux manifestations ont accusé les autorités de ne pas poursuivre les responsables des violations, soulignant que certaines personnes auxquelles sont attribués des abus passés continuent de circuler librement sans faire l’objet de procédures judiciaires claires.
De son côté, le ministère syrien de l’Intérieur a indiqué dans un communiqué suivre avec attention les développements observés dans certaines zones du gouvernorat d’Idlib, affirmant que l’établissement de la justice et la poursuite des auteurs de crimes et de violations relèvent exclusivement des institutions compétentes de l’État conformément aux procédures légales.
Le ministère a ajouté qu’il comprenait la colère suscitée par les crimes commis contre les Syriens, tout en soulignant que les services de sécurité poursuivaient leurs efforts pour retrouver les personnes recherchées dans l’ensemble des gouvernorats. Il a également appelé les citoyens à faire preuve de retenue et à ne pas se laisser entraîner dans des actes susceptibles de menacer la sécurité et la stabilité ou de compromettre le processus judiciaire.
Dans la campagne d’Idlib, des sources locales ont également signalé des tensions sécuritaires dans la ville de Kafr Takharim, accompagnées de perquisitions de domiciles fondées sur des accusations d’appartenance à l’ancien régime. Ces mêmes sources ont évoqué des victimes au cours des événements, sans qu’aucune confirmation officielle n’ait été publiée jusqu’à présent.
Dans la campagne d’Alep, la ville de Tall Rifaat a été le théâtre de manifestations et de mouvements populaires visant les domiciles de personnes considérées par les protestataires comme appartenant aux « restes de l’ancien régime », après l’expiration d’un délai qui leur avait été accordé pour quitter la ville, selon des sources locales.
Les autorités syriennes ont déployé des renforts de la police militaire et des forces de sécurité intérieure afin de contenir les tensions et d’empêcher une escalade. Les localités d’Ouroum al-Jawz et de Salqin, dans la campagne d’Idlib, ont également connu des rassemblements populaires réclamant des poursuites contre les auteurs de violations, avant l’intervention des forces de sécurité pour rétablir l’ordre.
Le ministère de l’Intérieur a renouvelé son appel aux citoyens afin qu’ils transmettent, par les canaux officiels, toute information ou preuve documentée concernant des personnes impliquées dans des crimes ou des violations. Il a assuré que tous les dossiers seraient examinés conformément à la loi afin de garantir la poursuite des responsables et la réparation des victimes, loin du chaos ou des actes de vengeance individuelle.
Le désordre sécuritaire ne se limite cependant pas aux revendications de justice ou aux représailles contre les figures de l’ancien régime. Plusieurs gouvernorats syriens connaissent également des attaques visant l’armée et les forces de sécurité.
Des sources locales à Alep ont ainsi rapporté que plusieurs personnes avaient été blessées à la suite de l’explosion d’un engin explosif placé dans un véhicule qui appartiendrait à l’un des responsables du ministère syrien de la Défense dans la ville d’Al-Bab, au nord de la Syrie.
Selon ces sources, l’explosion s’est produite dans une voiture supposément liée à un responsable du ministère de la Défense, à proximité de la mosquée Al-Nasr (la petite mosquée), près du rond-point du Centre, au cœur de la ville d’Al-Bab, dans la campagne nord d’Alep.
L’incident a fait deux blessés et causé d’importants dégâts matériels. La détonation a été entendue dans plusieurs quartiers de la ville. Les ambulances se sont rapidement rendues sur les lieux afin d’évacuer les blessés vers les hôpitaux pour y recevoir des soins, tandis que les services de sécurité ont établi un périmètre de sécurité et entamé une enquête préliminaire pour déterminer les circonstances de l’explosion.
Les premiers témoignages avaient évoqué d’autres hypothèses, notamment la présence d’une grenade à l’intérieur du véhicule ou l’explosion du réservoir de carburant lors de travaux de soudure électrique. Toutefois, des sources locales ont par la suite privilégié la thèse de l’engin explosif.
Les autorités n’ont pas encore publié de communiqué officiel précisant les circonstances exactes de l’incident ou confirmant sa cause définitive, tandis que les investigations se poursuivent.
La situation sécuritaire demeure extrêmement fragile dans plusieurs régions syriennes, notamment dans les campagnes d’Alep, de Raqqa, de Deir ez-Zor et de Damas. Ces zones connaissent périodiquement des explosions ainsi que des affrontements tribaux et communautaires, obligeant régulièrement les forces de sécurité à intervenir afin de mettre fin aux violences et de rétablir le calme.
