Politique

Un bouclier qui nous protège des dangers : le chef de l’Église russe fait l’éloge des armes nucléaires


« Un bouclier qui protège la Russie des menaces » : c’est ainsi que le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, a qualifié l’arsenal nucléaire de son pays, le décrivant comme une manifestation de « la grâce et de la miséricorde divines ».

Ces déclarations ont été faites lors d’une célébration religieuse organisée au monastère de Sarov, un lieu historiquement associé aux débuts du programme nucléaire soviétique, où la première bombe atomique de l’Union soviétique a été développée, selon le journal The Times.

Au cours de l’office, Kirill a établi un lien entre le succès du programme nucléaire russe et les prières de saint Séraphin de Sarov, l’une des figures spirituelles les plus importantes de la tradition orthodoxe, décédé plus d’un siècle avant la mise au point de l’arme nucléaire.

Sarov : de la persécution religieuse au symbole de la dissuasion

Le choix du monastère de Sarov pour prononcer ces déclarations revêt une forte portée symbolique. Saint Séraphin est connu dans la tradition ecclésiastique pour son appel à la paix et à l’ascétisme. Il a vécu près de vingt-cinq années dans la solitude et la prière avant d’être considéré plus tard par l’Église russe comme le protecteur spirituel du programme nucléaire.

La ville elle-même porte une histoire paradoxale. Le monastère a été fermé dans les années 1920 dans le cadre des campagnes soviétiques antireligieuses, tandis que sa cathédrale a été détruite en 1951, au plus fort de l’époque communiste.

Le site a toutefois retrouvé son importance religieuse sous la présidence de Vladimir Poutine, après la reconstruction de la cathédrale. Dans le même temps, Sarov est devenue une ville nucléaire fermée abritant l’Institut russe de recherche en physique expérimentale, l’un des principaux centres de développement des armes nucléaires du pays.

Le rapprochement entre l’Église et le Kremlin se renforce

Les déclarations de Kirill s’inscrivent dans la continuité de son soutien aux politiques russes depuis le début de la guerre en Ukraine. Il a réaffirmé à plusieurs reprises que l’opération militaire russe constituait une « guerre sainte », affirmant que « les soldats russes tombés au combat recevront le pardon divin ».

L’office s’est également achevé par une prière en faveur du président Vladimir Poutine, dont le long règne a été qualifié de « miracle de Dieu », en parfaite harmonie avec le discours officiel du Kremlin, qui présente la confrontation avec l’Occident comme une lutte défensive contre ce qu’il considère comme l’abandon, par les sociétés occidentales, des valeurs religieuses et traditionnelles.

Kirill fait l’objet de sanctions britanniques et plusieurs rapports évoquent ses liens passés avec les services de renseignement soviétiques du KGB. Ce n’est pas la première fois qu’il accorde une dimension religieuse aux capacités nucléaires russes. En 2023, lors de la remise d’une distinction ecclésiastique au physicien Radi Ilkaïev, il avait déjà affirmé que les armes nucléaires existaient « par une volonté divine insondable » et qu’elles avaient joué un rôle essentiel dans la préservation de l’indépendance et de la liberté de la Russie.

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