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Washington renouvelle ses accusations contre l’armée soudanaise concernant l’utilisation d’armes chimiques… Un dossier qui place la guerre au Soudan face à un nouveau test international


Le dossier des armes chimiques est revenu au premier plan de la guerre au Soudan, après que les États-Unis ont renouvelé leur affirmation selon laquelle une réévaluation menée par l’administration du président Donald Trump est parvenue à la même conclusion que celle de la précédente administration américaine : des armes chimiques ont été utilisées dans le contexte de la guerre en cours au Soudan.

Cette confirmation américaine a été formulée par Massad Boulos, conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines, dans des déclarations à Sky News Arabia. Il a expliqué que l’administration Trump avait réexaminé le dossier dans le délai légal prévu, avant de parvenir à la « même conclusion » concernant l’utilisation d’armes chimiques.

Cette évolution revêt une importance particulière, non seulement en raison de la nature de l’accusation, mais aussi parce que Washington ne parle pas cette fois d’une conclusion préliminaire ou d’une accusation formulée par l’une des parties au conflit. Il s’agit, selon les déclarations américaines, d’un réexamen effectué au sein de l’administration américaine, qui a abouti à la confirmation de l’évaluation précédente.

En avril 2025, les États-Unis avaient annoncé être parvenus à la conclusion que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques au cours de l’année 2024, ce qui avait été suivi de mesures et de sanctions américaines. En 2026, Washington a de nouveau réaffirmé cette position devant l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

De l’accusation au processus international

La nouveauté dans les déclarations de Boulos ne réside pas seulement dans le renouvellement de l’accusation, mais également dans la définition de la voie que Washington estime que le dossier devrait désormais suivre.

Selon le conseiller américain, la question n’est plus uniquement une affaire bilatérale entre Washington et Khartoum, mais est désormais liée à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, l’instance internationale chargée de la mise en œuvre de la convention qui interdit la mise au point, la production, le stockage et l’utilisation des armes chimiques.

La question passe ainsi du niveau des relations bilatérales entre Washington et Khartoum à un niveau plus complexe, lié aux obligations internationales du Soudan.

Le Soudan est partie à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Par conséquent, toute preuve indépendante de l’utilisation de ces armes pourrait ouvrir la voie à différentes mesures internationales, en fonction de la nature des éléments de preuve et de la procédure suivie par les institutions compétentes.

Les réunions de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques en juillet 2026 ont donné lieu à une confrontation diplomatique autour du dossier. Les États-Unis y ont renouvelé leurs accusations contre le Soudan concernant l’utilisation d’armes chimiques en 2024, tandis que le gouvernement soudanais a présenté les conclusions d’une commission nationale affirmant n’avoir trouvé aucun élément matériel, technique ou documentaire permettant d’étayer ces accusations sur les sites qu’elle avait examinés.

Deux voies parallèles se sont ainsi dessinées : une évaluation américaine selon laquelle des armes chimiques ont été utilisées, et une position soudanaise qui le nie et demande une vérification directe.

Pourquoi ce dossier constitue-t-il une évolution grave ?

Les armes chimiques se distinguent des armes conventionnelles par la nature des dommages qu’elles peuvent provoquer, ainsi que par les restrictions internationales qui leur sont imposées.

Les substances chimiques toxiques peuvent affecter les personnes par inhalation ou par contact. Leur utilisation dans des zones habitées soulève également des préoccupations supplémentaires concernant les civils, l’environnement et les infrastructures sanitaires.

Les accusations actuelles portent en particulier sur l’utilisation de munitions contenant du chlore.

En septembre 2026, des médias internationaux ont publié des enquêtes fondées sur un vaste ensemble de documents, de photographies, de vidéos et de communications, affirmant que ces éléments apportaient de nouvelles preuves de l’existence d’un programme soudanais visant à produire, en 2024, des munitions chimiques à base de chlore.

Le Washington Post a indiqué que les documents auxquels il avait eu accès comprenaient des photographies, des vidéos, des documents militaires et des messages faisant état de la production de munitions, de leur mise à l’essai dans des zones désertiques et de leur stockage. Le journal a toutefois rapporté que des experts estimaient qu’une évaluation définitive nécessiterait l’accès aux sites concernés et aux témoins.

Le New York Times a, pour sa part, indiqué qu’un dossier de renseignement comprenant des photographies, des vidéos, des documents et des communications interceptées avait apporté de nouveaux éléments aux accusations précédentes, en décrivant un programme militaire secret qui aurait travaillé à la production de munitions à base de chlore à un moment donné au cours de l’année 2024.

Le Soudan rejette les accusations

En revanche, le gouvernement soudanais n’a pas accepté la version américaine des faits.

Le Soudan a nié avoir utilisé des armes chimiques et réaffirmé son attachement à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Il a également indiqué être disposé à faire vérifier les accusations par les mécanismes compétents.

Selon les informations rapportées au sujet de la position du gouvernement soudanais, Khartoum a constitué une commission nationale chargée d’enquêter sur les accusations. Son rapport provisoire aurait conclu à l’absence d’éléments prouvant l’utilisation d’armes chimiques sur les sites examinés.

Khartoum affirme également que le moyen le plus approprié de trancher le dossier consiste à mener une enquête technique directe, plutôt que de se limiter aux évaluations politiques ou aux renseignements disponibles.

C’est là que se situe l’un des principaux points de divergence : Washington considère que son réexamen a abouti à une conclusion claire, tandis que le Soudan réclame une enquête indépendante sur le terrain.

Quelle sera la prochaine étape ?

Les déclarations de Massad Boulos indiquent que les États-Unis souhaitent que la question soit désormais portée devant l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

Cela signifie que la prochaine phase pourrait être axée sur la collecte de preuves, l’identification des sites où les incidents se seraient produits, l’examen des substances qui auraient été utilisées, l’audition des témoins et la comparaison des données techniques avec les informations de renseignement disponibles.

Dans ce contexte, il ne s’agit pas seulement d’établir si des attaques chimiques ont eu lieu ou non, mais également de déterminer les responsabilités liées à la mise au point, à la production, au stockage ou à l’utilisation des substances interdites.

Des responsables et d’anciens experts dans le domaine des armes chimiques ont demandé l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur ces accusations, estimant que les nouveaux éléments justifiaient une intervention de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

Un dossier susceptible de dépasser les frontières du Soudan

Au cours des dernières années, la guerre au Soudan s’est transformée en une crise régionale et internationale, avec des accusations réciproques concernant le soutien extérieur apporté aux parties belligérantes.

Avec l’apparition des armes chimiques dans ce contexte, le dossier devient encore plus sensible.

Si leur utilisation est établie, la question ne constituera plus simplement une évolution militaire au sein du conflit, mais deviendra une affaire liée à un système international qui interdit ce type d’armes.

Dans le même temps, toute escalade internationale supplémentaire pourrait influer sur les calculs politiques et militaires liés à la guerre, notamment alors que Washington et les Nations unies s’efforcent d’inciter les parties à mettre fin aux combats.

Mais, à ce stade, l’établissement des faits reste lié aux preuves et à une enquête indépendante.

Ainsi, la confirmation de Washington marque le début d’une nouvelle phase dans ce dossier, et pas nécessairement sa conclusion. Les questions les plus difficiles restent posées : où les substances ont-elles été utilisées ? Quand ? Qui a donné les ordres ? Quelle était la nature des substances employées ? Et est-il possible d’obtenir des preuves indépendantes sur le terrain permettant d’établir la vérité ?

Les réponses à ces questions détermineront si le dossier des armes chimiques restera une accusation mutuelle entre les parties à la guerre, ou s’il se transformera en une affaire internationale documentée, susceptible d’entraîner de nouvelles mesures.

Dans tous les cas, la réouverture du dossier à cette échelle place la guerre au Soudan face à un nouveau test, dont l’enjeu ne se limite cette fois pas au cessez-le-feu, mais concerne également les limites du droit international dans l’un des conflits les plus complexes du continent africain.

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