Israël renforce sa flotte de ravitaillement en vol pour des missions plus profondes, avec l’Iran et le Yémen dans son viseur
Avec la réception mercredi par Israël de son premier avion ravitailleur KC-46 de fabrication américaine, l’armée de l’air israélienne a obtenu une « amélioration majeure de ses capacités » en matière de ravitaillement en vol.
Selon la Fondation pour la défense des démocraties, cette évolution intervient à un moment opportun pour Tel-Aviv, estimant que le département américain de la Défense (Pentagone) ne devrait pas se contenter des avancées déjà réalisées, mais envisager de nouvelles idées intelligentes afin de permettre à la flotte israélienne de ravitaillement en vol de se développer au cours des prochaines années.
Le stock israélien actuel d’avions ravitailleurs ne dépasse pas sept appareils Boeing 707 « Re’em ». Ces avions étaient à l’origine des appareils civils commerciaux, qu’Israël a commencé à acquérir et à modifier à des fins de ravitaillement en vol dès 1979. Il est probable que ces appareils soient aujourd’hui presque aussi âgés que les parents de certains pilotes israéliens qui les pilotent actuellement.
Contrats militaires
Après l’approbation par les États-Unis en 2020 de la vente à Israël de jusqu’à huit avions KC-46A, Israël a signé en 2022 un contrat portant sur l’achat de quatre appareils, puis a acquis deux avions supplémentaires en août 2025. Le coût du dernier accord a atteint environ 500 millions de dollars, « financés par l’aide américaine », en référence au programme annuel de financement militaire étranger accordé par Washington à Israël. Deux appareils devraient être livrés en 2026 et deux autres en 2027.
Aucune décision officielle n’a encore été prise concernant les septième et huitième avions KC-46 qu’Israël pourrait demander à l’avenir. Les budgets de défense israéliens et les décisions américaines en matière de financement militaire pourraient jouer un rôle dans la détermination du calendrier — voire dans la concrétisation — de cet achat.
Les capacités israéliennes de ravitaillement en vol revêtent une importance particulière car, si les menaces émanant du Hezbollah et du Hamas se situent aux frontières immédiates d’Israël, les conflits avec l’Iran et les milices houthis au Yémen nécessitent un ravitaillement aérien afin de mener efficacement les opérations.
L’armée de l’air israélienne a déjà frappé des cibles au Yémen situées à 1 800 kilomètres d’Israël, tandis que les distances jusqu’aux cibles situées à l’intérieur de l’Iran varient entre 1 500 et 2 300 kilomètres dans l’est du pays, selon la Fondation pour la défense des démocraties.
L’Iran et le Yémen dans le viseur
Au cours des récents affrontements avec l’Iran, l’armée de l’air israélienne a effectué des centaines d’opérations de ravitaillement en vol pendant la guerre de douze jours, et près de 2 000 opérations durant les six premières semaines du dernier conflit. Les avions ravitailleurs américains ont contribué au soutien des appareils israéliens lors de ces opérations, mais Israël doit renforcer ses capacités autonomes, les moyens américains n’étant pas toujours disponibles en cas d’urgence.
Par ailleurs, Israël poursuit l’expansion de sa flotte de chasseurs, après avoir récemment approuvé l’achat d’un escadron supplémentaire de F-35I ainsi que d’un escadron de F-15IA le 2 mai. Le KC-46 sera capable de ravitailler l’ensemble de la flotte israélienne de chasseurs de quatrième et cinquième générations, tout en étant interopérable avec les appareils américains et ceux des alliés.
Il est probable que six KC-46 ne suffisent pas à couvrir les besoins israéliens en ravitaillement aérien après le retrait de la flotte actuelle et dans l’hypothèse où Israël devrait opérer sans soutien américain. Ainsi, après la fin d’une vaste campagne aérienne et l’atténuation de la menace iranienne, le moment semble propice pour réfléchir à la manière de développer la flotte israélienne de ravitailleurs.
Coopération américano-israélienne
Bien que la solution la plus évidente soit « d’acheter davantage d’avions ravitailleurs », il existe d’autres moyens par lesquels Israël et les États-Unis pourraient réduire les risques, notamment :
Premièrement, les deux pays devraient élargir leur coopération afin de former davantage de techniciens de maintenance, de chefs d’équipage et de pilotes à l’exploitation des futurs KC-46 israéliens, afin de leur permettre d’acquérir l’expérience opérationnelle nécessaire.
Une fois cette formation acquise, Washington et Tel-Aviv devraient utiliser le programme d’échange militaire de l’armée de l’air américaine afin d’intégrer du personnel israélien dans des unités de l’US Air Force. Cela leur permettrait de maintenir et perfectionner leurs compétences en attendant la livraison d’autres KC-46. Avec un seul appareil livré dans un avenir proche, l’accès à l’entraînement sur des avions américains permettrait d’augmenter beaucoup plus rapidement le nombre de pilotes et de membres d’équipage qualifiés. Cette expérience contribuerait également à développer des relations professionnelles importantes et à renforcer l’interopérabilité avec leurs homologues américains.
