Berry menace de rejeter l’accord-cadre à la veille des négociations entre le Liban et Israël
Téhéran a informé les médiateurs qatari et pakistanais que la fin de la guerre au Liban et l’achèvement du retrait israélien constituent une priorité équivalente, à ses yeux, à celle du détroit d’Ormuz.
La question des négociations entre le Liban et Israël a dominé les entretiens entre le président du Parlement libanais, Nabih Berry, et l’ambassadeur américain Michel Issa, dans un contexte marqué par des discussions sur une éventuelle modification de l’accord-cadre demandée par Berry. Ces amendements n’ayant, jusqu’à présent, pas été retenus, ce dernier a laissé entendre qu’il pourrait ne plus reconnaître l’accord, alors que les divisions internes autour de ce texte s’accentuent.
Selon des sources bien informées, Nabih Berry, chef du mouvement Amal et allié du Hezbollah, estime que le mécanisme actuellement adopté dans les négociations menées sous l’égide de Washington ne permettra ni de défendre les intérêts du Liban ni de libérer les territoires occupés dans le sud du pays. Il aurait déclaré que « ces négociations ont fait plonger le pays à moins vingt », ajoutant qu’un processus est actuellement en cours pour le ramener « au niveau zéro » et qu’« il est impossible d’embellir ce qui est inacceptable », dans la mesure où Israël bénéficierait d’un avantage décisif dans la prise de décision et la marge de manœuvre au Sud-Liban.
Les médias locaux rapportent que Berry considère désormais que « l’accord-cadre » appartient au passé, celui-ci ayant perdu tout soutien politique significatif sur la scène intérieure. Il estime également que le dossier libanais redeviendra un sujet distinct dans les discussions entre les deux parties.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait qualifié l’accord conclu avec le Liban de succès « historique », affirmant qu’il portait un coup à l’Iran et au Hezbollah. Dans une allocution télévisée prononcée en juin dernier, il avait déclaré : « Nous sommes parvenus à un accord historique pour l’État d’Israël à l’issue de négociations directes entre Israël et le Liban », ajoutant : « Il s’agit d’un revers pour l’Iran et le Hezbollah. »
Au lendemain de la signature de l’accord-cadre à Washington entre le Liban et Israël, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, avait conditionné le retrait israélien du sud du Liban au désarmement du Hezbollah sur l’ensemble du territoire libanais.
Les mêmes sources indiquent que Nabih Berry et le Hezbollah ont reçu un nouveau message des autorités iraniennes, selon lequel Téhéran aurait informé les médiateurs qatari et pakistanais que la fin de la guerre au Liban ainsi que l’achèvement du retrait israélien revêtent une importance équivalente à celle du dossier du détroit d’Ormuz, ainsi qu’à la mise en œuvre du protocole d’accord signé avec les États-Unis.
Berry a également accusé Israël de violer de manière flagrante l’accord de cessez-le-feu. Il a appelé le comité chargé de superviser la mise en œuvre de cet accord à entamer ses travaux sans délai et à contraindre Israël à mettre fin à ses violations.
Ces développements interviennent deux jours avant la sixième session des négociations libano-israéliennes, organisées sous médiation américaine à Rome mardi et mercredi, avec pour objectif de consolider le cessez-le-feu et de lancer des dispositions expérimentales visant à transférer progressivement le contrôle du sud du Liban à l’armée libanaise.
Les discussions se dérouleront au niveau des ambassadeurs des deux pays aux États-Unis. Israël sera représenté par Yechiel Leiter, tandis que le Liban sera représenté par Nada Mouawad, sous l’égide des États-Unis.
Dans un entretien accordé au réseau CBS, Yechiel Leiter a déclaré que « Israël, le Commandement central américain (CENTCOM) et l’armée libanaise préparent actuellement les conditions nécessaires à la mise en place de deux zones pilotes dans le sud du Liban, dont l’armée israélienne se retirera ».
Il a ajouté : « Si l’armée libanaise accepte d’assumer la responsabilité de ces deux zones expérimentales, nous poursuivrons le processus. En revanche, si le Hezbollah y demeure présent, nous maintiendrons nos positions. »
Par ailleurs, des sources de la présidence libanaise ont indiqué que la sixième série de négociations directes entre le Liban et Israël portera sur les mécanismes de mise en œuvre de l’accord-cadre signé à Washington ainsi que sur la possibilité de créer des commissions spécialisées chargées d’appliquer certaines de ses dispositions.
Les médias locaux ont rapporté samedi que le Liban participera aux discussions prévues la semaine prochaine à Rome avec Israël, alors qu’une délégation militaire américaine mène actuellement des consultations au Liban afin d’examiner les modalités de mise en œuvre d’un retrait israélien d’une zone pilote dans le sud du pays.
Le Liban prendra finalement part aux négociations, alors qu’une source diplomatique proche du dossier avait indiqué mercredi que Beyrouth conditionne sa participation à une nouvelle série de pourparlers au retrait préalable d’Israël de deux zones expérimentales situées dans le sud du pays.
