Washington lance une nouvelle vague de frappes et l’Iran ferme le détroit d’Ormuz
La combinaison de l’élargissement des frappes américaines et de la détermination de l’Iran à utiliser le détroit d’Ormuz comme levier stratégique ouvre la voie à une nouvelle phase du conflit.
La confrontation entre les États-Unis et l’Iran est entrée dans une phase d’escalade plus marquée après que le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a annoncé, dimanche, le lancement d’une nouvelle vague de frappes militaires contre des objectifs situés en République islamique d’Iran. En réaction, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz à la navigation maritime jusqu’à nouvel ordre, conditionnant la reprise du trafic à l’arrêt des frappes américaines dans l’un des plus importants corridors stratégiques du commerce mondial de l’énergie.
Le CENTCOM a indiqué que cette nouvelle campagne de frappes avait été ordonnée par le président américain Donald Trump et visait à poursuivre l’affaiblissement des capacités militaires iraniennes que Téhéran utiliserait pour cibler les navires commerciaux et menacer la navigation internationale dans le détroit d’Ormuz. Le commandement américain a précisé que ces opérations constituaient une réponse à ce qu’il a qualifié d’attaques iraniennes contre des navires civils, ajoutant que les forces américaines poursuivent leurs opérations afin de garantir la liberté de navigation dans la région.
En réponse, le Corps des gardiens de la révolution islamique a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz à toute navigation jusqu’à nouvel ordre, affirmant que la reprise du trafic dépendrait de la cessation des frappes américaines. L’Autorité de gestion du détroit, récemment créée par Téhéran, a également indiqué que la délivrance des autorisations de passage demeurerait suspendue en raison de ce qu’elle a qualifié de « mouvements militaires américains illégaux », tout en affirmant que la navigation reprendra dès le rétablissement de la stabilité.
Cette annonce est intervenue dans un contexte d’intensification des échanges de frappes entre les deux parties. Des médias iraniens ont rapporté de fortes explosions sur l’île de Qeshm ainsi que dans les villes de Jask, Sirik et Bandar Abbas, dans la province de Hormozgan, tandis que plusieurs informations faisaient état de frappes contre des positions militaires du Corps des gardiens de la révolution situées sur le littoral bordant le détroit.
Le CENTCOM avait précédemment annoncé avoir mené une vaste série de frappes visant environ 140 sites militaires iraniens, notamment des bases de missiles, des installations de drones, des dépôts de munitions ainsi que des infrastructures de communications et de surveillance côtière. Selon le commandement américain, ces opérations s’inscrivent dans une campagne continue destinée à réduire les capacités de l’Iran à menacer la navigation internationale.
L’Iran a répliqué en lançant des missiles et des drones contre des positions des forces américaines au Qatar, à Bahreïn, au Koweït et en Jordanie. Le Corps des gardiens de la révolution a également annoncé avoir ciblé deux navires dans le détroit d’Ormuz, les accusant d’avoir enfreint les nouvelles règles de navigation imposées par Téhéran.
Selon la chaîne CNN, citant l’armée américaine, les forces du Corps des gardiens de la révolution ont ouvert le feu sur des navires commerciaux lors de leur traversée du détroit, tandis que les systèmes de défense américains ont intercepté un missile de croisière et un drone iraniens, illustrant l’intensification de la confrontation directe entre les deux pays.
Cette escalade intervient moins d’un mois après la signature d’un protocole d’accord entre Washington et Téhéran, sous médiation du Qatar et du Pakistan, qui devait ouvrir la voie à un accord plus large visant à rouvrir le détroit d’Ormuz et à contenir les tensions. Toutefois, le président américain Donald Trump a annoncé la suspension de cet accord à la suite de la récente escalade, tout en laissant la porte ouverte à une reprise des négociations si les attaques iraniennes cessaient.
Les répercussions de cette montée des tensions se sont étendues à plusieurs pays du Golfe, le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, le Sultanat d’Oman et la Jordanie ayant été visés par des attaques de missiles ou de drones. Il s’agit de la plus importante vague d’attaques contre des États arabes depuis l’apaisement des relations entre Washington et Téhéran en avril dernier.
La fermeture du détroit d’Ormuz entraîne d’importantes conséquences économiques, puisqu’environ 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié y transite. Les marchés internationaux ont rapidement réagi, les prix du pétrole enregistrant une forte hausse sous l’effet des craintes liées à une interruption des approvisionnements, tandis que le trafic maritime dans le détroit est tombé à son niveau le plus faible depuis plusieurs semaines.
Selon plusieurs observateurs, la combinaison de l’intensification des frappes américaines et de la volonté persistante de l’Iran d’utiliser le détroit d’Ormuz comme instrument de pression ouvre une nouvelle phase du conflit, qui dépasse désormais le simple échange de messages militaires pour évoluer vers une tentative de chaque camp d’imposer une nouvelle doctrine de dissuasion. Alors que Washington affirme qu’elle poursuivra ses opérations afin de garantir la liberté de navigation, Téhéran maintient que le détroit ne sera rouvert qu’après la cessation des frappes américaines, une situation qui laisse présager la poursuite de la confrontation et un accroissement des tensions régionales, dans un contexte d’inquiétudes croissantes quant à leurs répercussions sur la sécurité du Golfe et la stabilité des marchés mondiaux de l’énergie.
