Politique

Une fracture au sein de l’OTAN rejaillit sur les alliés : la dissuasion nucléaire au menu entre la France et la Pologne


Le président français Emmanuel Macron rencontre le Premier ministre polonais Donald Tusk lundi à Gdańsk pour entériner un rapprochement stratégique bilatéral, notamment dans le domaine de la dissuasion nucléaire.

Cela intervient dans une phase d’incertitude au sein de Organisation du traité de l’Atlantique nord et à un an d’échéances électorales déterminantes dans les deux pays.

Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement du traité d’amitié et de coopération renforcée franco-polonais signé le 9 mai 2025 à Nancy, qui a hissé la Pologne au rang des alliés les plus proches de la France, aux côtés de Allemagne, de Italie et de Espagne.

Le projet de « parapluie » de dissuasion nucléaire français figurera également à l’ordre du jour. Emmanuel Macron a proposé d’y associer huit pays européens, dont la Pologne, selon des modalités variées, tout en maintenant la décision finale d’emploi de l’arme nucléaire entre les mains de la France.

Les enjeux de sécurité européenne se renforcent dans un contexte de doutes sur la solidarité au sein de l’OTAN, aggravés par les tensions avec le président américain Donald Trump au sujet de l’Iran, ainsi que par la menace militaire russe aux portes de l’Europe après quatre années de guerre en Ukraine.

Vendredi, Donald Tusk a déclaré : « Le président Macron et moi avons des visions très proches sur la manière de construire la puissance de l’Europe (…) et la souveraineté de la Pologne, de la France et de l’Europe, ainsi que sur la coopération en matière de sécurité, y compris l’usage des capacités nucléaires françaises. »

De son côté, la présidence française a salué un « rapprochement et une affinité stratégiques renforcés ».

En signe de cette entente, Tusk a fixé le rendez-vous avec son invité dans sa ville natale, symbole des transformations de l’Europe au XXe siècle, sur les rives de la mer Baltique : de son occupation par l’Allemagne nazie en 1939 à l’émergence du syndicat Solidarność dans ses chantiers navals, incarnant la lutte contre l’hégémonie soviétique.

Dans sa proposition de dissuasion « renforcée » formulée le 2 mars dernier, Emmanuel Macron a également exprimé son souhait d’une « participation conventionnelle de forces alliées » aux activités nucléaires françaises, notamment par des exercices conjoints de frappe.

« Appui conventionnel »

L’Élysée a indiqué que « l’un des objectifs de cette réunion sera de poursuivre cette discussion », précisant que cet « appui conventionnel » pourrait inclure « l’alerte précoce, la défense aérienne et les frappes en profondeur ».

Toutefois, malgré le réchauffement des relations entre la Pologne et la France après des années de stagnation sous le gouvernement nationaliste du parti Droit et Justice, la Pologne « demeure fondamentalement très attachée à sa relation avec les États-Unis », selon un expert du pays cité par l’Agence France-Presse.

Un diplomate européen souligne que « le système de défense polonais dépend largement de l’armement américain », rappelant que la Pologne, engagée dans une modernisation rapide de ses forces armées, a conclu « d’importants contrats » pour l’acquisition de chasseurs F-35 Lightning II, d’hélicoptères d’attaque AH-64 Apache, de missiles Patriot missile system et de chars M1 Abrams.

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