Moyen-Orient

Enlèvement d’imams et exploitation d’enfants : de nouveaux crimes des milices houthies au Yémen


Un rapport de l’Initiative de Raymah pour les droits de l’homme a révélé des détails alarmants sur une vaste campagne répressive menée par la milice houthie dans le gouvernorat de Raymah, à l’ouest du Yémen.

Cette campagne vise des figures d’un islam modéré — imams, prédicateurs et religieux indépendants — dans un précédent qui reflète la volonté de la milice d’exercer un contrôle absolu sur les tribunes religieuses et d’éradiquer la diversité intellectuelle dans la région.

Dans un communiqué de presse, l’initiative indique avoir recensé et documenté récemment au moins 15 violations graves commises par des éléments de la milice contre des religieux du gouvernorat, précisant que ces abus s’inscrivent dans une politique punitive systématique visant à réduire au silence toute voix dissidente du discours houthi.

Enlèvements arbitraires

Le rapport souligne que ces violations ont pris différentes formes de répression. Elles ont commencé par l’enlèvement arbitraire de cinq imams et prédicateurs, sans aucun mandat d’arrêt ni fondement légal, suivi de mesures coercitives consistant à contraindre les détenus à signer des engagements écrits les obligeant à cesser totalement toute prédication, exhortation ou activité religieuse.

L’initiative a également documenté des cas d’expulsion forcée d’imams de leurs mosquées et de leurs logements attenants aux lieux de culte, exécutés par la force sur le terrain. Elle fait aussi état de points de contrôle de la milice ayant restreint la liberté de mouvement d’au moins trois citoyens, les soumettant à des harcèlements et à de brèves détentions au seul motif que leur « apparence religieuse » ne correspondait pas aux critères de la milice.

Éradication de la diversité intellectuelle

Dans son analyse, l’initiative estime que les mesures houthies dépassent le cadre de violations individuelles pour constituer une tentative soutenue d’« éradication de la diversité intellectuelle » et d’imposition d’une hégémonie totale sur les lieux de culte, afin d’ancrer un discours religieux unique et de confisquer le droit à la croyance et à l’expression.

L’initiative appelle la communauté internationale, les Nations unies et les organisations de défense des droits humains à intervenir immédiatement et à adopter une position ferme face à ces abus, en exerçant des pressions diplomatiques efficaces sur les Houthis pour y mettre fin sans délai et garantir la protection des imams et prédicateurs indépendants.

Elle conclut en soulignant la nécessité de documenter l’ensemble de ces pratiques et de les intégrer dans les rapports internationaux afin d’ouvrir la voie à la reddition de comptes et à la poursuite de tous les responsables pour crimes contre l’humanité.

Exploitation des enfants

La milice houthie poursuit l’exploitation des enfants dans les zones qu’elle contrôle pour servir son projet idéologique, d’une manière qui fait craindre une catastrophe sociétale menaçant le Yémen, la région et au-delà.

Des militants ont diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo montrant un véhicule transportant de jeunes écoliers, convoyés par les Houthis depuis des écoles du gouvernorat de Dhamar vers l’un des centres d’entraînement de la milice.

Cette scène n’est ni la première ni la dernière des pratiques de la milice à l’encontre de l’enfance, notamment dans les « centres d’été » qu’elle organise chaque année et qu’elle transforme en espaces d’endoctrinement idéologique servant son projet, sous couvert de « jihad ». Les premières victimes en sont les familles des enfants, exposés à des discours glorifiant la violence et l’effusion de sang, y compris contre leurs proches.

Selon ces militants, les enfants reçoivent des enseignements sans lien avec l’enfance, sont transportés en camions d’une zone à une autre, tout en scandant des slogans confessionnels et des appels au combat et à la violence.

Les Houthis et la guerre de l’Iran

Alors que les Houthis représentent une menace pour la navigation maritime, ils ne se sont engagés dans cette guerre qu’un mois après les frappes américaines et israéliennes visant Téhéran et des villes iraniennes. Leur participation s’est limitée à la période du 28 mars au 6 avril, avant de cesser, ce qui suggère que les missiles et drones lancés relevaient davantage du symbole que d’une capacité opérationnelle réelle.

Des analystes attribuent cela au déclin des capacités militaires effectives des Houthis à utiliser drones et missiles.

Concernant la menace de fermeture du détroit de Bab el-Mandeb, l’expert en sécurité et stratégie Omar Al-Raddad a indiqué dans des déclarations à la presse qu’il n’excluait pas totalement ce scénario, tout en estimant qu’il était devenu moins probable au vu des données actuelles.

Il a ajouté que ce scénario demeurait en suspens et ne serait activé que si l’Iran atteignait un point d’effondrement total du régime.

Il a précisé que la stratégie iranienne ne repose pas sur l’apport limité des Houthis en missiles et drones pour créer un effet stratégique, mais plutôt sur la constitution d’un double levier combinant la fermeture du détroit d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.

Il a enfin noté que le contrôle houthi sur Bab el-Mandeb n’est pas total et qu’ils ne sont pas le seul acteur influent dans cette zone, contrairement au détroit d’Ormuz.

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