Politique

Le redoutable Sidi… qui est l’ombre du chef d’Al-Qaïda au Mali ?


Une apparence anodine ne laisse en rien deviner que son propriétaire figure parmi les commandants les plus redoutés d’Al-Qaïda au Mali. Pourtant, sa présence aux côtés du terroriste le plus dangereux suggère que cet homme de l’ombre joue plusieurs rôles.

Il s’agit d’Abdallah Mamoudou Bakaye Diallo, surnommé « Djouliep de Nambala » ou « Sidi », un terroriste devenu chef des opérations au sein du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Il est également l’un des individus les plus recherchés par les autorités de Bamako.

Selon le magazine Jeune Afrique, ce jeune homme s’est toujours tenu dans l’ombre, sans apparition publique ni déclaration, cultivant un silence qui en fait une personnalité largement méconnue.

Cependant, de nombreux habitants du Mali ont vu son visage au début du mois de juin, aux côtés de ceux d’Iyad Ag Ghali (l’un des principaux chefs d’Al-Qaïda au Sahel), d’Amadou Koufa, d’Al-Ghabas Ag Intalla et de Bilal Ag Acharif.

Tous sont des chefs terroristes et séparatistes classés comme cibles prioritaires par les autorités maliennes, qui ont offert des récompenses pour toute information permettant leur arrestation.

Sous sa photo figurent son nom et un montant : Abdallah Mamoudou Bakaye Diallo, 1,5 milliard de francs CFA (environ 2,3 millions d’euros). C’est la somme que la junte militaire est prête à verser pour toute information menant à son arrestation. Derrière son apparence calme, il est considéré comme l’un des chefs les plus redoutés de cette faction terroriste.

Le même montant est offert pour Amadou Koufa, un niveau supérieur à celui attribué à plusieurs figures influentes du mouvement, telles que Sidani Ag Hitta.

Chef des opérations de la « Katiba Macina »

De Léré, dans la région de Tombouctou (nord), à Farabougou, dans la région de Ségou (centre), en passant par Nioro du Sahel, dans la région de Kayes (ouest), Abdallah Mamoudou Bakaye Diallo, alias « Djouliep de Nambala » ou « Sidi », est, selon plusieurs sources citées par Jeune Afrique, un coordinateur de nombreuses opérations menées par le GSIM au fil des années.

En tant que chef des opérations de la Katiba Macina (une composante du groupe) dirigée par Amadou Koufa, il fait partie du cercle décisionnel interne de l’organisation depuis sa création en 2017.

Selon plusieurs sources, il aurait été en contact étroit avec le terroriste algérien Abdelmalek Droukdel, ancien chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, tué par l’armée française en juin 2020.

Il aurait principalement rejoint les rangs jihadistes par son intermédiaire, mais s’est ensuite imposé aux côtés d’Amadou Koufa.

Grâce à ses liens avec les réseaux peuls du Macina, il aurait joué un rôle central dans le recrutement de jeunes issus de cette communauté, en exploitant les sentiments de marginalisation, les griefs locaux et les conflits fonciers.

Ancien détenu de l’opération Barkhane

Il a été arrêté en novembre 2019 dans le village de Sari Sini, à environ 30 kilomètres de Mopti, lors d’une opération de la force française Barkhane, alors qu’il participait à des activités de recrutement.

Transféré à la justice malienne, il a été inculpé puis placé en détention provisoire en juin 2020 à la prison centrale de Bamako pour « appartenance à un groupe armé dans le cadre d’un projet terroriste » et « détention et transport d’armes et de munitions en lien avec un projet terroriste ».

Quelques mois plus tard, en octobre 2020, il a été libéré avec environ 200 autres détenus dans le cadre d’un échange ayant permis la libération de l’opposant Soumaïla Cissé et de l’otage française Sophie Pétronin.

Selon un spécialiste malien des réseaux terroristes : « Après sa libération, il s’est radicalisé davantage. »

Il ajoute : « Iyad Ag Ghali les a personnellement accueillis et leur a offert un banquet. Les images ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Ils lui ont rapidement renouvelé leur allégeance. »

Au fil des années, Djouliep de Nambala a gagné en importance au sein du mouvement. Plusieurs sources lui attribuent une capacité de recrutement de nouveaux combattants, souvent très jeunes, comme Bina Diarra, une figure montante du réseau.

Architecte de la tactique du siège

Condamné par contumace en octobre 2021 à la réclusion à perpétuité et à une amende de 10 millions de francs CFA, il aurait également joué un rôle majeur dans l’évolution des tactiques opérationnelles du groupe.

Il a notamment contribué à la généralisation de la tactique du siège, devenue une stratégie d’encerclement des centres urbains et l’une des caractéristiques du GSIM depuis fin 2020.

Selon une source locale : « Depuis plusieurs mois, ses hommes imposent un blocus sur la ville de Léré. Malgré la présence des forces armées maliennes et de leurs alliés russes, la population subit les conséquences dans un silence quasi total. »

Il aurait également transformé la stratégie de communication du groupe, passant de simples messages audio à des vidéos tournées près des zones de combat et diffusées rapidement sur les réseaux de propagande.

Selon des informations du magazine, les services de renseignement maliens attribuent à Djouliep la coordination de nombreuses opérations meurtrières contre les forces armées maliennes.

Son nom est notamment cité dans les attaques de Boulkessi (juin 2025), Farabougou (août 2025), ainsi que dans les attaques simultanées du 25 avril contre Bamako, Kati, Gao, Kidal, Sévaré, Mopti et Kona.

Ce rôle opérationnel explique la forte récompense offerte pour toute information menant à son arrestation.

Des experts estiment que son influence au sein du GSIM est considérable, mais que cette prime répond aussi à une logique stratégique : sa discrétion extrême rend les renseignements le concernant rares, et les autorités cherchent à provoquer des révélations ou des fuites internes.

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