Mubarak Ag Akli… un renard dissident qui pactise avec Al-Qaïda et menace le Mali
Il est revenu d’entre les morts et est apparu au milieu du désert, le visage à moitié dissimulé sous un turban sombre, entouré de plusieurs de ses hommes, dans une mise en scène destinée à signaler sa présence et à lancer un défi.
Sur le plan médiatique, le nom de Mubarak Ag Akli était peu connu avant que le « Corps africain » russe, qui combat les groupes terroristes et les mouvements séparatistes aux côtés de l’armée malienne, n’annonce sa mort.
Ag Akli est le « chef d’état-major » et le premier vice-président du « Front de libération de l’Azawad », une coalition rebelle fondée en 2024 par plusieurs factions azawadiennes. Son agenda repose sur la revendication du droit à l’autodétermination des populations du Nord, ainsi que sur la promotion d’une forme d’autonomie dans cette région, dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement instable.
Alors que l’on croyait que cet ancien officier dissident de l’armée malienne, que de nombreux habitants surnomment localement le « renard du désert » en raison de ses apparitions quasi permanentes dans les zones désertiques, avait bel et bien été tué, Ag Akli est soudainement réapparu, dans une déclaration soigneusement mise en scène à travers une vidéo de propagande tournée en plein désert.
Bien que les séparatistes venaient alors de perdre la ville stratégique d’Anéfis, située à proximité de Kidal et de Gao, les deux principales villes du Nord, il a affirmé que « la victoire était imminente ». Des observateurs ont interprété cette déclaration comme le signe annonciateur de nouvelles attaques susceptibles d’être menées par les séparatistes et leurs alliés du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », affilié à Al-Qaïda.
L’architecte de l’alliance avec les terroristes
Dans un article, le magazine Jeune Afrique affirme qu’Ag Akli continue actuellement de diriger les opérations sur le terrain aux côtés de la faction terroriste, soulignant que l’intéressé reconnaît publiquement cette alliance avec un groupe impliqué dans la perpétration de massacres.
Il ne se contente pas de reconnaître cette alliance hybride, qui s’était déjà effondrée par le passé en raison de divergences idéologiques et d’agendas contradictoires. Des rapports locaux affirment également qu’il serait l’un des architectes de ce rapprochement. Il aurait notamment fait partie d’un groupe de membres du Front ayant rencontré, en plein désert, des dirigeants du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » en août 2025.
Selon les mêmes sources, Ag Akli considère que l’alliance avec Al-Qaïda constitue la seule voie permettant d’atteindre les objectifs du Front et estime que les divergences d’agenda entre les deux parties n’empêchent pas une convergence des moyens.
Dans ses déclarations à Jeune Afrique, il se présente désormais comme le « ministre de la Défense » du « Front de libération de l’Azawad ».
Selon le magazine français, Ag Akli est un ancien soldat dissident de l’armée malienne et un vétéran de la rébellion indépendantiste dans le nord du Mali. Il entretient des liens étroits avec le chef du Front, Al-Abbas Ag Intalla, lui-même considéré comme l’un des dirigeants les plus favorables à une alliance avec l’organisation terroriste Al-Qaïda.
Bien que plusieurs dirigeants au sein du mouvement séparatiste rejettent toute alliance avec Al-Qaïda, ou évitent à tout le moins d’en parler ou de confirmer l’existence d’un tel rapprochement, Ag Akli la reconnaît ouvertement, tout en admettant l’existence de « divergences politiques » entre les deux parties.
En tant que combattant au sein des mouvements touaregs du nord du Mali, il a acquis une expérience militaire qui remonte à la fin des années 1980, alors qu’il se trouvait à l’étranger, avant de rentrer dans son pays en 1990 et de prendre part à de violents affrontements qui opposaient alors l’armée à des groupes rebelles, parmi lesquels figurait Iyad Ag Ghali, l’un des dirigeants du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ».
Après une longue période de lutte aux côtés des rebelles, il a saisi l’occasion offerte par la conclusion d’un accord entre le gouvernement central de Bamako et les groupes armés pour rejoindre l’armée.
Cependant, en 2012, après plus de vingt ans de service sous le drapeau malien, il a fait défection et rejoint le « Mouvement national de libération de l’Azawad », dirigé par Bilal Ag Cherif.
Au sein de ce mouvement séparatiste, Ag Akli a acquis une influence considérable, ce qui lui a permis d’imposer progressivement son autorité au sein du « Cadre stratégique permanent », la coalition rebelle qui a précédé la création du « Front de libération de l’Azawad » en 2024.
