Mali et Al-Qaïda… Un pragmatisme qui redéfinit les priorités (deux experts)
L’escalade des attaques d’Al-Qaïda au Mali n’a pas seulement imposé une nouvelle réalité, elle a aussi remodelé une stratégie sécuritaire fondée essentiellement sur un pragmatisme qui redéfinit les priorités. Une analyse partagée par des experts politiques spécialisés dans le Sahel africain, qui estiment que l’intensification des attaques du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », la faction affiliée à l’organisation terroriste, a poussé le conseil militaire dirigé par Assimi Goïta à reconfigurer sa stratégie militaire de manière plus pragmatique, en se concentrant davantage sur la protection des centres vitaux.
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Redéfinition des priorités
Nyagale Bagayoko, chercheuse ivoirienne spécialisée dans la sécurité au Sahel, affirme que ce qui se passe au Mali ne constitue pas un échec du conseil militaire, mais une étape de transition tactique nécessaire. Bagayoko explique que « l’objectif militaire n’est plus d’exercer un contrôle symbolique sur l’ensemble du territoire national, mais de sécuriser les points névralgiques ».
Elle ajoute que le conseil militaire a réorganisé ses priorités selon la logique de « protéger l’utile », en sécurisant les principales routes commerciales, en protégeant les grandes villes et en empêchant l’isolement de la capitale, Bamako.
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Selon la même experte, « ce changement reflète une compréhension plus approfondie de la nature du conflit, où la question ne porte plus sur la superficie du territoire, mais sur la capacité de l’État à se maintenir ». Bagayoko estime que le déplacement des attaques du « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » vers le sud et l’ouest illustre la capacité d’adaptation de l’organisation terroriste, mais révèle également ses faiblesses logistiques lorsqu’elle s’éloigne de ses bastions traditionnels du nord.
Pour elle, le redéploiement de l’armée malienne ne constitue pas un recul, mais traduit un passage d’une stratégie de « déploiement étendu » à une stratégie de « protection des nœuds stratégiques » tels que les routes commerciales et les centres urbains.
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Elle conclut que le conseil militaire « a réussi à restaurer un certain degré de souveraineté militaire après avoir réduit sa dépendance vis-à-vis des puissances occidentales », soulignant qu’il s’emploie à bâtir des alliances alternatives, notamment avec des partenaires russes, ce qui lui offre une plus grande marge de manœuvre. Selon elle, ce qui est critiqué comme un « réaménagement contraint » est en réalité « une redéfinition des priorités de l’État : passer de la poursuite de groupes mobiles dans le désert à la protection de l’économie nationale et à la prévention de l’asphyxie de Bamako ».
Pragmatisme militaire
De son côté, le chercheur français spécialisé dans les affaires sahéliennes Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime que l’escalade de l’organisation liée à Al-Qaïda à proximité de Bamako constitue « un tournant stratégique dangereux, qui a néanmoins contraint l’autorité malienne à prendre des décisions plus réalistes que par le passé ».
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Il indique que « le recours à un déploiement symbolique dans le nord était coûteux et inefficace, tandis que la nouvelle stratégie se concentre sur la défense des centres de population et accorde la priorité aux axes économiques vitaux ».
Il précise que « le partenariat avec le Corps d’Afrique (russe) a fourni, malgré la controverse, des capacités de combat à déploiement rapide qui n’étaient pas disponibles auparavant », notant que le conseil militaire malien adopte désormais une doctrine de « contrôle du territoire utile » plutôt qu’un contrôle symbolique de l’ensemble du territoire.
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Selon l’expert, « ce que fait Goïta n’est pas un retrait, mais un repositionnement intelligent visant à empêcher l’effondrement de l’État, à la fois sur les plans économique et sécuritaire ». Il estime que les attaques de l’organisation terroriste n’ont pas affaibli le conseil militaire autant qu’elles l’ont contraint à une maturation stratégique.
Il ajoute que l’évolution de la politique du conseil militaire reflète une priorité donnée à la protection de Bamako et des corridors commerciaux, ainsi qu’à la réduction de l’usure militaire dans les zones reculées. Il souligne que la nouvelle stratégie ne mettra peut-être pas fin immédiatement à la menace, mais qu’elle renforce la capacité de l’État à résister et empêche son étouffement économique et sécuritaire.
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Cinq questions
Sous le titre « Cinq questions pour comprendre comment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a poussé Assimi Goïta à remodeler sa stratégie », le magazine Jeune Afrique indique que « les attaques menées par l’organisation dans le sud et l’ouest du Mali ont contraint les forces armées maliennes et leurs alliés russes du Corps d’Afrique à revoir leurs priorités militaires ».
Pourquoi l’organisation terroriste a-t-elle déplacé ses attaques vers le sud et l’ouest ?
Le magazine explique que le transfert des opérations loin des bastions traditionnels du nord vers des zones plus proches de Bamako reflète un changement stratégique visant à faire pression sur les centres vitaux de l’État, en particulier les routes commerciales et les zones économiques sensibles, ce qui a imposé une nouvelle réalité sécuritaire à l’armée malienne.
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Comment ce changement a-t-il influencé les calculs militaires d’Assimi Goïta ?
Le magazine indique que cette évolution sur le terrain a contraint l’armée malienne à abandonner partiellement la stratégie de déploiement étendu pour se concentrer plutôt sur la protection des points stratégiques, y compris la capitale, les grandes villes et les réseaux logistiques, afin d’empêcher l’isolement de Bamako et l’asphyxie de l’économie nationale.
Ce redéploiement signifie-t-il un recul ou une adaptation stratégique ?
Ce changement ne doit pas nécessairement être interprété comme un recul militaire, mais plutôt comme un repositionnement tactique visant à réduire l’usure et à accroître l’efficacité opérationnelle, notamment face à la nature mobile de la menace que représente l’organisation.
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Quel est le rôle des alliés, en particulier le « Corps d’Afrique », dans cette évolution ?
Le magazine souligne également que le rôle des alliés, en particulier les éléments du « Corps d’Afrique », fait désormais partie de cette nouvelle équation, en fournissant un soutien sur le terrain qui contribue à la mise en œuvre du redéploiement et à la riposte aux attaques dans les zones les plus sensibles.
L’organisation a-t-elle réussi à imposer une nouvelle réalité ou a-t-elle révélé les limites de sa puissance ?
Jeune Afrique conclut que la pression exercée par l’organisation n’a pas seulement entraîné une escalade sécuritaire, mais a aussi contribué à pousser l’autorité malienne à reformuler sa doctrine militaire, en mettant l’accent sur la protection des centres de gravité stratégiques plutôt que sur la recherche d’un contrôle territorial total.
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