Cellule de crise et 16 directives présidentielles : mobilisation générale au Mali pour éviter l’effondrement
Alors que des affrontements faisaient rage entre l’armée et les terroristes dans plusieurs régions du Mali, une cellule de crise tenait une réunion décisive au palais de Koulouba à Bamako.
Le temps alors disponible ne permettait guère de longues discussions et concertations ; les orientations furent donc sécuritaires et présidentielles afin de faire face à l’une des attaques simultanées les plus violentes qu’ait connues le pays africain depuis le déclenchement de sa crise en 2012.
Samedi dernier, le Mali s’est réveillé au rythme d’attaques coordonnées menées par le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », affilié à Al-Qaïda, et par le « Front de libération de l’Azawad » séparatiste (touareg).
Les attaques simultanées ont visé des villes du nord comme Kidal et Gao, s’étendant jusqu’au sud-ouest, précisément à la capitale Bamako et à la ville de Kati située à 15 kilomètres de celle-ci.
Ces attaques ont été marquées par un attentat-suicide à la voiture piégée visant le domicile du ministre de la Défense, Sadio Camara, à Kati, causant sa mort, tandis que des hommes armés hissaient leur drapeau au-dessus de Kidal, ville marquée depuis des décennies par des crises tourmentées.
Rassurer avant de riposter
Au cœur de ces événements rapides et d’un tableau complexe, le président de la transition au Mali, Assimi Goïta, est resté absent de la scène publique pendant trois jours après les attaques, dans ce qui a semblé être une tactique réfléchie, donnant apparemment la priorité à la riposte sur le terrain et à la stabilisation de la situation, avant d’engager l’apaisement et le rassurement.
Son apparition elle-même a semblé progressive et calculée. Dans un premier temps, des photos publiées mardi dernier par la présidence malienne montraient Goïta participant à une réunion au palais présidentiel de Koulouba avec une délégation russe conduite par l’ambassadeur de Russie à Bamako, Igor Gromyko, selon le magazine « Jeune Afrique ».
Par la suite, les images se sont multipliées, montrant le président de la transition rendant visite à la famille du défunt ministre de la Défense, Sadio Camara, pour présenter ses condoléances, ainsi qu’à l’hôpital « Boukar Sidi Sall » à Kati pour rendre visite aux blessés de l’attaque de samedi.
Le même jour, à huit heures du soir, Goïta s’est adressé au peuple malien à la télévision officielle, affirmant que « la situation est sous contrôle » et que « les opérations de ratissage, de recherche, de collecte de renseignements et les opérations sécuritaires se poursuivent ».
À la fin de son allocution, Goïta est apparu s’inclinant devant le cercueil de Sadio Camara lors de ses funérailles organisées à Bamako jeudi.
La réunion du palais
Depuis lors, Assimi Goïta s’emploie à reprendre l’initiative. Il y a deux jours, la réunion du Conseil supérieur de la défense nationale, tenue au palais de Koulouba, a constitué la première étape dans la structuration de la contre-offensive.
Selon « Jeune Afrique », la réunion a notamment réuni les généraux Abdoulaye Maïga (Premier ministre), Daoud Aly Mohammedine (ministre de la Sécurité), Oumar Diarra (chef d’état-major des forces armées) et Yamoussa Camara (secrétaire général du ministère de la Sécurité nationale).
Un représentant de la sûreté de l’État était également présent, en l’absence du chef des renseignements maliens, Modibo Koné, grièvement blessé lors des attaques et toujours hospitalisé, ainsi que plusieurs membres du gouvernement.
Dans des déclarations à la télévision officielle malienne, Daoud Aly Mohammedine a affirmé : « Le chef de l’État nous a donné 16 directives stratégiques visant à renforcer l’appareil de défense et de sécurité nationale ».
Il a ajouté : « Nous quittons cette réunion avec une grande sérénité », promettant que l’État « se battra pour honorer la mémoire de Sadio Camara ».
En réalité, les ajustements ont été d’abord défensifs. Dans le nord du Mali, par exemple, plusieurs positions avancées ont été abandonnées au profit d’un regroupement des forces à Gao.
Ainsi, les unités des forces armées maliennes stationnées à Tessit, Tessalit, Labbezanga et Intahaka ont rejoint la « ville d’Askia », signe d’une recentralisation destinée à éviter l’isolement des garnisons exposées.
L’air plutôt que la terre
Le gouvernement malien a accordé la priorité aux frappes aériennes dans sa riposte aux terroristes, privilégiant cette méthode militaire aux attaques terrestres de grande envergure.
Le jour de l’attaque, samedi dernier, des avions de l’armée ont visé une cache terroriste à Sévaré, dans la région de Mopti. Dans un communiqué ultérieur, l’armée a indiqué que « dix terroristes ont été neutralisés, en plus de plusieurs blessés lors d’une seconde frappe. Le site ciblé a été entièrement détruit ».
D’autres opérations aériennes ont suivi, notamment à Kidal mercredi dernier, faisant état de la mort de plusieurs combattants et de la destruction de leurs moyens logistiques.
Parallèlement aux frappes, le gouvernement a renforcé les mesures de sécurité dans les centres urbains. À Bamako, comme dans d’autres grandes villes, un couvre-feu a été instauré et les patrouilles sécuritaires ont été intensifiées.
Officiellement, cela vise à empêcher toute infiltration ou action provocatrice de la part des groupes armés, tandis que le gouvernement cherche également à contenir l’inquiétude populaire.
Depuis les attaques de samedi, les craintes se sont fortement accrues, « alimentées par des informations trompeuses circulant sur les réseaux sociaux », selon le gouvernement malien.
Reconstruire la force
Parmi les autres priorités d’Assimi Goïta figurait le maintien de la cohésion des forces. Les forces armées maliennes ont été soumises à une épreuve sévère à la suite des attaques, tant sur le plan opérationnel que moral.
Pour y remédier, le commandement militaire a intensifié ses visites de terrain, et de hauts officiers, dont le brigadier-général Toumani Koné, ont été dépêchés auprès des unités pour évaluer la situation et remobiliser les troupes.
Le chef d’état-major de l’armée a également rendu visite aux soldats déployés à Kati et dans ses environs, accompagné du commandant de la région de défense n°3, le colonel Pascal Berthe.
Des ajustements tactiques multidimensionnels dessinent ainsi la cartographie de la riposte à une alliance hybride entre terroristes et séparatistes, dans l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire d’un pays qui n’a jamais véritablement connu de répit depuis son indépendance vis-à-vis de la France dans les années 1960.
