Politique

Les Frères musulmans au Soudan et au Yémen : réseaux de recrutement et exploitation des crises


Tentatives d’infiltration et de recrutement de jeunes, attisement des guerres et soutien aux putschistes : telles sont, selon ce texte, les méthodes détournées auxquelles le groupe des Frères musulmans aurait eu recours pour attirer des partisans au Yémen et au Soudan.

Selon Monir Adib, chercheur en affaires politiques et stratégiques et en lutte contre le terrorisme, « les Frères musulmans sont le fléau de notre époque et le plus grand défi auquel sont confrontés les États arabes ; ils sont le germe qui menace la sécurité et la stabilité des pays arabes, voire du monde entier ».

Un rapport publié par Fair Observer cite le militant soudanais des droits humains Anas Hamidan, selon lequel le groupe, à travers le Parti du Congrès national et le « Mouvement islamique », son bras au Soudan, a contribué à façonner des décennies de guerre, de répression et d’effondrement institutionnel.

Il a affirmé que ce qui se passe actuellement au Soudan montre ce qui arrive lorsque les Frères musulmans s’infiltrent dans l’État, le système éducatif, l’armée et la société civile.

Selon Hamidan, le groupe recourt au recrutement des jeunes dans les universités, où des étudiants peuvent subir des pressions pour rejoindre des groupes affiliés afin d’obtenir des avantages académiques, en plus du recrutement militaire forcé, de l’endoctrinement idéologique et de l’utilisation de la religion ou de l’ethnicité pour diviser les sociétés.

Il a également évoqué des accusations visant des éléments liés aux Frères musulmans au sein des forces armées soudanaises, accusés d’avoir commis des atrocités graves dans le conflit actuel, y compris l’usage d’armes chimiques contre des civils, ce qui aurait contribué à l’imposition de sanctions et de désignations terroristes par plusieurs pays.

Le militant soudanais estime que le groupe n’est plus en phase avec le monde moderne, car elle serait incapable de se réformer ou de s’adapter moralement, même si elle s’adapte tactiquement. Il a exprimé la conviction que le mouvement se maintient en créant des ennemis, en perpétuant le conflit et en entravant les transitions pacifiques susceptibles de mettre fin à sa pertinence politique.

Au Yémen, le groupe, à travers le parti Al-Islah, son bras politique, aurait joué sur tous les tableaux : coopération avec des chefs tribaux, alliance avec le régime de l’ancien président Ali Abdullah Saleh, puis rapprochement avec les Houthis, et opposition à l’indépendance du Sud.

Selon le rapport, il existerait une coopération entre les Frères musulmans et l’Iran, illustrée par le rôle du Soudan en tant que corridor pour des armes iraniennes destinées aux alliés de Téhéran, tandis que le Mouvement islamique au Soudan aurait bénéficié d’un soutien iranien.

De son côté, Monir Adib a réaffirmé que « les Frères musulmans sont le fléau de notre époque et le plus grand défi pour les États arabes… ils sont comme des cellules cancéreuses ».

Il a ajouté que le rôle des Frères musulmans au Yémen aurait été destructeur pour la société, le pays vivant une situation de division et de polarisation, avec un coup d’État mené par les milices houthies contre le pouvoir légitime, « avec le soutien et l’appui des Frères musulmans via leur bras politique, le parti Al-Islah », transformant « le Yémen heureux en Yémen malheureux ».

Il a estimé que l’impact du soutien des Frères musulmans au coup d’État houthi aurait affecté toute la région, citant notamment les menaces contre la sécurité régionale et les perturbations à Bab el-Mandeb, qui auraient affecté le canal de Suez.

Il a ajouté que « les Frères musulmans sont un acteur clé dans l’équation de la chute du Yémen dans l’abîme du coup d’État qui se poursuit depuis des années ».

Concernant le Soudan, Adib a déclaré que les Frères musulmans ont gouverné le pays pendant plus de 30 ans et que, lorsqu’un soulèvement populaire a éclaté contre leur pouvoir, le Mouvement islamique, leur bras politique, se serait allié à l’armée, entraînant le pays dans le conflit actuel qui a causé la mort de milliers de personnes et le déplacement de millions.

Il a affirmé que les Frères musulmans seraient les principaux responsables de la guerre actuelle au Soudan, soutenant les forces armées et refusant toute trêve humanitaire ou négociation pour mettre fin à la guerre, ce qui aurait aggravé la souffrance des Soudanais.

Il a conclu que le refus d’une trêve humanitaire par les Frères musulmans et l’armée s’expliquerait par la crainte que l’arrêt de la guerre n’entraîne des poursuites judiciaires contre leurs dirigeants pour des crimes commis contre le peuple soudanais, raison pour laquelle ils souhaiteraient la poursuite du conflit afin de revenir sur la scène politique.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page