Niveau record des dépenses mondiales consacrées aux armes nucléaires en 2025
Les puissances nucléaires ont augmenté leurs dépenses consacrées à leurs arsenaux à un niveau record d’environ 119 milliards de dollars l’an dernier, soit une hausse de 19 %. Cette tendance devrait se poursuivre pendant des décennies, selon un rapport publié mardi.
Le rapport, publié par l’Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires, montre que les neuf États dotés de l’arme nucléaire (les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France, l’Inde, Israël, le Pakistan et la Corée du Nord) ont dépensé environ 17 milliards de dollars supplémentaires pour leurs arsenaux l’an dernier par rapport à leurs dépenses de 2024.
Le rapport avertit que, dans un contexte de montée des tensions géopolitiques, « une nouvelle course aux armements nucléaires se profile à l’horizon » et devrait se poursuivre « pendant des décennies ».
Lundi, des chercheurs du Institut international de recherche sur la paix de Stockholm ont mis en garde contre le fait que les États dotés de l’arme nucléaire retirent leurs armes des stocks et les déploient sur des systèmes de lancement, alors que les armes de destruction massive jouent un rôle croissant dans les politiques mondiales.
Selon Suzy Snyder, qui a participé à la rédaction du rapport, l’augmentation des dépenses consacrées aux arsenaux nucléaires, combinée aux inquiétudes liées à la possibilité que l’intelligence artificielle accroisse le risque d’utilisation de ces armes, constitue une évolution extrêmement préoccupante.
Elle a déclaré à l’AFP : « Je suis terrifiée. »
Un niveau de risque en hausse
Le SIPRI estime que les puissances mondiales possèdent au total environ 12 187 ogives nucléaires, dont près de 9 745 sont stockées en attente d’un éventuel déploiement.
Le directeur du SIPRI, Karim Haggag, a déclaré à l’AFP : « Ce qui est le plus inquiétant, c’est que, malgré la diminution quantitative des armes nucléaires, le niveau des risques et des menaces nucléaires continue d’augmenter. »
Le SIPRI prévoit un renversement de la tendance à la réduction des stocks nucléaires au cours des prochaines années, « alors que le rythme du démantèlement ralentit tandis que le déploiement de nouvelles armes nucléaires s’accélère ».
Karim Haggag a énuméré plusieurs indicateurs préoccupants, notamment l’effondrement des systèmes de contrôle des armements stratégiques, tels que les accords internationaux, ainsi que la rivalité croissante entre les grandes puissances nucléaires.
Les États-Unis et la Russie détiennent ensemble environ 83 % du stock mondial d’armes nucléaires, chacun possédant plus de 5 000 ogives.
La Chine, quant à elle, développe son arsenal nucléaire plus rapidement que tout autre pays. Le SIPRI estime qu’elle possède actuellement 620 ogives nucléaires. Compte tenu de la manière dont elle prévoit de structurer ses forces stratégiques, le nombre de ses missiles balistiques intercontinentaux pourrait égaler celui des États-Unis et de la Russie d’ici 2030.
Karim Haggag a indiqué que « l’intensification de la compétition géopolitique constitue une forte incitation pour la Chine à accroître sa dépendance à l’égard des armes nucléaires ».
Selon le rapport de l’ICAN, Washington a dépensé davantage que tous les autres pays réunis, consacrant 69,2 milliards de dollars aux armes nucléaires en 2025, soit une augmentation de 12,4 milliards par rapport à l’année précédente. La Chine arrive en deuxième position avec 13,5 milliards de dollars, suivie du Royaume-Uni avec 12,6 milliards et de la Russie avec 9,5 milliards.
L’organisation, lauréate du Prix Nobel de la paix 2017, a constaté que les neuf puissances nucléaires ont consacré plus de 470 milliards de dollars à leurs arsenaux au cours des cinq dernières années.
« Un crime de guerre »
Ces investissements devraient continuer à croître à l’avenir.
En étudiant les projections de dépenses à long terme, l’organisation a mis en lumière des chiffres provenant du Royaume-Uni, de la France et des États-Unis montrant des plans prévoyant des investissements de plusieurs milliards de dollars pour développer et maintenir ces systèmes d’armes jusqu’au siècle prochain.
D’autres pays introduisent également de nouveaux systèmes d’armes à très longue durée de vie opérationnelle.
Selon l’organisation, les futurs missiles balistiques intercontinentaux américains de type Sentinel devraient rester en service au-delà de l’année 2100. Par ailleurs, l’augmentation de la production américaine de noyaux de plutonium laisse penser que les ogives nucléaires conserveront leur efficacité jusqu’en 2120.
Les chercheurs estiment que ces sommes considérables sont particulièrement choquantes alors que le système humanitaire mondial subit d’importantes réductions de financement.
Suzy Snyder a souligné que « les dépenses réalisées par ces États en 2025 auraient pu financer 32 années du budget de fonctionnement des Nations unies », ajoutant qu’une seule journée de dépenses consacrées aux armes nucléaires l’an dernier aurait permis d’assurer la sécurité alimentaire de plus de deux millions de personnes.
Elle a conclu : « Au lieu d’apporter une aide ou de garantir des services essentiels tels que les soins de santé à leurs citoyens, les États dotés de l’arme nucléaire investissent dans un arsenal dont ils savent eux-mêmes qu’ils ne peuvent l’utiliser sans commettre un crime de guerre. »
