Moyen-Orient

Une carte israélienne destinée à contester la famine à Gaza vole des territoires libanais !


Une carte publiée par le ministère israélien des Affaires étrangères sur la malnutrition dans la région suscite la controverse après avoir inclus des portions du sud du Liban à l’intérieur des frontières israéliennes, avant d’être retirée, provoquant des accusations de la part de Beyrouth et du Hezbollah concernant d’éventuelles ambitions expansionnistes.

Une carte publiée par le ministère israélien des Affaires étrangères dans le cadre d’un document consacré aux taux de malnutrition infantile au Moyen-Orient a suscité une vive controverse après que certaines parties du sud du Liban y sont apparues comme faisant partie du territoire israélien. La version publiée sur la page anglophone du ministère a ensuite été supprimée, ravivant le débat sur les cartes israéliennes de la région et sur les frontières de la présence militaire israélienne dans le sud du Liban.

Jeudi dernier, le ministère israélien des Affaires étrangères a publié cette carte dans le cadre d’un document fondé sur des données relatives à la malnutrition aiguë chez les enfants, au moment où Israël menait une campagne médiatique visant à remettre en cause certains rapports concernant l’ampleur de la crise alimentaire dans la bande de Gaza.

La carte comprenait une infographie statistique comparant les taux de malnutrition dans plusieurs pays de la région, dans le but de minimiser la gravité des souffrances des enfants gazaouis.

Cependant, sa représentation des frontières a immédiatement attiré l’attention. Certaines portions du sud du Liban semblaient en effet se trouver à l’intérieur du territoire israélien, provoquant des protestations libanaises et des accusations selon lesquelles Israël chercherait, même indirectement, à promouvoir des cartes dépassant les frontières internationalement reconnues.

La carte a par la suite été retirée de la page officielle en anglais du ministère israélien des Affaires étrangères, tandis qu’une copie continuait de circuler sur le compte « Israël en arabe », affilié au ministère sur la plateforme X, alors que l’affaire suscitait une large controverse.

Selon des médias libanais et arabes, une source diplomatique libanaise a déclaré que Beyrouth avait entrepris des démarches diplomatiques et demandé le retrait de la carte, précisant que des contacts avaient été établis par l’intermédiaire de Washington afin de faire pression en faveur de sa suppression.

Il n’a toutefois pas été possible de vérifier indépendamment que les pressions américaines constituaient la cause directe du retrait. Selon les informations disponibles, aucune explication officielle israélienne détaillée n’a non plus été publiée pour justifier la suppression de la carte.

L’apparition de portions du territoire libanais à l’intérieur d’Israël a suscité une sensibilité particulière en raison de la situation militaire et politique dans le sud du Liban, où Israël maintient des troupes et des positions à l’intérieur du territoire libanais, en violation des frontières internationales, tandis que des négociations se poursuivent concernant les modalités d’un retrait et l’avenir de la zone de sécurité établie par Israël dans le sud.

En juin dernier, Israël avait déjà publié une carte militaire représentant la zone de déploiement de ses forces dans le sud du Liban, précisant que ses troupes resteraient dans cette zone qu’il considère comme nécessaire à sa sécurité. La carte militaire montrait une zone s’étendant sur plusieurs kilomètres à l’intérieur du territoire libanais, tandis que des rapports et analyses libanais évoquaient une superficie plus importante de territoires placés sous contrôle israélien.

Dans ce contexte, le Hezbollah a considéré la publication de la carte comme un indice de ce qu’il a qualifié d’ambitions israéliennes sur le territoire libanais. Il a appelé le gouvernement libanais à mettre fin aux négociations directes avec Israël et à déposer une plainte auprès du Conseil de sécurité des Nations unies.

Dans un communiqué relayé par des médias arabes et internationaux, le mouvement a déclaré que l’apparition de portions du territoire libanais sur une carte israélienne ne pouvait être considérée comme une simple erreur géographique. Il a établi un lien entre cet épisode, la présence militaire israélienne persistante dans certaines parties du sud et ce qu’il a décrit comme des ambitions israéliennes concernant les territoires et les ressources libanais.

Des observateurs ont toutefois évoqué la possibilité qu’il s’agisse d’une erreur survenue lors de l’élaboration ou de la conception de la carte, notamment parce que des internautes ayant archivé la version diffusée ont signalé d’autres erreurs géographiques dans sa représentation, notamment des déformations des frontières de plusieurs pays de la région et des problèmes dans la représentation de certains territoires.

Des utilisateurs ont également avancé l’hypothèse selon laquelle la carte aurait pu être conçue ou traitée à l’aide d’outils automatisés ou d’intelligence artificielle. Toutefois, aucun élément officiel ne permet d’établir que l’intelligence artificielle serait à l’origine de sa production.

L’hypothèse d’une erreur technique revêt une importance particulière, puisque la carte n’était à l’origine pas destinée à représenter les frontières, mais à présenter des données sanitaires.

La publication israélienne s’inscrivait en effet dans une campagne médiatique consacrée à la malnutrition infantile à Gaza et dans la région. Elle reposait sur plusieurs indicateurs sanitaires, notamment les indicateurs WHZ et MUAC utilisés pour évaluer la malnutrition aiguë.

Selon les données sur lesquelles s’appuyait la publication israélienne, les taux de malnutrition aiguë chez les enfants à Gaza seraient inférieurs à ceux avancés par certaines estimations et certains rapports utilisés par Israël dans sa campagne médiatique.

Des rapports humanitaires internationaux soulignent toutefois que la situation alimentaire à Gaza a connu des évolutions en fonction du volume d’aide entrant dans le territoire et que les taux de malnutrition aiguë peuvent augmenter ou diminuer rapidement selon la disponibilité de nourriture, des soins de santé, de l’eau et de l’aide humanitaire. Par conséquent, la mesure de la malnutrition aiguë sur une période donnée ne suffit pas, à elle seule, à fournir une image complète de la sécurité alimentaire de la population.

La carte actuelle rappelle d’anciennes cartes israéliennes qui avaient déjà suscité la controverse dans le monde arabe. En 2025, le compte « Israël en arabe », affilié au ministère israélien des Affaires étrangères, avait publié une carte présentée comme une représentation historique d’« Israël » dans l’Antiquité. Celle-ci incluait des zones qui se trouvent aujourd’hui au Liban, en Syrie, en Jordanie et dans les territoires palestiniens.

Cette carte avait alors suscité de nombreuses critiques dans le monde arabe. Des États arabes et des organisations régionales l’avaient considérée comme une tentative de promouvoir une conception expansionniste des frontières israéliennes.

Cependant, cette carte historique était radicalement différente de celle publiée en août. La première avait explicitement été présentée dans un cadre historique, tandis que la seconde apparaissait dans un document statistique consacré à la santé et à la nutrition.

Cette différence impose donc de faire preuve de prudence avant d’établir un lien politique entre les deux cartes. Elle permet néanmoins de comprendre la sensibilité entourant la dernière erreur, notamment dans un contexte où des forces israéliennes sont effectivement présentes à l’intérieur du territoire libanais.

Selon des analyses libanaises, Israël a établi une zone militaire dans le sud s’étendant sur plusieurs kilomètres au-delà de la frontière, tandis que certaines estimations évoquent plusieurs centaines de kilomètres carrés placés sous contrôle israélien direct ou intégrés à une zone dont les habitants sont empêchés de regagner leurs villages. Des organisations de défense des droits humains estiment que les opérations d’évacuation à grande échelle et l’interdiction faite aux habitants de retourner dans certains villages du sud soulèvent de graves questions juridiques et humanitaires.

De son côté, Israël affirme que sa présence dans cette zone est nécessaire pour empêcher les attaques et protéger ses localités du nord, et que le maintien de son déploiement dépend de la situation sécuritaire ainsi que de la capacité de l’État libanais à respecter ses engagements et à empêcher le Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires à proximité de la frontière.

La carte controversée est donc apparue à un moment où trois dossiers particulièrement sensibles se chevauchent : les négociations sur le retrait israélien du sud du Liban, la poursuite de la présence militaire israélienne à l’intérieur du territoire libanais et la confrontation politique et médiatique autour du récit concernant la situation humanitaire à Gaza.

D’après les éléments qui ont pu être observés, les principaux médias israéliens n’ont pas traité cette carte comme une annonce officielle d’une quelconque annexion du sud du Liban.

Dans le monde arabe, en revanche, la carte s’est rapidement transformée en enjeu politique, notamment après la diffusion de ses images sur les réseaux sociaux et la circulation d’informations concernant son retrait de la page anglophone du ministère israélien des Affaires étrangères.

Les médias libanais se sont particulièrement concentrés sur la question de savoir s’il s’agissait simplement d’une erreur de conception ou si cet incident reflétait une conception plus large des frontières qu’Israël chercherait à imposer sur le terrain.

Cet épisode illustre la sensibilité particulière des cartes dans une région où les lignes de contrôle territorial évoluent constamment. Ce qui pourrait sembler être une simple erreur technique dans une infographie sanitaire peut, dans un contexte marqué par la présence de forces étrangères sur le territoire d’un autre État et par des négociations sur le retrait et les frontières, se transformer en message politique potentiel et en crise diplomatique.

Plus révélateur encore, la carte n’avait pas besoin de constituer une déclaration officielle d’annexion pour provoquer une telle controverse. Il a suffi que des territoires libanais apparaissent à l’intérieur d’un espace représenté comme israélien, puis que la carte disparaisse de l’une des pages officielles, pour qu’un simple trait affiché sur un écran se transforme en une question bien plus vaste : s’agissait-il seulement d’une erreur dans le tracé d’une carte, ou cette erreur a-t-elle révélé, même involontairement, une nouvelle réalité en train de se consolider sur le terrain ?

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