Sous les bombardements au Kordofan-Nord : que s’est-il passé pour les civils ?
Dans la région d’Oum Qarfah, dans l’État du Kordofan-Nord, la guerre au Soudan ne semble plus être une simple confrontation militaire entre deux camps belligérants. Ce territoire, qui représentait pour les habitants un espace de vie quotidienne, une source d’eau ainsi qu’un lieu de pâturage et de déplacement, est devenu un nouveau point sur la carte des combats qui s’intensifient entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide.
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Au cours du mois de juillet 2026, le nom d’Oum Qarfah est apparu dans une série de rapports et de déclarations contradictoires concernant les bombardements et les victimes civiles. L’alliance soudanaise « Tasis » a accusé les Forces armées soudanaises d’avoir bombardé la région ainsi que plusieurs zones et villages voisins, affirmant que ces frappes avaient causé la mort de civils, notamment de pasteurs et de femmes. Dans le même temps, la région faisait partie des opérations militaires opposant l’armée aux Forces de soutien rapide, avant que l’armée et la force conjointe qui lui est alliée n’annoncent en avoir pris le contrôle le 26 juillet.
Entre ces récits contradictoires, les civils d’Oum Qarfah restent confrontés à la question la plus difficile : comment des habitants vivant au cœur d’un front militaire mouvant peuvent-ils se protéger des bombardements et des tirs ?
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Oum Qarfah : un territoire transformé en front
Oum Qarfah se trouve dans l’État du Kordofan-Nord, sur un axe revêtant une importance stratégique dans le conflit qui se joue autour des voies de circulation et d’approvisionnement dans le Kordofan.
L’importance de la région s’est accrue avec l’intensification des opérations militaires dans l’État au cours du mois de juillet, lorsque l’armée soudanaise a annoncé avoir repris plusieurs positions, notamment Bara, Jabra al-Cheikh et Oum Sayala, ainsi qu’Oum Qarfah et Jreijikh. La force conjointe alliée à l’armée a déclaré que les combats à Oum Qarfah et Jreijikh avaient permis de s’emparer de dizaines de véhicules appartenant aux Forces de soutien rapide, tandis que ces dernières n’avaient pas immédiatement réagi à ces annonces.
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Ces développements montrent qu’Oum Qarfah n’était pas éloignée des opérations militaires, mais qu’elle est devenue partie intégrante de la lutte pour le contrôle du territoire et des axes routiers.
Cependant, la présence de combats dans une zone ne signifie pas automatiquement que ses habitants perdent leur statut de civils.
C’est précisément là que réside l’enjeu fondamental.
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Des accusations faisant état de victimes civiles
À la suite des bombardements qui ont frappé la région, l’alliance « Tasis » a accusé l’armée soudanaise d’avoir pris pour cible des civils à Oum Qarfah et dans d’autres villages du Kordofan-Nord.
Selon une déclaration relayée par des médias soudanais, l’alliance a affirmé que les bombardements à Oum Qarfah avaient tué trois pasteurs et deux femmes, tandis qu’un certain nombre de bêtes avaient également péri alors qu’elles se trouvaient à proximité de points d’eau. Elle a également fait état d’autres victimes civiles dans des villages voisins.
Dans les conditions actuelles de la guerre et compte tenu des difficultés d’accès à la région, ces chiffres doivent encore faire l’objet d’une vérification indépendante.
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Les informations provenant des zones de combat sont souvent transmises par l’intermédiaire de déclarations politiques ou militaires, ou encore par des témoignages d’habitants et des sources locales, ce qui peut entraîner des divergences entre les chiffres et les détails communiqués par les différents acteurs.
La question journalistique ne devrait donc pas seulement être : qui a annoncé le nombre de victimes ?
Elle devrait également être : ces chiffres peuvent-ils être vérifiés ? Existe-t-il des témoignages indépendants ? Les photographies et les vidéos correspondent-elles aux récits rapportés ? Et quelle était la nature exacte du lieu frappé ?
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Les points d’eau : lorsque la survie devient une cible de guerre
L’un des aspects les plus préoccupants des récits concernant Oum Qarfah est la mention de frappes visant des zones situées à proximité de points d’eau.
Dans les environnements ruraux, l’eau ne constitue pas simplement un service parmi d’autres : elle est directement liée à la survie des populations, du bétail, ainsi qu’aux déplacements et aux activités pastorales.
La déclaration de « Tasis » affirme que les bombardements ont touché des zones où se trouvaient des pasteurs et du bétail à proximité de points d’eau. Si cette version devait être confirmée par une enquête indépendante, la question dépasserait celle d’un simple bombardement indiscriminé et porterait sur la nature de la cible ainsi que sur les circonstances entourant l’attaque.
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Le droit international humanitaire impose aux parties au conflit de distinguer les civils des combattants et les biens civils des objectifs militaires, tout en exigeant qu’elles prennent toutes les précautions possibles pour réduire les dommages causés aux civils.
Toute attaque contre une zone habitée doit donc faire l’objet d’un examen rigoureux afin de déterminer si la cible était militaire, si la présence de civils était connue ou prévisible et s’il était possible de mener l’opération d’une manière présentant moins de risques pour eux.
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Des récits contradictoires sur le terrain
La compréhension de ce qui s’est passé à Oum Qarfah est rendue plus difficile encore par la nature même de la guerre soudanaise.
L’armée soudanaise affirme mener des opérations militaires contre les Forces de soutien rapide, tandis que ces dernières accusent l’armée de lancer des frappes contre des zones civiles.
À Oum Qarfah en particulier, des récits divergents ont circulé au sujet des attaques aériennes. Des sources locales et des sites d’information ont relayé des accusations selon lesquelles l’aviation de l’armée aurait bombardé la région, tandis que des rapports ultérieurs ont également fait état d’attaques de drones contre Oum Qarfah après l’annonce par l’armée de sa prise de contrôle.
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Ces contradictions soulignent l’importance de ne pas considérer automatiquement chaque vidéo ou publication diffusée sur les réseaux sociaux comme une preuve définitive.
Une vidéo peut établir qu’une explosion ou un bombardement a eu lieu, sans nécessairement permettre d’identifier l’auteur de l’attaque.
De même, une photographie montrant des victimes ou des bâtiments endommagés ne suffit pas, à elle seule, à déterminer le type d’arme utilisé ou la responsabilité juridique de l’attaque.
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La bataille au sol et dans les airs
Les combats dans le Kordofan-Nord ne se limitent désormais plus aux affrontements terrestres.
Les derniers rapports font état d’une forte intensification de l’utilisation de l’aviation militaire et des drones, parallèlement aux opérations terrestres menées par l’armée et les Forces de soutien rapide.
Le 30 juillet, des informations ont fait état de frappes intensives menées par l’aviation de l’armée dans le nord et l’ouest du Kordofan. L’armée a affirmé que ces frappes visaient des concentrations de forces et des positions des Forces de soutien rapide.
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Des sources militaires ont également fait état de la poursuite des frappes aériennes contre des positions des Forces de soutien rapide dans certaines zones de l’ouest du Kordofan-Nord.
Cette escalade expose les habitants des villages situés à proximité des lignes de front à une double menace : les opérations terrestres d’un côté et les frappes aériennes de l’autre.
Oum Qarfah après la prise de contrôle par l’armée
Le 26 juillet, l’armée soudanaise et la force conjointe qui lui est alliée ont annoncé avoir pris le contrôle d’Oum Qarfah et de Jreijikh après des combats avec les Forces de soutien rapide.
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Cette annonce s’inscrivait dans le cadre d’une progression militaire plus large dans le Kordofan-Nord, comprenant notamment Bara, Jabra al-Cheikh et Oum Sayala, ainsi que l’annonce par l’armée de la sécurisation de la route commerciale reliant El-Obeid à Omdurman.
Cependant, le contrôle militaire d’une zone ne signifie pas nécessairement la fin du danger pour les civils.
Dans les guerres où les lignes de contrôle évoluent rapidement, une zone passée sous le contrôle d’un camp peut être attaquée par l’autre quelques heures ou quelques jours plus tard.
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Des rapports ont fait état d’une attaque de drones contre Oum Qarfah après l’annonce de sa prise de contrôle par l’armée, ce qui illustre la persistance de la menace même après un changement de contrôle territorial.
Pour les habitants, la question n’est donc pas de savoir qui hisse son drapeau sur la région, mais qui est capable d’y garantir la sécurité et d’empêcher la reprise des bombardements.
Que signifie la mort de civils ?
Chaque civil tué dans la guerre soudanaise représente bien plus qu’un simple chiffre dans un rapport.
Derrière chaque victime se trouvent une famille, un village, des proches et une communauté locale affectée par cette perte.
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Dans les zones pastorales en particulier, la perte du bétail peut entraîner la destruction de la principale source de revenus de familles entières.
Les conséquences des combats ne peuvent donc pas être mesurées uniquement par le nombre de morts et de blessés.
Si les points d’eau sont détruits, si le bétail périt, si les routes sont interrompues ou si les habitants fuient leurs régions par crainte des bombardements, les effets de la guerre se poursuivent même après l’arrêt des combats.
Le rétablissement de la vie normale devient alors de plus en plus difficile avec le temps.
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Pourquoi est-il si difficile d’établir les faits ?
Le Soudan traverse l’une des guerres les plus complexes sur les plans médiatique et humanitaire.
Les journalistes rencontrent d’importantes difficultés pour accéder aux zones de combat, les réseaux de communication peuvent être interrompus et les habitants eux-mêmes peuvent craindre de parler des détails des attaques.
Dans de telles circonstances, les réseaux sociaux deviennent une source majeure d’information.
Le problème est toutefois qu’ils mélangent simultanément des témoignages authentiques, des informations incomplètes et la propagande des parties belligérantes.
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La vérification de l’incident d’Oum Qarfah nécessite donc de réunir plusieurs types de preuves : témoignages d’habitants, images satellitaires lorsqu’elles sont disponibles, contenus audiovisuels dont la date et la localisation peuvent être vérifiées, dossiers médicaux et informations provenant d’organisations indépendantes.
Il est impossible de tirer une conclusion définitive sur la responsabilité de chaque frappe à partir d’un seul récit.
Des accusations plus graves nécessitant une enquête indépendante
Outre les accusations visant des civils, des allégations plus graves ont émergé en juillet concernant l’utilisation de substances toxiques ou d’armes interdites lors du bombardement d’Oum Qarfah.
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Des parties soudanaises ont affirmé que des indices sanitaires et environnementaux étaient apparus après l’attaque et ont appelé à une enquête internationale indépendante. Des rapports ont également indiqué que l’armée n’avait pas officiellement commenté ces accusations et qu’elles n’avaient pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Il convient ici de distinguer clairement l’accusation de la preuve.
Les allégations concernant l’utilisation d’armes chimiques ou de substances toxiques exigent des éléments scientifiques et techniques spécialisés. Elles ne peuvent être établies à partir de simples images publiées sur les réseaux sociaux ou de témoignages qui ne sont pas corroborés par des analyses indépendantes.
La démarche appropriée est donc l’enquête, et non la conclusion prématurée.
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Les civils n’ont pas le luxe d’attendre
Pour les habitants d’Oum Qarfah, la peur des bombardements ne peut être dissociée de la réalité plus large de la guerre.
Le civil qui cherche de l’eau, fait paître son bétail ou tente de se déplacer d’une zone à une autre ne perçoit pas les lignes de contrôle de la même manière que les militaires.
Ce qui compte pour lui, c’est que la route soit sûre, que le point d’eau soit accessible sans danger et qu’il puisse regagner son domicile sans craindre une nouvelle frappe.
C’est précisément à ce niveau que la tragédie d’Oum Qarfah dépasse les limites d’une bataille locale.
Elle constitue une miniature de la guerre soudanaise dans son ensemble, où le contrôle des villes et des villages change, tandis que les civils restent pris entre les fronts.
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Oum Qarfah : entre récit et réalité
Ce qui s’est passé à Oum Qarfah nécessite une enquête indépendante capable de répondre à plusieurs questions fondamentales : quelle était la nature de l’attaque ? Qui l’a menée ? Quelle était la cible visée ? Y avait-il une présence militaire dans la zone ? Combien de civils ont été tués ou blessés ? Les points d’eau ou les biens civils ont-ils été pris pour cible ?
Ces questions ne sont pas secondaires.
Si l’on établit que des civils ont été délibérément attaqués, la responsabilité devient une question grave appelant des mesures de justice et de reddition de comptes.
Si l’attaque visait un objectif militaire mais a causé des dommages aux civils, il convient également d’examiner dans quelle mesure les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution ont été respectés.
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En revanche, si les informations diffusées se révèlent inexactes, une enquête indépendante constitue le meilleur moyen de rectifier le récit et de prévenir la désinformation.
En définitive, Oum Qarfah demeure l’une des régions qui révèlent le visage le plus brutal de la guerre soudanaise : un territoire dont le contrôle change d’un jour à l’autre, tandis que ses habitants n’ont aucun contrôle sur leur propre destin.
Alors que les frappes aériennes et les affrontements se poursuivent, il faut davantage que l’annonce de victoires militaires.
Il faut que les civils puissent rentrer chez eux en sécurité, accéder à l’eau sans peur et que les pasteurs puissent conduire leur bétail vers les pâturages sans que la recherche de moyens de subsistance ne se transforme en voyage vers la mort.
La guerre pourra éventuellement être tranchée militairement, mais ses conséquences sur les civils pourraient perdurer pendant de nombreuses années.
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