Sommet Trump-Xi : l’Iran en échange de Taïwan ?
Tous les regards se tournent vers le sommet organisé à la Maison-Blanche entre les deux dirigeants. Pékin chercherait à proposer un compromis géopolitique informel : mettre à profit son influence pour contribuer au rétablissement de la stabilité au Moyen-Orient et aider Washington sur le dossier iranien, en échange d’une suspension ou d’une réduction des ventes d’armes américaines à l’île autonome de Taïwan.
Le président chinois Xi Jinping arrive jeudi à Washington avec un dossier qui dépasse largement les questions commerciales. L’attention se porte désormais sur la possibilité que la guerre au Moyen-Orient et les ventes d’armes à Taïwan servent de leviers dans des négociations particulièrement sensibles avec le président américain Donald Trump.
Trump et Xi doivent se rencontrer à la Maison-Blanche, alors que les deux puissances tentent de préserver une trêve commerciale fragile censée prendre fin en novembre.
Selon des sources informées des discussions citées par Reuters, Xi devrait faire pression sur Trump afin qu’il mette un terme aux ventes d’armes américaines à Taïwan. Le président chinois pourrait notamment s’appuyer sur le communiqué conjoint sino-américain de 1982, dans lequel Washington s’était engagé à réduire ses ventes d’armes à l’île.
En contrepartie, Pékin pourrait proposer une coopération avec Washington afin d’exercer des pressions sur l’Iran et de contribuer à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.
Une équation géopolitique particulièrement sensible se dessine ainsi : l’Iran pourrait-il devenir une monnaie d’échange chinoise contre un recul de l’engagement américain à Taïwan ?
Trump dispose lui aussi d’un levier de poids : un programme de ventes d’armes à Taïwan d’une valeur d’environ 14 milliards de dollars, auquel s’ajoute un autre contrat de 11 milliards de dollars précédemment approuvé par son administration.
Le président américain avait décrit le programme de 14 milliards de dollars comme une « monnaie d’échange » dans les négociations avec la Chine. Celui-ci avait été temporairement suspendu en mai ou en juin, dans le contexte de ses discussions avec Xi.
La guerre impliquant l’Iran confère à cette question une importance supplémentaire.
Les opérations américaines ont entamé les stocks de munitions et de systèmes de défense antimissile des États-Unis, contraignant Washington à reconstituer une partie de ses réserves.
Des rapports américains ont estimé le coût de la guerre à plusieurs dizaines de milliards de dollars, tout en avertissant que la reconstitution de certains stocks pourrait prendre plusieurs années.
Cette question figurait déjà à l’ordre du jour du précédent sommet entre Trump et Xi. Selon le quotidien britannique The Guardian, le président américain souhaitait alors que Pékin exerce des pressions sur Téhéran afin de favoriser les négociations de paix et d’obtenir la réouverture du détroit.
Le dossier taïwanais demeure toutefois beaucoup plus complexe.
Le communiqué de 1982 invoqué par Pékin ne contenait aucun engagement inconditionnel des États-Unis à mettre fin à leurs ventes d’armes à Taïwan. Washington avait par ailleurs lié la réduction progressive de ces ventes à la poursuite, par la Chine, d’une solution pacifique à son différend avec l’île.
Pékin souhaite néanmoins faire de ce document un fondement permettant d’accentuer la pression sur Trump.
Le sommet intervient après un an et demi de guerre commerciale, déclenchée en février 2025 lorsque Trump avait imposé des droits de douane supplémentaires de 10 % sur les importations chinoises. Pékin avait riposté en taxant le charbon, le gaz, le pétrole et les automobiles en provenance des États-Unis, tout en imposant des restrictions sur certains minerais.
Le conflit commercial avait atteint son paroxysme en avril, lorsque Trump avait relevé jusqu’à 145 % les droits de douane appliqués à certaines importations chinoises. Pékin avait répondu en imposant des taxes pouvant atteindre 125 %, tout en renforçant ses restrictions sur les terres rares.
En mai ou en juin, les deux parties étaient parvenues à une trêve à Genève. Celle-ci avait ramené les droits de douane américains sur les produits chinois à 30 %, tandis que les taxes chinoises sur les produits américains avaient été réduites à 10 %. La trêve avait ensuite été prolongée.
En octobre, Trump et Xi étaient parvenus à une nouvelle entente prévoyant une réduction des droits de douane américains en échange de mesures chinoises liées au fentanyl, d’une reprise des achats de soja américain et de la suspension de certaines restrictions sur les terres rares.
En mai ou en juin 2026, Trump s’était rendu à Pékin pour rencontrer à nouveau Xi. Les deux parties avaient alors annoncé des projets visant à renforcer leurs échanges commerciaux et leurs investissements, tandis que la Chine s’était engagée à acheter des avions Boeing et des produits agricoles américains.
La trêve commerciale reste néanmoins provisoire. En juillet, Washington a imposé de nouveaux droits de douane de 12,5 % sur des importations provenant de plusieurs dizaines de partenaires, parmi lesquels figure la Chine.
