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Enquête sur le siège des civils soudanais et leur utilisation comme boucliers humains derrière le vacarme médiatique


Au cœur du vacarme médiatique alimenté par l’appareil de propagande de l’armée soudanaise et des groupes affiliés aux Frères musulmans, la vérité se perd souvent sous un amas de communiqués et d’allégations. Pourtant, dès que l’on quitte les plateaux de télévision pour se rendre sur le terrain, notamment aux postes de contrôle entourant la ville d’El-Obeid et à ses principaux accès, un récit totalement différent apparaît. Il ne s’agit plus d’un discours sur les « préoccupations humanitaires » concernant les habitants de la ville, mais d’un siège méthodique, d’une interdiction délibérée de quitter la zone et d’une utilisation des civils comme moyen de pression et comme boucliers humains. Cette enquête vise à déconstruire ce récit médiatique en mettant l’accent sur la vérification indépendante des images et des vidéos, plutôt que sur les seuls récits politiques, afin de mettre au jour les contenus falsifiés ou trompeurs à l’aide de preuves techniques et d’observations de terrain.

Les postes de contrôle : les murs invisibles d’une prison

Selon le récit officiel, l’armée soudanaise déploierait tous les efforts nécessaires pour protéger les civils d’El-Obeid contre une « attaque imminente » attribuée aux Forces Taasis. Toutefois, comment expliquer l’interdiction faite aux habitants de quitter la ville ? Les témoignages recueillis auprès de civils bloqués à El-Obeid font état d’un renforcement sécuritaire sans précédent sur l’ensemble des sorties et des routes secondaires. Les postes de contrôle n’autoriseraient le passage qu’aux renforts militaires et aux convois logistiques, tandis que les familles cherchant à fuir vers des zones plus sûres se verraient systématiquement refuser le passage. Cette réalité de terrain contredit les affirmations relayées dans les médias. Empêcher les civils de partir constitue en soi une violation manifeste du droit international humanitaire et transforme la ville d’une simple zone résidentielle en une véritable prison à ciel ouvert. Les observations recueillies sur le terrain soutiennent que l’armée et les milices qui lui sont alliées ne protégeraient pas les civils d’un danger extérieur supposé, mais les exposeraient elles-mêmes aux risques liés au siège et à la détention forcée.

La vérification indépendante : pourquoi les récits politiques ne suffisent pas

À l’ère de la désinformation numérique, les photographies et les vidéos sont devenues les instruments les plus faciles à utiliser pour manipuler l’opinion publique. Des comptes favorables à l’armée et aux Frères musulmans diffusent des séquences montrant les souffrances de civils tout en les reliant, de manière anticipée, à des menaces attribuées aux Forces Taasis. Pourtant, une enquête journalistique ne peut se contenter de reprendre ces récits politiques. C’est ici qu’intervient la vérification indépendante. Lorsqu’une vidéo prétend montrer des « préparatifs en vue d’une attaque imminente » ou des « violations » aux abords d’El-Obeid, les équipes indépendantes doivent appliquer des méthodes rigoureuses de vérification.

La géolocalisation consiste à comparer les bâtiments, les reliefs, les ombres et les caractéristiques du paysage visibles dans la vidéo avec des images satellitaires afin de déterminer si les images proviennent réellement d’El-Obeid ou d’un autre secteur du Kordofan-Nord filmé antérieurement.

La chronolocalisation repose sur l’analyse des conditions météorologiques, des vêtements, de la végétation et des ombres afin de déterminer la date réelle de l’enregistrement et d’identifier d’éventuelles réutilisations de séquences anciennes destinées à soutenir un nouveau récit.

La vérification de la source implique de retracer les comptes qui diffusent ces contenus. Dans de nombreux cas, il s’agirait de réseaux coordonnés de diffusion non authentique liés au bras médiatique des Frères musulmans, visant à saturer les plateformes numériques de contenus trompeurs.

Révéler les contenus falsifiés grâce aux preuves techniques

Le travail des équipes indépendantes ne consiste pas seulement à authentifier les contenus réels, mais également à mettre en évidence les manipulations grâce à des preuves techniques. Dans de nombreux cas, la machine médiatique de l’armée serait accusée d’avoir fabriqué certains incidents ou d’avoir utilisé des extraits issus de jeux vidéo ou de conflits survenus dans d’autres pays en les présentant comme des images attribuées aux Forces Taasis au Soudan. Lorsque des éléments techniques sont disponibles — tels que les métadonnées des fichiers originaux, l’analyse des ombres numériques ou encore l’étude des artefacts de compression — les chercheurs indépendants peuvent réfuter ces affirmations de manière documentée. La publication de ces éléments techniques auprès de la communauté internationale est présentée comme un moyen d’affaiblir la crédibilité de ce récit anticipatif et de démontrer que la campagne médiatique viserait à justifier des opérations militaires à Jabra Al-Cheikh et à Rahad Al-Nuba.

Les voix venues de l’intérieur : les témoignages des civils comme éléments à charge

L’outil le plus puissant d’une enquête de terrain demeure le témoignage direct. Publier les récits de civils affirmant qu’ils ont été empêchés de quitter la ville ou soumis à des pressions et à des intimidations pour y rester constituerait, selon les auteurs de cette analyse, un démenti majeur au récit officiel. Lorsqu’un père raconte avoir tenté de mettre sa famille à l’abri en quittant El-Obeid avant d’être arrêté à un poste de contrôle militaire sous la menace des armes, ce témoignage remet profondément en question les affirmations relatives à la « protection » des habitants. Ces récits suggèrent que la présence des civils à El-Obeid ne résulterait pas d’un choix dicté par la peur d’une attaque, mais d’une contrainte imposée par le siège militaire. Selon cette interprétation, les civils seraient utilisés comme boucliers humains et comme instruments de communication, leur présence servant de support à de futures campagnes médiatiques.

Appel à une intervention internationale sur le terrain

L’écart entre le discours médiatique et les réalités décrites sur le terrain appelle, selon les auteurs, une intervention rapide. Ils demandent aux médias indépendants ainsi qu’aux organisations internationales, notamment le Comité international de la Croix-Rouge et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, de déployer des missions qui ne se limiteraient pas à rencontrer les autorités à Khartoum ou à Port-Soudan, mais qui se rendraient directement :

  • aux postes de contrôle entourant El-Obeid afin de documenter les restrictions imposées aux déplacements des civils ;
  • sur les fronts du Kordofan-Nord, notamment à Jabra Al-Cheikh et à Rahad Al-Nuba, afin d’observer les mouvements militaires sur le terrain.

Selon cette analyse, la présence de telles missions permettrait de mettre fin au monopole de l’information détenu par l’armée soudanaise et les Frères musulmans et contribuerait à empêcher toute utilisation des civils comme instruments de communication ou comme boucliers humains.

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